Thomas d’Aquin


THOMAS D’AQUIN (ROME, 1663)

[Saint Thomas d’Aquin lumière de l’Église]
Jean GIRARDIN (?-?), graveur
Jean COUVAY (1622-vers 1680), graveur
D’après Melchiorre CAFÀ (1636-1637), dessinateur
1663
Burin
Feuille : 76 x 59,7 cm environ
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, ED-35 (A, 1)-BOITE FOL., p. 122-123.

© Louise Rice[1]

[1] Les conditions de présentation de l’estampe à la Bibliothèque nationale de France n’ont pas permis de prendre un cliché satisfaisant, le recueil ne pouvant être complètement ouvert. C’est pourquoi le cliché édité par Louise Rice est ici utilisé.

Lettre
1. Sur le phylactère sous Thomas d’Aquin
Hocque LEONE, hoc et RADIO SOL fulget AQVINAS
2. Allant vers la figure allégorique
Ab Vtroque RADIO
3. Sur la table, placée sous saint Thomas
EMmo et Reumo Principi / S.R.E. Cardinali / LAVRENTIO RAGGIO / RADIVM tui fauoris, Eme, orat sibi meus / MENNON Sub AQVINATE SOLE aliquan- / tula[m] uocem didicit inflectere, propalam no[n] / audet, nisi tuo firmetur pr[a]esidio. Si beni / gno has THESES lumine aspexeris, in il- / lam spem animabis, et tuam vel ips[a]e STATVÆ / loquentur bengnitatem. Viue diui, et Xprano [abréviation grecque pour Christiano] / Orbi, Tibique, et Vale. / Emm[a]e et R m[a]e D.T. / Humillimus, et Divinctus Ser. / Io. Fran. Rota.
4. Sur le revers du parchemin, en bas, à gauche
Io. Girardin Parisinus Sculp.
5. Sous la statue
CONCLVSIO / Quicquid docet D. Thomas / in Logica, Vniversa Philoso- / phia naturali, et Metaphysica / Verum est. / Disputabitur publicè in Con[uen]tu[m] / S. M. super MINERVAM / a Io. Francisco Roti Cremonem. / sub assist. Fr. Antony Fran. Fracassi / Ord. Pr[a]ed. / Romæ / Anno 1663 / Men. Martij
6. Dans le bas de la scène, à droite
I. Couvay Parisinus Sculp.
7. Sur le cadre, en bas, à gauche
Melchior Cafa Meliten. In. et Delin.

Image
Le placard de thèse est une sorte de mise en abyme puisque, au centre, une très grande estampe est présentée par sept anges, dont un sonne de la trompette et deux autres élèvent des branches de laurier. Sur cette estampe, un mur isole une terrasse au sein d’un jardin arboré. Sur la gauche, Thomas d’Aquin trône sur un portique. Le saint prend appui sur un gros livre ouvert. Du soleil de sa poitrine, brillant sur une chaîne d’or, partent deux rayons. L’un vient frapper un lion zodiacal qu’un putto couronne d’un chapeau cardinalice. Discrètement, est rappelé au dédicataire cardinal, dont les armoiries contiennent un lion rampant derrière une bande et dont le nom signifie « rai », que lui-même bénéficie des lumières du saint philosophe et théologien. L’autre rai est dirigé vers une statue, debout sur un socle. La référence de cette citation iconographique est donnée dans la lettre ; il s’agit de l’un des deux Colosses, la statue de Memnon à Thèbes (Égypte), qui avait la particularité de parler lorsque, au lever du soleil, un rayon la touchait. Le rai de lumière qui émane de la poitrine de Thomas d’Aquin frappe la statue qui se retourne pour lui répondre. Toute la sagesse antique reçoit lumière de l’aquinate. Mais la parole prononcée par la statue l’assimile à Giovanni Francesco Rota qui reçoit lumière du saint mais aussi de son protecteur et dédicataire, Lorenzo Raggi. Sous l’estampe, la ville représentée en arrière-plan, avec son campanile, est celle de Crémone, ville natale de l’impétrant. La réussite du candidat est certaine, symbolisée par les allégories de la renommée (ange à la trompette) et de la gloire (anges porteurs de branches de laurier/olivier et un couronné de lauriers).

