Rosaire


ROSAIRE / PLACARD (PARIS, 1655-1667)

[La Colère du Christ apaisée par la Vierge Marie]
Grégoire HURET (1606-1670), graveur
S. d. [1655-1667]
Burin
Image c. de pl. : 15,7 x 21 cm
France, Grenoble, Bibliothèque municipale, V.1037r.

© Bibliothèque municipale de Grenoble

 

 

 

 

Lettre
1. Sur un phylactère dans le ciel
SPECVLVM IVSTITIÆ
2. En bas de l’image, sous le pied droit de la Vierge
Huret fecit

Image
L’image est construite selon une diagonale descendante. Dans l’angle supérieur gauche apparaît Dieu tenant en main trois flèches pour exprimer sa colère à l’égard des hommes. La Vierge Marie, debout, de trois quarts face mais le visage tourné vers Dieu, tend de la main gauche un rosaire à saint Dominique agenouillé dans l’angle inférieur droit. Saint Dominique est identifiable par l’habit de son Ordre, l’étoile dessinée sur son front et la présence de son attribut principal, le chien tenant dans la gueule une torche enflammée, couché près d’un globe. Contrairement à d’autres représentations de la scène, la terre qui apparaît dans l’angle inférieur gauche est loin d’exprimer un lieu de péché. Le paysage ressemble davantage à un jardin édénique.

