Thomas d’Aquin


THOMAS D’AQUIN (PARIS, 1669)

Clypeus Theologiæ Thomisticæ
Claudine [BOUZONNET-]STELLA (1641-1697), dessinateur et graveur
S.d. [1669]
Burin
C. de pl. : 31,4 x 19,1 cm ; tr. c. : 30,4 x 18,8 cm

Titre illustré pour Jean-Baptiste GONET (1615-1681), Clypevs Theologiæ Thomisticæ Avthore P. F. Ioanne Baptista Gonet, Biterrensi, Ordinis FF. Prædicatorum, Provinciæ Tolosanæ, Strictioris Observantiæ, in Academia Burdigalensi Antecessore. Tomvs Primvs. Contra novos eivs impvgnatores. Editio Tertia, Tractatibus aliquot auctior, & correctior, Parisiis, Sumptibus Antonij Bertier, Bibliopolæ Reginæ, viâ Iacobæâ, sub signo Fortunæ, et Gvillelmi de la covrt, Bibliopolæ Burdigalensis, 1669.
France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : D-181 [1].

© Claire Rousseau

Lettre
1. Sur le corps de la tour
CLYPEVS / THEOLOGIÆ / THOMISTICÆ / CONTRA NOVOS EIVS / IMPVGNATORES / Authore / R. P. IOANNE BAPTISTA / GONET / Ordinis Prædicatoru[m] / Biterrensi / et in Academia / Burdigalensi / Antecessore.
2. À la base de la tour
PARISIIS, sumptibus ANTONIJ / BERTIER, Bibliopolæ Reginæ, / ET GVILERMI DE LA COVR, / Bibliopolæ Burdigalensis. / Anno 1669 / Cum Priuilegio Regis
3. En haut de la tour, en-dessous de Thomas d’Aquin
MILLE CLYPEI PENDENT EX EA Cant. 4
4. Sur le bouclier de gauche
Refulsit Sol in Clypeos aurens
5. Sur le bouclier de droite
Et replenduerunt sicut lampades jgnis 1 machab. 6
6. En bas de l’image, à gauche
Claudia Stella jn. Et sculp.

Image
Assis dans le haut d’une tour ornée de boucliers, Thomas d’Aquin écrit sur un livre ouvert, présenté au spectateur. De la colombe de l’Esprit Saint, placée en arrière de lui, part un rayon qui vient frapper les pages du livre pour se diffracter en deux rayons. Chacun des rayons rebondit sur un bouclier tenu par un dominicain, debout au pied de la tour.

États
Un seul état : France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : D-181 [1] ; Lyon, Bibliothèque municipale – cote : 20890 T.01 ; Bibliothèque du couvent des dominicains, sans cote

Bibliographie
1951, IFF, t. 2, p. 90-91, n° 145-149[1]

[1] La suite des numéros indiquée en tête de la série donne à penser qu’il y avait 5 planches ; or, seules 4 sont décrites et correspondent à celles qui ont été réellement trouvées.

Commentaire
Outre le titre illustré qui fut copié pour une contrefaçon (voir Œuvres en rapport), l’ouvrage comporte trois autres planches présentées ci-après.
L’estampe est une amplification, semble-t-il, d’un titre illustré réalisé pour une édition bordelaise in-12 de 1664. Cet unique exemplaire est passé en vente à Toulouse et n’a pu ensuite être retrouvé. Le cliché en est donné ci-après dans les Œuvres en rapport.

L’édition in-folio de l’ouvrage chez Antoine Bertier appartient à l’histoire de l’imprimerie en France en raison de ses conséquences tragiques pour l’éditeur et en témoignage de l’hostilité entre les imprimeurs parisiens et lyonnais.
Dans la copie du titre illustré, sans référence à la créatrice dans l’édition de Cologne de 1671, édition soi-disant approuvée par le roi d’Espagne, les mêmes références scripturaires furent réinscrites. Dans les exemplaires consultés, la planche dédicatoire est en revanche absente, peut-être du fait qu’une seconde épître dédicatoire, adressée à Pierre de Walenburg, évêque suffragant de Cologne, fut ajoutée[1]. Il faut souligner ici que l’édition de Cologne relève de ce que Henri-Jean Martin a appelé la « guerre des contrefaçons[2] ».
« La correspondance des Verdussen [dynastie d’imprimeurs] d’Anvers est remplie des tractations destinées à faire cesser les contrefaçons des Lyonnais. Mais c’est aux Parisiens surtout que ceux-ci s’attaquent – bien entendu. Pour ruiner un ancien Lyonnais passé à Paris, Berthier [Antoine Bertier (vers 1610-1678)], dont l’activité les gêne, ils font par exemple contrefaire certaines publications de celui-ci par un complice de Cologne ». La note de bas de page cite un extrait de la Défense des libraires de Paris (ici corrigé et augmenté d’après l’original) :

