Thomas d’Aquin


THOMAS D’AQUIN (ANVERS, 1637-1657)

[Saint Thomas d’Aquin recevant la ceinture des mains des anges]
Cornelis II GALLE (1615-1678), graveur
D’après Abraham VAN DIEPENBEECK (1596-1675), dessinateur
S. d. [1637-1657]
Burin
Feuille : 54,5 x 35 cm
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rd2 Fol., H 181449.

© Claire Rousseau

Lettre
1. Sous le trait carré de l’image
ADMODVM REVERENDO PATRI AC DOMINO D. CHRISTIANO ROELOFS CELEBERRRRIMI MONASTERII SANCTORVM CORNELII ET CYPRIANI IVXTA NINIVEN PRÆSVLI MERITISSIMO / S. THOMAS AQUVINAS ordinis Prædicatorum fulgentissimum sydus, Angelicus moribus, Angelicus doctrina, utpote qui tot fecit miracula (teste Ioanne 22. Pont. Max.) quot articulos scripsit, et quod est miraculo majus, de nullâ virtute commentaria edidit, quā / non vivacius animo quam calamo expressit, est igitur summa virtutum omnium absolutissima, qui earumdem summam ingenio phisquam humano exarauit. Habuit scilicet suorum scriptorum Mariani dictatricem, Petrum et Paulum consiliarios, Christum censore / Hic ille est Thomas ADMODVM Rme DOMINE, qui pridem rediuivus in academÿs omnibus, omnibus gymnasÿs, collegÿs, et studiorum domicilÿs acceptissimus, ac vice oraculi habitus est ; sed cum in hâc tabellâ solito gloriosor appareat, mortalibus nulli, undique cæli / tibus et ipse cælestis circumseptus, hospitem profectò requirit, qui Domini crucem non erubescat, quem Dei parens non habeat invisum, cui pupulus Iesus adjocetur, quem Petrus et Paulus suo non dedignentur hospitio, cui Angeli officioso famulentur obsequio. / In te oculos conjecimus Admodum R. D. quem Magdeburgum Saxonum vidit diuturno carceris squallore in cruce Domini gloriantem, quem Bma Virgo Maria ita in sui amorem rapuit, ut in oratione quæ Rosarium perpetuum vocitatur XXIV horas quotannis / singulari ejus famulitio addixerit illustre indicium diem vitæ, quantus est, ei esse devotissimum, nisi potissimum temporis labor regiminis et cætera munia suffurarentur, cui divinus pusio in tantum arrisit, ut cum penitissime depereat, et se infortunatissimi patet, ni quam / tocÿus ejus sacrosanctam societatem in ditione suâ erexerit stabilieritque ; cujus lares Apostolici Principes dubio procul frequentant, quando quidem invictissimi Ecclesiæ proceres Cornelius et Cyprianus in eÿs sedem sibi optatissimam elegerint, et quidni cælestes genÿ / sanctam vestram canonicam turmatim obambulent, ubi tot tantaq[u]a numina commorantur : Unicus Thomas desideratur, illum æri æviterno insculptum inducimus. Hunc quem Fossa Nova morientem ceu thecam thesauri gratiæ suscepit, orientem / ceu thecam thesauri gloriæ Ninive Præmonstratensium suscipiat : excipe munusculum hoc Præsul dignissime, quod tibi animitus offerunt.
À droite : Obsequiosissimi famuli FF. Prædicatores Conventus Bruxellensis.
À gauche : Abraham à Diepenbeke delineavit / Cornelius Galle iunior sculpsit
2. Dans l’image, partant de la bouche du Christ en direction de saint Thomas
BENE SCRIPSISTI DE ME THOMA

