Thomas d’Aquin


THOMAS D’AQUIN (PARIS, 1622)

[Placard de thèse de Jacques Fary sur l’Eucharistie]
GRAVEUR NON IDENTIFIÉ
Jean IV LECLERC (1560-1621/1622), éditeur
1622
Burin
Épreuve rognée : 56,7 x 39,5 cm
Belgique, Bruxelles, KBR, S.IV.86283.

© Claire Rousseau

Lettre
1. Au-dessus du cartouche du bas, à droite
I. le Clerc, excudit.
2. Dans le cartouche du bas
ILLVSTRIS° DD. GVIDONI EP[ISCOP]O AC COMITI TRECORENSI, REGIÆ MAIESTATI AB VTROQVE CONSILIO &. ABBATI DIVI STEPHANI DE / Fontenay. Fuisque pijs ac Venerabilibus hierophantis F. Iacobus fary S. P. D. / Hâc cœlaturà triplicem Ecclesiæ statum in faciem unam contractum vestræ prælationi appendo (protomysta Illustris.). Una enim est (quicquid oblatrent hæretici) Ecclesia. habet tamen principium, medium, et finem ; habuit adolescentiam pueri, Habet / ætatem viri, cui succedet ætatis plenitudo ; Principium habuit, cum illi Deus tanquam paruulo lac potum dedit, non escam ; habet et medium, in quo euacuauit quæ erant paruuli qui demùm tanquam viro carnem dedit et sanguinem. Habebit finem / in plenitudine sanctorum, et tunc stiabitur cum apparuerit gloria æterna. Primûm, figuris inudutâ, populus ambulabat in t[enebris] Nunc enata veritate videmus per speculum in ænigmate ; tunc reuelat facie videbimus eum sicuti est : quando veluti vergente / die tenebræ soluuntur et aurora, cum apparuerit ; figurarum tenebras spémque veteris legis, et auroram fidei, operiet Cha[ritas] vt cum venerit quod perfectum est, euacuetur quod ex parte est. Typum hunc Ecclesiæ tuis aris deuoueo (Antistes Reuerendisse) / qui Ecclesiam Dei pietate illustras, moribus ædificas, doctrinâ instruis ; hinc spero vt ab hostium telis facilius libe[rantur] et me in sinum tuæ protectionis confugientem in æternum serues, foueas, et ames. / Aspirante deo et Præside S. M. Maurit. Brachet apud Prædicatores Parisi. Regente meritissmo haec tueri conabitur F. I. fary Prædica[tor]. Compendio, in comitijs generalibus congregationis Gallicanæ, Montifrelaxi ab eximio P. F. Adri. Bechu Vicario g[e]n[er]ali M[agist]ro conuocatis. Die 23. April. 1622.
3. Au-dessus des scènes du bas, de gauche à droite
Melchisedech Rex Salem panem / et vinum obtulit ; Edent nocte illa carnes assas igni & / azimos panes cum lactucis agrestibus ; Pones super mensam panes / propositionis in conspectu meo semper. ; Pluit illis manna ad / manducandum.
4. Près des symboles des évangélistes en haut des colonnes qui séparent les scènes précédentes
Matthei. 16. ; Marci. 14. ; Lucæ 22. ; Ioannis 6.
5. Autour de la monstrance
Hoc est Corpus meum
6. Sur le phylactère en arrière du calice
hic est Calix Sanguinis mei
7. Partant en oblique de la monstrance
Illuminat ; Accendit
8. Sur le cierge de gauche et au-dessus de la flamme
Fides est in intellectu ; Euacuatur.
9. Sur le cierge de droite et au-dessus de la flamme
Charitas est in voluntate ; Perseuerat.
10. Sur le livre de gauche
Summus / Pontifex / nequit / dispensare / vna[m] speciem / consecrari / sine / altera.
11. Du phylactère touchant ce livre
Prodest viuis et vita Functis.
12. Sur le livre de droite
Consecra[ti]s / in triduo / mortis / Christi / fecisset / corpus / exangue, / et è co[n]tra
13. Sur le phylactère derrière le prêtre qui donne la communion
Solus Sacerdos est huius Minister.
14. Sur les marches de l’autel, devant les anges
À gauche : Charitas ; Fides ; Puritas
15. Sur le phylactère des personnes en attente de la communion
Suscipiunt in voto
16. Sur le phylactère partant de saint Paul
Quicumque manducauerit panem, vel biberit calice[m] / D[omi]ni indigne, reus erit corporis et sanguinis d[omi]ni
17. Sur le phylactère partant de saint Thomas
Dogma datur Christianis, quod in carnem / transit panis, et vinum in sanguinem
18. De la monstrance vers la Trinité
Sacramentum hoc, est adeptio gloriæ
19. De la Trinité vers la monstrance
Pater et Spiritus per concomitantiam sunt in Sacramento Altaris.
20. Sur le phylactère de l’ange de gauche, en bas du monde céleste
Beati qui habitant in Domo tua
21. Sur le phylactère de l’ange de droite, en bas du monde céleste
Nec oculus vidit nec auris audiuit / quæ præparasti didigentibus te.
22. Sur le phylactère de l’ange de gauche, en haut du monde céleste
In domo patris mei mansiones multæ sunt.
23. Sur le phylactère de l’ange de droite, en haut du monde céleste
Redde operariis mercedem.
24. Sur le phylactère dans la scène de l’Annonciation
Ecce concipies, et paries filium
25. Sur le phylactère autour la scène de l’Annonciation
Dies, diei eructat verbum.
26. Sur le phylactère supérieur dans la scène du péché originel
Adamo non peccante, eucharistia / non fuisset instituta.
27. Sur le phylactère du serpent
Eritis sicut Dij.
28. Sur le phylactère supérieur autour de la scène du péché originel
Nox, nocti indicat scientiam.
29. Dans le triangle « divin »
Non potest videri / Diuina essentia / non visis / personis.
30. Autour de la tête du Père
P[ate]r non est pri[us] origine beatus quam filiu[m] generet.
31. Dans le phylactère au pied du Fils
Anima Xpi non comprehendit diu[in]am essentia[m].
32. Du Christ vers l’Esprit Saint
Filius non uidetur / sine Spiritu Sancto.
33. À la base du triangle « divin »
Beatitudo consistit. / formaliter in intellectu, Completiuè in voluntate.
34. Partant de la Vierge Marie agenouillée, à gauche de la Trinité
B. V. M. clarius alijs videt.
35. Sur le phylactère de l’ange portant le linge des larmes
Angeli vota nostra, et lachryma, diuine conspectui offerunt.
36. Au-dessus du Baptiste, de saint Pierre et de saint Dominique
Sancti audiunt preces nostras, eorumque
37. De l’ange à Élie
Surge comede / &.
38. Des serpents de l’enfer
Eccl[esi]a est Babilon / Papa est AntiXps. / Missa est abusus.
39. À côté du diable gardant la bouche de l’enfer
Non laudabu[n]t / te mortui qui / descendunt in / infernum.
40. Sur la bouche de l’enfer
In Dœmonibus est ordo
41. Dans les flammes du purgatoire
Si ceciderim, refurgam
42. Au-dessus des âmes du purgatoire
Nos qui uiuimus / benedicimus Domino.
43. À partir des âmes-colombes
E[c]cl[esi]a est castita Xpi D[omini] sponsa. / Papa est Vicarius Xpi D[omi]ni / Missa est sacrific. Nouæ legis.