« Lorsque ces Associez ont voulu établir leur Commerce à Madrid & à Rome, ils ont commencé par sacrifier d’abord quelques centaines de pistolles, en donnant les Livres à un prix si modique qu’à peine en retiroient-ils leurs frais ; non point en vûë du bien public, comme ils le vouloient faire accroire, mais seulement pour obliger les libraires des Lieux à renoncer à tout Commerce avec les autres Libraires de France, & tous les Etrangers à n’en plus faire avec ceux des les lieux. Nous en avons vû les effets dans Paris en la personne d’Antoine Bertier, l’un des plus illustres & des plus courageux libraires de ces derniers temps, qui avoit rendu des services à l’Etat, à qui on a l’obligation d’avoir recueilli les véritables Mémoires du cardinal de Richelieu ; & qui aprés avoir travaillé quarante-six années avec beaucoup d’honneur, & imprimé plus de cinquante Volumes in folio, est mort de chagrin depuis quelques années, prisonnier dans sa maison, âgé de soixante-huit ans, & dans un tel excés de misere que, tout garçon qu’il estoit, il n’a pas laissé de quoy se faire enterrer. Son grand Commerce estoit en Italie & en Espagne sur tout, où il avoit fait & long séjour & divers voyages, même pour les affaires de Sa Majesté. Il y donna tant de jalousie aux Anissons, qu’ils résolurent de le perdre ; et aprés en avoir attendu long-temps l’occasion favorable, ils la trouverent enfin dans le dernier Ouvrage que ledit Bertier a imprimé, tous les autres estant si considerables, qu’ils n’avoient pû les contrefaire. Ce fut la Theologie du Pere Gonet en cinq Volumes in folio, qui ne fut pas plûtôt achevée à Paris, que Posuel, le plus dangereux des quatre Associez, bien instruit de l’excellence de ce Livre, le fit contrefaire à Cologne, par le nommé Claude Friessem, qui leur en envoyoit les exemplaires par centaines à Lyon, d’où il les distribuoient impunément par toute l’Europe. Ce qui ayant mis le pauvre Bertier dans l’impuissance de negocier les siens, qui lui revenoient à plus qu’on ne vendoit les contrefaits, & hors d’état de satisfaire à ceux qui l’avoient aidé de leur bourse, il se trouva ruiné en moins de deux ans, & réduit par cette cruelle concurrence aux extrémitez qu’on vient de dire. Ce fait est public & se prouve par la confession dudit Friessem, qui avouë que ledit Posuel lui a fait faire non seulement deux éditions de cette Théologie en trois ans de temps, mais encore un autre Livre considerable qu’a imprimé Edme Couerot à Paris, en six gros Volumes in quarto. Et pour plus grande conviction, il est à remarquer, que dés que ces quatre Associez ont vû le fonds dudit Bertier dispersé, & qu’il ne laissoit aucun successeur à craindre, ils se sont emparez de cette même Theologie qu’ils ont imprimée depuis, & qu’ils vendent actuellement, contre le droit du Privilege pour trente années, qu’a laissé ledit Bertier, en date du 14. Decembre 1675[3]. »

Dans ce contexte, il est aisé de comprendre pourquoi la copie du titre-illustré de Claudine Stella ne saurait porter de signature. Le décès de l’éditeur parisien poussa Jean-Baptiste Gonet à rechercher un nouveau libraire capable de produire des formats in-folio que ne lui fournissait apparemment pas Guillaume de La Court (1608-1683) à Bordeaux. Les Archives départementales de l’Hérault conservent ainsi un contrat passé le 8 juin 1679, devant le notaire Maître Bourguès, entre Jean-Baptiste Gonet et le marchand libraire biterrois Henri Martel (1631?-1696), qui œuvrait déjà pour les Prêcheurs de Béziers[4]. L’acte précise les normes matérielles de l’impression (« Ledit s[ieu]r Martel soblige imprimer ledit ouvrage in folio, du cara[c]tere de Cicero neuf, sur du papier meilleur, et plus blanc que celuy don[t] on se sert ordinairemen[t]… »), le nombre d’ouvrages à bailler à l’auteur, la promesse de la part de ce dernier de fournir la copie de l’ouvrage augmentée des corrections et des ajouts ; tout devait être accompli dans un délai de huit mois après la signature de l’acte. Or, dans le cadre de cette étude, aucune édition biterroise in-folio du Clypeus n’a été repérée pour l’année 1680. Cette année-là et l’année suivante, paraît à Béziers, en format in-12 aux frais de Guillaume de La Court, un compendium du cours de Jean-Baptiste Gonet[5]. L’ouvrage est édité la même année à Lyon aux depens d’Henri Martel et de Laurent Anisson et de Jean Posuel[6]. L’ouvrage comporte un extrait du privilège du 14 décembre 1679 obtenu par l’auteur, cédé à Henri Martel et partagé par celui-ci avec les deux lyonnais, informations que les libraires parisiens ignoraient ou souhaitaient passer sous silence.
Après le décès de Jean-Baptiste Gonet en 1681, les associés dénoncés dans la Défense des libraires de Paris, Laurent Anisson et Jean Posuel, vendirent ouvertement le Clypeus agrémenté d’une épitaphe. Ils insérèrent alors la mention du privilège royal en date du 14 décembre 1679 autorisant Jean-Baptiste Gonet à faire imprimer comme il le souhaiterait une version révisée de son ouvrage, et deux autres lignes récapitulant la commande à Henri Martel et le transfert opéré par celui-ci vers ses « homologues » lyonnais (Reverendus Pater Gonet jus suum transtulit Henrico Martel, & ipse Martel participes egit Anisson & Posuel Bibliopalæ Lugdunenses). Laurent Anisson et Jean Posuel semblent avoir finalement obtenu ce qu’ils avaient usurpé mais sans disposer du cuivre du titre-illustré si l’on en juge par l’exemplaire consulté à la Bibliothèque municipale de Lyon[7] et par celui mis en ligne par la bibliothèque de l’Université Complutense de Madrid[8].

