Rosaire


ROSAIRE / GRAVURE D’INTERPRÉTATION (PARIS, 1677-1703)

[Notre Dame du Rosaire]
Girard AUDRAN (1640-1703), graveur
D’après Domenico ZAMPIERI (dit le Dominiqu[a]in, 1581-1641), peintre
S. d. [après 1677]
Burin
Feuille : 71 x 41 cm
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rc mat. 26 Folio, vol. 1353, Rosaire.

© Claire Rousseau

 

 

 

 

Lettre
1. Sous le trait carré de l’image
Dominiquain jnvenit et pinxit. Audran sculpsit auec priuilege du Roy et ce vend a Paris rue St Jacques aux 2 Piliers d’or. / Ô Rosaire admirable ! Chef-d’oeuvre de la pieté de Dominique, Source de graces pour les hommes / Joye des Anges, delices de Jesus & de Marie.
2. Sur les phylactères tenus par les anges des mystères joyeux
a. MAGNIFICAT ANI[MA]
b. GLORIA IN ECEL[sic] DEO
3. Sur le phylactère tenu par un ange des mystères glorieux
ASCE[N]DO AD PATREM

Image
La composition est très nettement bipartite dans la hauteur. En bas, des personnages dont un pape sont violemment attaqués par deux soldats, l’un à pied, l’autre à cheval. Tous portent enroulés à leurs doigts des chapelets. Une interprétation est proposée dans le commentaire ci-dessous. Notons que cette scène est encadrée par deux forts piliers d’une architecture non définie ouverte sur le paysage, que l’on peut assimiler aux colonnes d’un portique d’église, figurant l’Église terrestre. De la partie du haut, monde céleste, tombe une pluie de roses dont la délicatesse contraste avec la cruauté et la frayeur d’en bas.
Bien au centre dans la largeur, la Vierge Marie siège, tenant l’Enfant Jésus debout auprès d’elle. Des têtes de putti augmentent la gloire de lumière qui entoure la tête de la Vierge. L’Enfant jette des roses qu’il puise dans une amphore soutenue par des angelots. C’est donc de lui que pleuvent les fleurs/grâces implorées depuis la terre. Sur la gauche, saint Dominique, agenouillé de profil, élève d’une main un Rosaire et de l’autre désigne la Vierge au spectateur vers qui il tourne la tête.
Dans le ciel, les mystères sont représentés à travers trois groupes d’anges. À gauche, les mystères joyeux. L’Annonciation est valorisée par un ange juvénile brandissant haut une branche de lys. Il est cependant difficile d’affirmer qu’il s’agisse de l’archange Gabriel. L’ange de la Visitation tient un phylactère portant les premiers mots du Magnificat et celui de la Nativité déroule les termes de l’annonce des anges aux bergers. Il est difficile d’interpréter l’instrument, sorte de tambourin, tenu en main par l’angelot de gauche, de sorte que le livre du cinquième ange, symbolisant peut-être la Loi peut être appliqué aux deux derniers mystères. Dominant la composition, les mystères glorieux sont entraînés par le grand ange brandissant l’étendard de la victoire du Christ en sa Résurrection. L’ange de l’Ascension déploie sur un phylactère l’affirmation du règne du Christ monté auprès de son Père, tandis que la colombe sur la droite évoque la Pentecôte. L’Assomption de la Reine du Rosaire est suggérée par les bouquets de roses emportés au plus haut par un ange, tandis qu’un autre prépare la couronne de son Couronnement. À droite, au même niveau que les mystères joyeux sont groupés les mystères douloureux. Le groupe est dominé par une croix dressée, tenu par un ange de plus grande taille. Au pied de celle-ci les attributs des angelots évoquent les quatre autres mystères : la coupe de l’Agonie, les verges de la Flagellation, la Couronne d’épines, et le voile de Véronique pour le Portement de croix.