Image
L’image est partagée en plusieurs registres et plans.
Au premier plan, le registre inférieur présente saint Thomas d’Aquin en habit de l’Ordre, agenouillé devant un autel surmonté d’un crucifix au pied ouvragé. En un mouvement de surprise, le saint se tourne vers l’arrière, le regard levé vers le ciel. Deux anges adolescents, situés au même niveau que lui, le ceignent d’une ceinture plate de tissu. De la bouche du Christ en croix part la célèbre parole d’approbation que le saint reçut : Bene scripsisti de me Thoma. Dans le registre supérieur, la Vierge à l’Enfant, trônant sur des nuées, regarde et désigne Thomas de la main. Deux angelots, dont l’un tient en main un bonnet de docteur, jouent près de la Vierge. Cinq têtes de putti encadrent cette vision céleste.
En arrière-plan, entre l’autel et Thomas, une table supporte parchemin, livre, encrier et plume, tandis que d’autres ouvrages gisent à même le sol. En arrière-plan, sur la droite de l’estampe, saint Pierre (avec une clef) et saint Paul (avec le glaive) apparaissent sur un seuil.

Armoiries
En haut, à gauche, armories et devise de Christian Roelofs : d’azur à une croix de saint André d’or accompagnée en chef d’un soleil figuré à destre et d’un croissant cantonné à senestre. Devise : A cruce gloria.
En haut, à droite, armoiries de l’Ordre des Prêcheurs.

États
Un seul état : Allemagne, Wolfegg, Coll. Waldburg-Wolfegg, B 12.354 ; Belgique, Anvers, Museum Plantin-Moretus, F.IV/G.13 ; France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rd2 Fol. (saint Thomas d’Aquin), H 181449 ; Ec 67a Fol., R139955-233 ; Quimper, Musée des Beaux-Arts, 873-3-1296 ; Pays-Bas, Bois-le-Duc, Noordbrabants Museum, 15495

Bibliographie
1953, HOLLSTEIN, t. 7, p. 65, n° 47 ; 1982, STEADMAN, p. 74 ; 2000, RAMADE, p. 71, n° 33, fig. 37

Commentaire
L’image est dédicacée à Christian Roelofs, abbé du monastère des saints Corneille et Cyprien, à côté de Ninove, près de Bruxelles, au sud d’Aalst, dans la province belge des Flandres orientales[1]. Les dates de son abbatiat de 1637 à son décès en 1657 offrent une fourchette d’une vingtaine d’années pour la réalisation de l’estampe. Fut-elle offerte lors de l’accession de Christian Roelofs à l’abbatiat ? Ou bien les frères Prêcheurs de Bruxelles voulurent-ils fêter ses dix ans d’abbatiat ? Aucune date ne permet d’étayer l’une des deux hypothèses.
Un dessin préparatoire d’Abraham Van Diepenbeeck est conservé au Noordbrabants Museum de Bois-le-Duc [voir ci-après].
Le catalogue d’exposition dont l’édition fut dirigée par Patrick Ramade propose Cornelis I Galle comme auteur de la gravure. Cependant la mention iunior dans la signature conduit à attribuer l’exécution à Cornelis II Galle, ce que propose également la base de données en ligne du Rijksmuseum d’Amsterdam qui suit l’inventaire dit Hollstein.
L’image et les premières lignes de la lettre se répondent parfaitement, exaltant saint Thomas d’Aquin comme docteur vertueux inspiré par la Vierge Marie, conseillé par saint Pierre et saint Paul, approuvé par le Christ.
Une copie en contrepartie, non signée, est également attribuée à la famille Galle [voir page suivante].

[1] Contrairement à ce qu’indique la notice du catalogue établi sous la direction de Patrick Ramade, Christian Roelofs n’était ni dominicain ni curé.

Œuvre en rapport

Saint Thomas d’Aquin recevant la ceinture des mains des anges
Abraham VAN DIEPENBEECK (1596-1675), dessinateur
S. d.
Pierre noire, plume et encre brune, lavis gris, rehauts de blanc
50,5 x 34,5 cm
Pays-Bas, Bois-le-Duc, Noordbrabants Museum, 14.888.