Image
La composition comporte très clairement deux parties. Dans la partie basse sont rappelées les préfigurations vétérotestamentaires de l’eucharistie et, aux côtés de leurs symboles, les références des évangiles relatives soit à « l’institution de l’eucharistie » pour les synoptiques, soit au discours sur le pain de vie pour le quatrième évangile qui ne contient pas de récit de la dernière Cène. Les deux tiers supérieurs du placard développent les thèses défendues par l’impétrant. Cette partie est elle-même structurée en trois niveaux. Au centre, dans une architecture d’église, trône sur un autel une immense monstrance accompagnée d’un calice. Les inscriptions les plus proches, autour de la monstrance et du calice, sur les livres et derrière le prêtre qui donne la communion, visent directement les remises en causes des Réformés et réaffirment avec force, la présence du Christ dans les espèces consacrées, le caractère sacrificiel de l’eucharistie et le ministère indispensable du prêtre. Pour renforcer les affirmations deux témoins sont convoqués au plus près de l’autel : saint Paul, à gauche, et Thomas d’Aquin, à droite. Les paroles extraites de leurs écrits rappellent vigoureusement que dans les saintes espèces sont présents le corps et le sang du Christ. Ces affirmations relèguent avec force, loin de ceux qui communient, d’un côté les infidèles et hérétiques, de l’autre les pernicieux. L’opposition est doublée à l’extérieur de l’église. À gauche, les âmes perdues des damnés de l’enfer proclament très exactement le contraire de ce que chantent les âmes du purgatoire. Pour les uns, l’Église est Babylone la prostituée, le pape l’Anti-Christ et la messe un moyen d’abuser. Pour les autres, l’Église qui célèbre est l’épouse du Christ, le pape son vicaire et la messe le sacrifice de la nouvelle Loi. Couronnant l’estampe, le monde céleste et les desseins divins de la Trinité, accomplis dans le sacrement de l’autel, sont dévoilés. Ce monde de gloire est ouvert à celui qui, bienheureux, communie au Corps et au Sang du Christ.
Si deux témoins sont proches de la monstrance centrale, la préférence est donnée à Thomas d’Aquin, lié directement au Saint Sacrement par un rayon de lumière. À ses pieds, quatre frères agenouillés adorent. Ils sont très clairement à son école.
Le cartouche inférieur de l’estampe comporte trois blasons.