Armoiries
En bas du socle de la statue : armoiries du candidat, Giovanni Francesco de Rota. De gueules à la fasce d’argent chargée d’un mont de trois coupeaux d’or et accompagnée en chef d’une roue d’or et en pointe d’un besant du même.

États
Un seul état : France, Paris, Bibliothèque nationale de France, ED-35 (A, 1)-BOITE FOL., p. 122-123

Bibliographie
1954, IFF, t. 3, p. 218, n° 146 ; 2005, RICE, p. 131-138

Commentaire
Le placard fut gravé à l’occasion de la soutenance des thèses de Giovanni Francesco Rota (1643-1706) au collège de la Minerve (Rome). L’impétrant, originaire de Crémone, fut envoyé accomplir ses études philosophiques chez les dominicains de Rome. Il acheva ensuite sa formation en 1665, à la Sapienza, avant de devenir prêtre et de mener une riche carrière intellectuelle.
Les thèses sont dédiées au cardinal génois Lorenzo Raggi (1615-1687), largement impliqué dans la promotion à la béatification de la tertiaire Marie Raggi (1552-1600), enterrée à la Minerve. Lorenzo Raggi finança pour une part la réalisation de son mémorial par le Bernin.
Le dessin de la thèse est dû à Melchiorre Cafà qui œuvra régulièrement pour les dominicains. Son propre frère, Giuseppe Cafà, de dix ans son aîné, entra chez les dominicains où il fut ordonné prêtre en 1652. Il est cependant impossible de dire si Melchiorre Cafà dut ses commandes pour l’Ordre des Prêcheurs à l’entremise de son aîné.
Une autre estampe, dessinée par Melchiorre Cafà pour les dominicains, fut gravée à Rome. Œuvre d’Albert Clouwet (1636-1679), réalisée dans le cadre de la promotion de la béatification de Rose de Lima, elle représente Rose agenouillée aux pieds la Vierge, dialoguant avec l’Enfant Jésus. Saint Dominique est témoin de la scène et trois autres candidats à la sainteté sont également figurés. Un exemplaire de l’estampe est conservé à l’Albertina de Vienne. Il n’a pas été possible de le consulter. Mais deux dessins préparatoires sont proposés, ci-après, comme œuvres en rapport.
Ce placard de thèse et l’estampe dédiée à Rose de Lima attestent la collaboration entre les artistes italiens et les graveurs français et flamands installés, temporairement ou définitivement, à Rome. De même, ils montrent le développement d’une forme de goût chez les dominicains italiens qui firent régulièrement appel à Melchiorre Cafà.
Comme le note Louise Rice, cette pièce est l’aboutissement d’une évolution des placards de thèse qui, au départ, consacraient une large place au texte, ne laissant à l’image qu’un rôle mineur. Ici, l’illustration occupe la quasi-totalité de l’espace, les conclusions de la thèse étant réduites à un court paragraphe, plus annonciateur du thème qu’exposant réellement le contenu de la pensée.
Selon Louise Rice, la position des signatures des deux graveurs pourraient être un indice de leur participation à l’élaboration de la pièce qui nécessita deux cuivres. Jean Girardin aurait gravé la scène principale du parchemin, Jean Gouvay le décor extérieur.

Œuvres en rapport

[Bienheureuse Rose de Lima de l’Ordre des Prêcheurs]
Melchiorre CAFÀ (1636-1637), dessinateur
S. d.
Craie sur papier gris, rehauts de blanc, mise au carreau à la craie
45,5 x 28,8 cm
Autriche, Vienne, Albertina, 1041.

© Albertina

[Bienheureuse Rose de Lima de l’Ordre des Prêcheurs]
Melchiorre CAFÀ (1636-1637), dessinateur
S. d.
Pierre noire, rehauts de blanc, papier gris-beige. Annoté à la plume et encre brune
50 x 39 cm
France, Paris, Musée du Louvre, INV 9599, Recto.

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