États
Premier état : avec la signature mais avant la lettre de l’invocation. États-Unis, Cambridge (Ma), Harvard Art Museums/Fogg Museum, M.36.
Second état, celui décrit : avec la lettre complète. France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rc mat. 26 Folio, vol. 1353 (Rosaire), Ed-66(C)-FT 5 ; Royaume-Uni, Londres, British Museum, U,4.60

Bibliographie
1939, IFF, t. 1, p. 128, n° 24

Commentaire
Commandé en 1617 par la famille Ratta, exécuté entre 1621 et 1625, le tableau de Domenicho Zampieri est actuellement conservé en Italie à la Pinacoteca Nazionale de Bologne (Inv. 460). L’huile sur toile (498 x 289 cm) fut d’abord placée dans l’église San Giovanni in Monte.
La notoriété de l’œuvre doit beaucoup à la polémique que la partie basse suscita par sa thématique difficilement décryptable. Est-ce pour compenser la dureté de la scène inférieure que fut ajoutée la légende insistant sur les grâces ?
À partir de quels dessins, gravures italiennes, Girard Audran travailla-t-il ? Et à quelle date ?
Son séjour italien jusqu’en 1672 lui aura largement permis de connaître l’œuvre in situ et de la dessiner ou de s’en procurer des reproductions si elles existaient. De ce fait, la gravure de la planche est peut-être une initiative personnelle et non la réponse à une commande.
L’adresse « aux 2 Piliers d’or » conduit à reporter l’exécution de l’œuvre après 1677, année d’ouverture de la boutique.
Le cuivre (74 x 41 cm) est conservé à la Chalcographie du Louvre[1].

Christian Mouchel a proposé une lecture du bas du tableau à partir de la Litanie des saints. Le Dominiquin aurait choisi de faire figurer des martyrs de différents états de vie pour suggérer les catégories de saints invoquées dans les litanies qui accompagnaient la récitation du rosaire : « les Innocents, premiers de la série des Martyrs ; Grégoire le Grand incarnant à tout point de vue la série des Pontifes, Confesseurs et Docteurs ; Paul ermite, demi-nu sur une natte, martyr de l’exil et de la solitude, que le peintre a délibérément substitué au titulaire, St Antoine, pour signifier les Prêtres, Moines et Ermites. Quant à l’ordre des Vierges et Veuves, on le voit scindé : parmi les Vierges que cite la Litanie, le Dominiquin a retenu Marie-Madeleine comme martyre d’ascèse (qu’il figure dans la jeune femme à la robe d’or analogue, dans le couple qu’elle forme avec la Vierge en robe rouge, avec l’autre martyr d’ascèse qu’est Paul ermite dans le couple menacé par le soldat au couteau) et Catherine d’Alexandrie comme martyre de sang, tandis que la classe des Veuves (qui absorbe celle des Saintes mariées) impose sa seule représentante officielle : la martyre Anastasie[1] ».
Il ne serait pas incongru d’ajouter que l’évocation des classes de saints en des scènes de martyres n’est pas sans rappeler les paroles du Salve Regina par lesquelles la protection de la Vierge est demandée pour cette vallée de larmes qu’est la vie terrestre.

[1] Inv. 439 C/recto. Voir Paul-Joseph ANGOULVENT, La chalcographie du Louvre. Inventaire général et tables de recherche, Paris, Musées nationaux, 1926, p. 11, n° 439.
[2] Christian MOUCHEL, « Les nouveaux Innocents : Étude iconographique de la Madone du Rosaire du Dominiquin », Christian MOUCHEL ; Colette NATIVEL, dir., République des Lettres, République des Arts, Genève, Droz, 2008, p. 193-246, ici p. 214-215.

ŒUVRE EN RAPPORT

Madonna del Rosario
Domenico ZAMPIERI (dit Domenichino, 1581-1641)
1621-1625
Huile sur toile
498 x 289 cm
Italie, Bologne, Pinacoteca Nazionale di Bologna, 460.

© Pinacoteca Nazionale di Bologna