Armoiries
À gauche : armoiries de l’Ordre des Prêcheurs
Au centre : armoiries de Guy Campion de la Chaise, évêque de Tréguier. Écartelé : au 1, d’azur à 3 écus chargés chacun de trois bandes de gueules ; au 2 : de gueules à une bande d’hermines ; au 3, de sable au lion d’argent, couronné, armé et lampassé d’or ; au 4, d’or (?) à neuf macles de (?), 3, 3, 3.
À droite : armoiries non identifiées

États
Un seul état : Belgique, Bruxelles, KBR, S.IV.86283

Bibliographie
2014, MORENO CUADRO, p. 380-387 ; p. 381 (cliché)

Commentaire
Adrien Béchu, dont le nom apparaît dans le cartouche du bas, fit profession à Dinan en 1595 avant de venir faire ses études à Paris où il devint licencié puis docteur. Il exerça la charge de prieur à Rennes avant de revenir enseigner au couvent Saint-Jacques de Paris où il fut élu prieur (1616-1619). Le chapitre de 1618 le choisit comme vicaire général de la Congrégation Gallicane. Il œuvra alors pour la réforme des couvents de Morlaix, de Rennes et de Dinan, avant de revenir une nouvelle fois à Paris. Il fut alors régent en théologie au couvent Saint-Jacques, puis deux fois prieur de ce couvent d’affiliation.
En 1620, alors qu’il était vicaire général de la Congrégation Gallicane, le Maître de l’Ordre lui demanda de réformer le couvent de Morlaix, répondant ainsi à la demande des habitants de la ville et du nouvel évêque de Tréguier, abbé commendataire de Saint-Étienne de Fontenay (Calvados), Guy Champion de la Chaise (?-1635[1]).
En avril 1622, le chapitre devait permettre l’élection d’un nouveau vicaire, Guillaume Roussel (?-1623).
Le chapitre s’ouvre par les soutenances de thèse (23 avril 1622) et l’on comprend pourquoi ce placard est dédié à l’évêque de Tréguier et pourquoi il mentionne encore Adrien Béchu comme vicaire général.
De l’impétrant, Jacques Fary, comme du régent des études du couvent Saint-Jacques de Paris, Maurice Brachet, les informations sont lacunaires.

[1] Sur cette réforme, voir ce qu’en dit Ninon Maillard, Droit, réforme et organisation nationale d’un ordre religieux en France. Le cas de l’Ordre des Frères Prêcheurs (1629-1660), thèse de doctorat dactylographiée de Droit, sous la direction de Jacques Poumarède, Université des Sciences Sociales (Toulouse I), 2005, p. 238-239.