États
Un seul état : France, Grenoble, Bibliothèque municipale, V.1037r

Texte du placard
Sous l’image
[Colonne de gauche] :
Vos crimes, vos pechez auoient irrité DIEV,
Sa foudre en toute heure, en tout lieu
Menaçoit déjà vostre teste :
[Colonne de droite] :
Mais pour vous sa MERE tant fait,
Qu’en disant le Rosaire il s’apaise, & s’appreste
A pardonner vostre forfait.
[Sur toute la largeur de la feuille] :
ABBREGÉ DES MERVEILLES DV S. ROSAIRE.
LE S. ROSAIRE est composé de l’Oraison vocale & mentale, afin que l’homme, qui est composé de corps et d’esprit, serue Dieu parfaitement / par le moyen de cette Deuotion : L’Oraison vocale comprend quinze dixaines de salutations Angeliques, entremelées d’Oraisons dominicales ; / La mentale se fait sur les quinze principaux mysteres de la vie, & mort de N. S. & se Tres-Sainte Mere ; cinq desquels sont joyeux, sçavoir / l’Annonciation de l’Ange, la Visitation de sainte Elizabeth, la Nativite, la Presentation, & le retrouuement de l’Enfant IESVS. Cinq douloureux, / l’Oraison dans le jardin des Oliues, la falgellation, le couronnement d’espines, le portement de la Croix, & le crucifiement de N. Sauueur I. C. Cinq / glorieux, la Resurrection, & l’Ascension du mesme Sauueur, la descente du S. Esprit, l’Assomption, & le Couronnement de la Tres-Sacrée Vierge Marie. / Ces Oraisons estant les plus belles de celles dont se sert la Sainte Eglise. Nous pouuons aussi dire, que le sacré Rosaire est la plus belle de toutes les / deuotions : C’est pour ce sujet que les plus grands Saints luy ont esté les plus affectionnez. Ie ne feray mention que de deux qui sont de nostre temps ; l’incom- / parable Cardinal S. Charles Borromée, outre vn grand nombre d’autres prieres, partie d’obligation, partie de surecogation, disoit tous les jours le sacré / Rosaire a deux genoux. S. Louis Bertrand de l’Ordre des FF. Prescheurs, en faisoit autant, recommandoit cette Deuotion en toutes ses Predications, & / portoit sur soy le Sacré Rosaire de jour & de nuit. / Non seulement les Deuots de IESVS & de MARIE trouuent leur entiere satisfaction au sacré Rosaire, mais encore les Deuots du glorieux S. Ioseph le / peuuent considerer dans tous les Mysteres joyeux ; les deuots de S. Iean Disciple d’amour, & de Sainte Magdelaine miroir de Penitence les rencontrent en / la plupart des Mysteres douloureux et des glorieux, dans lesquels nous pouuons aussi contempler la gloire de tous les autres Saints. Et de la sorte le S. Rosaire / est une Manne celeste capable de contenter le goust, & satisfaire à la deuotion de tout le monde. / La Tres-glorieuse Vierge Marie ayant inuenté Elle-mesme cette incomparable deuotion, l’a reuelé au glorieux S. Dominique Fondateur de l’Ordre des FF. / Prescheurs, duquel elle s’est seruie pour la Prescher par tout le monde, & pour eriger la Confrerie du sacré Rosaire : Elle s’est aussi seruie de son Benjamin / le Bien-heureux Alain de la Roche Religieux du mesme Ordre, pour restablir l’vne & l’autre, auec tant de succez pour le salut des Ames, que S. Dominique / a extirpé l’heresie des Albigeois, & conuerty cent mille pecheurs : Et le B. Alain a receu à la Confrerie du Rosaire cent mille personnes. / Les deuoirs des Confreres sont d’aller à confesse & communier toutes les principales Festes de Nostre Sauueur & de Nostre Dame, & tous les premiers / Dimanches des mois, à la Chapelle, ou au moins à l’Eglise du S. Rosaire ; d’assister à la Procession qui se fait aux jours susdits apres Vespres ; de reciter le Rosaire au / moins vne fois la semaine, tout à la fois, ou separement. Helas (;) nous employons tant de temps aux affaires du monde, & aux satisfactions de nostre corps ; n’est-il / donc pas bien raisonnable d’en donner vne partie à l’affaire importante ne [sic] nostre salut & à la satisfaction de nostre ame ? / Il n’y a rien a perdre & il y a beaucoup à gaigner en la Confrerie du S. Rosaire, car ceux qui manquent à ces deuoirs n’offencent point Dieu mortellement / ny veniellement ; & ceux qui les accomplissent, outre le merite qu’ils ont pour les actes de foy, d’esperance, de charité, & des autres vertus qu’on pratique / en recitant le Rosaire, gagnent encor vne infinité d’Indulgences que les Souuerain Peres ont octroyé en faueur de cette deuotion pour la rendre recomman- / dable à tous les Fidelles. / Il y a Indulgence Pleniere au jour de la reception à la Confrerie, pourueu qu’on ait confessé & Communié ; la mesme Indulgence est octroyée à tous les Con- / freres, qui s’estans confessez, communient à la Chapelle, ou au moins dans l’Eglise du S. Rosaire le premier Dimanche de chaque mois, les principales Festes de nostre / Sauueur & de nostre Dame, & toutes les Festes des Mysteres du S. Rosaire. Ceux qui assistent à la Procession qui se fait apres Vespres les jours susdits, gagnent / la mesme Indulgence. Ceux qui visitent l’Autel du Rosaire gagnent cent ans d’Indulgence : Ceux qui portent le Rosaire sur eux en gagnent autant ; & ceux qui / le recitent en gagnent cinquante : Que si auant de le reciter ils se confessent, ils gagnent Indulgence Pleniere ; laquelle est aussi octroyée à ceux qui disent le / Rosaire perpetuel. Pour tous ceux qui disent ou font dire, ou mesme assistent à la messe du S. Rosaire, il y a Indulgence Pleniere & deliurance d’vne ame / du Purgatoire. Enfin les Confreres qui à l’heure de leur mort tiendront en main vn cierge benit de la Confrerie, obtiendront Indulgence Pleniere, & remission / de tous leurs pechez, qui est tout ce qu’on peut souhaiter. Ces Indulgences ont esté données ou confirmées par les Papes Vrbain IV. Iean XXII. Sixte IV. / Innocent VIII. Alexandre VI. Iule II. Leon X. Adrian VI. Clement VII. Paul III. Clement VIII. Paul V. & par nostre S. Pere Alexandre VII. à present seant. / Ceux qui ont esté vne fois receus à la Confrerie en quel lieu que ce soit, participent à toutes les bonnes oeuures qui se font par les autres Confreres dans tout le / monde, & par vn priuilege particulier que les Generaux de l’Ordre des FF. Prescheurs leur ont ccordé, ils sont aussi participans de toutes les bonnes oeuuvres / qui se font dans ledit Ordre des FF. Prescheurs. / Le celebre Docteur Nauarre admire à bon droit cette si generale communication des richesses spirituelles, & dit qu’il ne se trouve rien de semblable dans les / autres Confreries. Mais ce qui est encor plus admirable, le personnes decedées peuvent estre receües à la Confrerie, & communiquer à tous ses biens ; / pourueu que quelqu’vn de leurs amis viuans s’acquitte pour eux des deuoirs de la Confrerie. / Les miracles que N. Dame du S. Rosaire a faits pour authoriser cette deuotion, sont innombrables Plusieurs Historiens en ont composé de volumes entiers, & / apres en auoir rapporté quantité de toute sorte, ils sont contraints d’aduoüer, qu’ils en obmettent beaucoup d’auantage. Le Bien-heureux Alain dit en commun, / auoir veu luy mesme plusieurs pecheurs conuertis par cette deuotion ; plusieurs Apostats de la Foy et de la Religion changez en Predicateurs de l’Euangile, & / tres deuots seruiteurs de Iesus & de Marie ; plusieurs adonnez à la vanité & sensualité, deuenus amateurs de la Penitence ; il a veu des contrées steriles deuenir / fertilles ; des lieux mal seins rendus habitables ; plusieurs possedez du Demon deliurez ; plusieurs tourmentez de phantosmes estre r’asseurez ; quantité d’ennemis / reconciliez ; des vsurpateurs du bien d’autruy faire restitution ; plusieurs delurez de beaucoup de dangers ; d’autres gueris de diuerses maladies ; plusieurs ames / du Purgatoire soulagées & deluirées ; & enfin des morts ressuscitez, le tout par la force & vertu incomparable du Saint Rosaire. / Tous ces miracles ont esté renouvellez de nostre temps, vne infinité de personnes ayant esté gueries de toute sorte de maladies corporelles & spirituelles dans / la France, l’Italie & l’Espagne, non seulement par le sacré Rosaire, mais encore par des roses benistes, & par l’huile de la lampe qui brûle deuant l’Autel du / Rosaire : Et dans le nouueau monde, il s’est fait tant de miracles en faueur de cette deuotion, qu’vn Royaume tout entier a esté conuerty à la Foy par les FF. / Prescheurs, sous la protection de nostre Dame du sacré Rosaire. / Mais ce qui doit estre le plus estimé, c’est que cette glorieuse Vierge a reuelé au mesme Bien-heureux Père Alain, qu’elle moyenneroit enuers son Fils pour / les Confreres du S. Rosaire, qu’ils fussent munis des Sacrements de l’Eglise à l’heure de leur mort, & qu’elle leur obtiendroit des graces toutes particulieres, / au moyen desquelles croissans beaucoup en charité dans ce monde, ils obtiendroient en l’autre vn tres sublime degré de gloire.

Commentaire
La mention dans le texte du pape régnant, Alexandre VII, offre une fourchette d’une douzaine d’années, 1655-1667, pour l’impression du placard, le cuivre utilisé pouvant lui être antérieur.