Louis Bertrand

LOUIS BERTRAND (Valence, 1er janvier 1526-9 octobre 1581, Valence)
Statut dans l’Ordre : prêtre du premier Ordre
Béatification : 19 juillet 1608 par Paul V
Canonisation : 12 avril 1671 par Clément X
3 septembre 1690, Alexandre VIII le déclare patron principal du Royaume de Nouvelle-Grenade aux Indes occidentales
Fête liturgique : 10 octobre
Attributs iconographiques : coupe de poison de laquelle s’échappe un serpent, fusil dont le canon est un crucifix, ange accompagnateur

Biographie
« Dominicain espagnol, d’une grande érudition, il voulait travailler à la conversion des infidèles des Indes Occidentales et du Pérou. Né à Valence, le 1er janvier 1526, Louis Bertrand prit l’habit de l’Ordre le 26 août 1544. Prêtre en 1547, il fut assigné en 1548 au couvent de Llombay et se vit confier presqu’aussitôt la charge de maître des novices, ce qui le confirma dans ses penchants personnels à l’austérité. A en croire son hagiographe, c’est sur sa propre demande que semblent se prendre les orientations successives de son existence religieuse. Maître des novices, il voulait aller à Salamanque pour y refaire des études: l’autorisation lui fut refusée et il revint à Valence. C’est de là qu’il partit en 1562 comme missionnaire sur le territoire de l’actuelle Colombie [Nouvelle-Grenade]. Là, il déploya une intense activité apostolique, baptisant de très nombreux indiens. Dans son procès en canonisation, il a été raconté qu’il avait le don des langues, pouvant ainsi se faire comprendre des populations locales, et qu’il avait aussi échappé à de nombreuses tentatives d’assassinat.
Pendant sept ans, il y déploya une activité missionnaire dont les détails demeurent peu connus. Au dire des témoins du procès de canonisation, cet apostolat fut marqué de toutes sortes de prodiges. De retour en Espagne, le 18 octobre 1569, il acheva sa vie à Valence, où il seconda les activités pastorales de l’archevêque Juan de Ribere. Il y mourut le 9 octobre 1581[1]. »

Des tentatives d’assassinat de Louis Bertrand, deux ont nourri l’iconographie du saint :
1. « Ces Barbares n’ayant pû ouvertement assouvir leur vengeance à cause du grand nombre de leurs compatriotes convertis, qui s’étoient genereusement opposez à leur sanglante resolution, gagnerent un vieil Prestre d’Idole, & l’engagerent à empoisonner le Saint par un breuvage. Ce Ministre de Sathan, prit si bien so temps, qu’il fit boire du poison au Serviteur de Dieu sans qu’il s’en apperçust. Aussi-tost qu’il l’eut bû il sentit un feu devorant dans l’estomach […]. Mais ce parfait Missionnaire éprouva la verité de la promesse que le Fils de Dieu avoit faite à ses Apôtres lors qu’il les envoya par toute la terre précher son Evangile, Que s’ils beuvoient, quelques breuvage mortel, qu’il ne leur feroit point de mal ; car cinq jours après il vomit miraculeusement un serpent, & il se trouva parfaitement guery[2]. »
2. « Prêchant une fois au Convent d’Albaïda dont il étoit Vicaire, il invectiva avec beaucoup de zele contre certains pechez publics qui se commettoient aux environs. Un Gentilhomme prenant pour luy en particulier, ce qu’il n’avoit preché qu’en general, luy envoya dire qu’il le feroit assassiner s’il ne se retractoit publiquement en chaire le Dimanche suivant : le Saint ne répondit autre chose à cette horrible menace, sinon que ce luy seroit bien de la gloire de mourir pour un sujet qui luy procureroit la couronne du martyre, qu’il s’en reconoissoit tres indigne, mais qu’il étoit tout disposé à perdre la vie pour maintenir les veritez qu’il avoit avancées. Le lendemain s’en retournant au Convent avec François Mora, il apperçut de loin ce Gentilhomme venir à luy à toute bride le pistolet à la main pour le tuer, Mora s’enfuit tout tremblant pour se cacher, & conseilla au Pere de ne se point compromettre avec ce furieux, & de se retirer en diligence pour éviter la mort. Mais le Saint plein de confiance en Dieu qui le rendoit intrepide, continua son chemin : ce Gentilhomme l’ayant abordé luy dit, C’est bien à toy, Moine, à me reprendre, & en proferant ces paroles il luy porta la bouche de son pistolet contre l’estomach pour luy enfoncer la balle & la bourre dans le corps ; le Saint sans s’étonner haussa le bras & fit le signe de la croix sur cette arme à feu, laquelle se changea miraculeuseme[n]t en un Crucifix. Le Gentilhomme surpris de ce prodige se trouvant une belle croix à la main au lieu de son pistolet, descendit promptement de son cheval, se jetta tout tremblant aux pieds du Saint, & luy demanda tres-hublement pardon de l’assassinat qu’il avoit voulu commettre sur luy ; le Saint voyant ses larmes & le regret qu’il témoignoit de sa faute, le releva & l’embrassa avec une effusion de charité qui le gagna entierement à Dieu, & qui le porta à faire penitence des excez scandaleux qui avoient obligé le Saint de les reprendre en public[3]. »
Enfin, l’ange qui l’accompagne tenant un livre ouvert sur lequel est écrite une parole de saint Augustin, rappelle la constance du saint dans ses épreuves :
« il n’employoit dans ses douleurs & dans ses maladoes que ces paroles de saint Augustin, qu’il avoit presque toûjours à la bouche, Domine hîc ure, hîc seca, ut in æternum parcas, Seigneur brûlez-moy en cette vie, déchirez-moy, exercez-moy en cette vie, déchirez-moy, exercez-moy par toutes les douleurs imaginables, afin que vous me fassiez misericorde en l’autre ; & souvent il disoit dans le mesme esprit, Domine, hic non parcas, ut in æternum parcas : Seigneur, ne me pardonnez point en ce monde, punissez mes pechez dans toute la rigueur, afin que vous me pardonniez après ma mort[4]. »