[1] Belgique, Gand, Bibliothèque universitaire – cote : DEPD.A10479. France, Lyon, Bibliothèque municipale – cote : SJ TH 239/17 (T. 01).
[2] Henri-Jean Martin, Livre, pouvoirs et société à Paris au XVIIe siècle (1598-1701), Genève, Droz, 19842 [première édition : 1969], p. 737.
[3] Defense des Libraires de Paris contre l’entreprise Des nommez Anisson frères, Posuel & Rigaud, Libraires de Lyon associez (Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : [Collection Anisson-Duperron] ms. fr. 22071, pièce 169 et pièce 171, p. 3-4). Une date manuscrite a été apposée sur la première page de la pièce 169 : 1690.
[4] AD34, 2E 10/29, f° 162.
[5] Jean-Baptiste Gonet (1615-1681), Manvale Thomistarvm seu brevis Theologiæ cvrsvs, in gratiam et commodum studentium editus, A R. P. Joan. Baptista Gonet, Biterrensi, Ordinis FF. Prædicatorum, Provinciæ Tolosanæ, strictioris Observantiæ, in Academia Burdigalensi Antecessore. Tomus Primus [-Tomus Sextus], Biterris, Sumptibus Guillelmi de la Court, Bibliopalæ Burdigalensis sub Bibliis aureis, 1680. L’acte notarié du 18 septembre 1679 (AD34, 2E 10/29, ff. 271-272) octroie à Henri Martel le privilège du roi, sans que Guillaume de La Court puisse en bénéficier au-delà de la première impression. C’est pourquoi la deuxième édition biterroise de 1680 (troisième édition de l’ouvrage) paraît chez Henri Martel. C’est également chez Henri Martel que paraît en 1681 une quatrième édition, en même temps que celle de Lyon (Italie, San Remo, Biblioteca civica Rambaldi – cote : IM0036 LIG80).
[6] Jean-Baptiste Gonet (1615-1681), Manuale Thomistarvm seu brevis theologiæ Cursus, In gratiam & commodum studentium editus…, Editio secunda, Lugduni, Sumpt. Anissoniorum & Ioan. Posuel, et Henrici Martel, 1680 (France, Lyon, Bibliothèque municipale – cote : 329044 – T. 01-06). Laurent Anisson et Jean Posuel publièrent seuls, sous privilège, la quatrième édition en 1681 (France, Lyon, Bibliothèque municipale – cote : 31595).
[7] Cote : 20891 – T. 01-05.
[8] Cote : BH DER 10279.

Œuvres en rapport

Clypeus Theologiæ Thomisticæ
GRAVEUR NON IDENTIFIÉ
S. d. [1671]
Burin
C. de pl. : 31 x 18,7 cm

Titre illustré pour Jean-Baptiste GONET (1615-1681), Clypeus Theologiæ Thomisticæ : in tres partes divisus, et quinque volvminibus comprehensvs, Authore P. F. Joanne Baptista Gonet, Biterrensi, Ordinis FF. Prædicatorum, Provinciæ Tolosanæ, Strictioris Observantiæ, in Academia Burdigalensi antecessore. Editio Novissima, Post Tres Gallicanas, prima in Germania ; Tractatibus aliquot, qui nondum in lucem prodierunt, auctior & correctior, Coloniæ Agrippinæ, sumptibus Joannis Wilhelmi Friessem Junioris, 1671.
Belgique, Gand, Bibliothèque universitaire – cote : BIB.TH.000004.

© Claire Rousseau

Clypeus Theologiæ Thomisticæ
GRAVEUR NON IDENTIFIÉ
S. d. [1664]
Burin
Dimensions non renseignées
Toulouse, vente aux enchères chez Rémy Fournié, le 28 octobre 2014, lot n° 236 de la vente .

© Rémy Fournié