[1] Notice des dominicains du Canada.
http://www.dominicains.ca/Histoire/Figures/bertrand.htm
[2] Jean-Baptiste FEUILLET (vers 1624-1687), La vie de S. Louis Bertrand […], p. 81-82.
[3] Op. cit., p. 296-297.
[4] Op. cit., p. 143.

Bibliographie biographique
1650
GIFFRE DE RECHAC (Jean, dit de Sainte-Marie, 1604-1660), Les Vies et actions memorables des Saints Bien-hevrevx et avtres illvstres personnages de l’Ordre des FF. Précheurs. Les Beatifiez de l’Eglise, dont on celebre les Festes par tout l’Ordre ou en diuers endroits, Auec le Triomphe des martyrs du même Ordre. Par le R. P. Iean de Rechac dit Sainte Marie, de l’Ordre des FF. Précheurs, Profez du Conuent de l’Annonciade, dit des Peres Iacobins Reformez de la ruë neuue Saint Honoré à Paris. Enrichies de figvres en taille dovce. Tome III, A Paris, Chez Sebastien Hvré, ruë Sainct Iacques, au Cœur-Bon, 1650, p. 383-560.
France, Lyon, Bibliothèque municipale – cote : 382658.
1671
BERTHA (Louis, 1620-1697), Het leven van den heylighen Lvdovicvs Bertrandvs Religievs van’t Orden van den h. Patriarch Dominicvs. In’t ghetal der Heylighen ghestelt door onsen Alder-heylighsten Vader Clemens X. Beschreven in onse Nederlantsche tale door eenen Priester der selve Orden, t’Antwerpen, By Cornelis Woons, op de Melck-marckt in de Steer, 1671.
Belgique, Anvers, Museum Plantin-Moretus – cote : A 4004.
FAURE (Jean-André, 1608-1673), La Vie de Saint Louis Bertrand, Religievx de l’Ordre des Freres Prescheurs, Beatifié par Paul V. le 29. De Iuillet 1608 & Canonisé par Nostre S. Père le Pape Clement X. le 12. iour d’Avril 1671. Par le R. Pere Iean-André Favre Provinciale de la Province Tolosaine du mesme Ordre, A Beziers, Par Henry Martel, 1671.
France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : 8-OO-106.
FEUILLET (Jean-Baptiste, vers 1624-1687), Abbregé de la vie de S. Louis Bertrand de l’Ordre des FF. Precheurs, Missionaire Apostoliqve aux Indes Occidentales, Canonizé par N.S. P. le Pape Clement. X. le 12. Avril 1671. Par le R. P. Jean Bapt. Feuillet, de l’Ordre des FF. Precheurs de la Province de S. Louis, & Missionnaire Apostolique dans les Antisles de l’Amerique, A Paris, Chez André Cramoisy, ruë de la vielle Bouclerie proche le Pont S. Michel, au Sacrifice d’Abraham, 1671.
France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : 8-OO-868.
La vie de S. Louis Bertrand de l’Ordre des FF. Precheurs, Missionaire Apostoliqve aux Indes Occidentales, Canonisé par N.S. P. le Pape Clement X. le 12. Avril 1671. Tirée des meilleurs Autheurs de sa Vie, & des procés de sa Canonization, et enrichie de Figures. Par le R. P. Jean Bapt. Feuillet, de l’Ordre des FF. Precheurs de la Province de S. Louis, & Missionnaire Apostolique dans les Antisles de l’Amerique, A Paris, Chez André Cramoisy, ruë de la vielle Bouclerie proche le Pont S. Michel, au Sacrifice d’Abraham, 1671.
France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : H-10747 ; Paris, Bibliothèque du Saulchoir – cote : 445 E 59.
1672
Abregé des vies de saint Lovis Bertrand de sainte Rose de Sainte Marie, dv Pape Pie V. Tovs trois de l’Ordre des Freres Prescheurs, nouuellement Canonizes par Nostre S. Pere le Pape Clement X, A Nancy, Par Charles Charlot, Imprimeur demeurant deuant la Primatiale, 1672.
France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : H-10748.
LE FÉE (André, 1625-1717), Lettre ecrite av Tres-Reverend Père Estienne de Thoro, Docteur en Theologie, & Compagnon pour la France du Reverendissime Père Iean Thomas de Rocaberti, General de tout l’Ordre des Freres Prescheurs. Par le R. Père André le Fée, aussi Docteur en Theologie, & Prieur du Convent du mesme Ordre de la Ville de Tours, sur le sujet de la solennité de la Canonization de S. Louis Bertrand, & de Sainte Rose de Lima [18 juillet 1672], A Tours, De l’Imprimerie de la Veuve Jacques Poinsot Imprimeur ordinaire du Roy, & du Clergé, 1672.
France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : 8-LK7-9861.

Portraits et autres figurations gravées antérieurs à 1720
1668-1691 (date d’édition)
Marguerite MONCORNET (née Van Der Mael, ?-1691), éditeur, [Saint Louis Bertrand], s. d. [1668-1691]. Burin, c. de pl. : 31,6 x 22,6 cm ; France, Lyon, Bibliothèque municipale, Fonds des estampes des jésuites de Chantilly.
Avant 1671
JODE Pieter II de (1606-après 1674), graveur ; d’après SALLAERT Antoine (1580/1585-1650), inventeur, S. Lvdovicvs Bertrandvs, s. d. [avant 1671]. Burin, épreuve rognée : 49,5 x 32 cm. France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rd 2 Fol. (Louis Bertrand, saint), H 178373.
1671
Frederik II BOUTTATS (1621-1676/1677), éditeur, Waere afbeeldinghe van H. Lvdovicvs Bertrandvs, s. d. [1671]. Burin, c. de pl. : 11,1 x 6,5 cm environ. Frontispice pour [Louis BERTHA (1620-1697)], Het leven van den heylighen Lvdovicvs Bertrandvs Religievs van’t Orden van den h. Patriarch Dominicvs. In’t ghetal der Heylighen ghestelt door onsen Alder-heylighsten Vader Clemens X. Beschreven in onse Nederlantsche tale door eenen Priester der selve Orden, t’Antwerpen, By Cornelis Woons, op de Melck-marckt in de Steer, 1671. Belgique, Anvers, Museum Plantin-Moretus – cote : A 4004.
LALOUETTE Jacques (actif dans la seconde moitié du XVIIe siècle), graveur ; CRAMOISY André (1634-1722), éditeur, S. Louis Bertrand ; [La Prédication missionnaire de Louis Bertrand] ; [L’Apothéose de Louis Bertrand], s. d. [1671]. Burin, c. de pl. : 12,2 x 7 cm environ. Planches pour Jean-Baptiste FEUILLET (vers 1624-1687), La vie de S. Louis Bertrand de l’Ordre des FF. Precheurs, Missionaire Apostoliqve aux Indes Occidentales, Canonisé par N.S. P. le Pape Clement X. le 12. Avril 1671. Tirée des meilleurs Autheurs de sa Vie, & des procés de sa Canonization, et enrichie de Figures. Par le R. P. Jean Bapt. Feuillet, de l’Ordre des FF. Precheurs de la Province de S. Louis, & Missionnaire Apostolique dans les Antisles de l’Amerique, A Paris, Chez André Cramoisy, ruë de la vielle Bouclerie proche le Pont S. Michel, au Sacrifice d’Abraham, 1671. France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : H-10747.
1671-1676
VAN DEN SANDE Jan Baptist II (vers 1640-1712/1713), graveur et éditeur, Vera effigies S. Lvdovici Bertrandi, s. d. [avant 1676]. Burin, épreuve rognée : 15,8 x 11,5 cm. Autriche, Göttweig, Benediktinersift, Eg_007.
1673-1691
BAILLU Bernard de (1641-après 1684), graveur ; d’après FERRI Ciro (1633-1689), inventeur ; d’après Giovan Battista GAULLI (dit Baciccio, 1639-1709), peintre ; ROSSI Giovanni Giacomo de (1627-1691), éditeur, S. Lvdovicvs Bertrandvs, s. d. [1673-1691]. Burin, c. de pl. : 46,2 x 29,4 cm. Pays-Bas, Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-BI-543.
S. d.
GRAVEUR NON IDENTIFIÉ, S. Ludovicus Bertrandus Ordinis Præd[dicatorum], s. d. Burin, épreuve rognée : 21 x 13,9 cm. Autriche, Göttweig, Benediktinersift, Eg_008.