Rosaire


ROSAIRE / GRAVURE D’INTERPRÉTATION (ANVERS, VERS 1630)

[La Vierge du Rosaire]
Lucas I VORSTERMAN (1595/1596-1674/1675), graveur
D’après Michelangelo Merisi (dit da Caravaggio/Le Caravage, 1571-1610), peintre
S. d. [vers 1630]
Burin
C. de pl. : 54,1 x 40,2 cm
Royaume-Uni, Londres, British Museum, V,9.76.

© British Museum

 

 

 

Image
La composition est largement dominée par une diagonale descendante qui groupe sur la droite de l’œuvre la Vierge à l’Enfant Jésus, saint Dominique, sans doute le dédicataire et une femme. La colonne cannelée et l’extrémité de la draperie se trouvent également dans cette partie de l’œuvre. Dans la partie gauche de l’image deux dominicains dominent un groupe de laïcs agenouillés dans lequel se repèrent les âges de la vie : vieillard, homme d’âge mûr, adolescent, enfant. Ces hommes sont tournés vers saint Dominique qui leur offre des rosaires. Seule la femme a le visage levé vers la Vierge à l’Enfant. Le dédicataire accroché à la chape de Dominique, est ostentatoirement tourné vers le spectateur. Le doigt du dominicain de gauche conduit aussi le spectateur vers qui il tourne son visage à contempler l’Enfant debout sur les genoux de sa mère qui trône en hauteur. Quant à la Vierge, elle indique les rosaires tenus par Dominique. Il y a ainsi une circulation des gestes et des regards, invitant chacun à la dévotion.
Une autre partition de l’œuvre dans la hauteur étagerait la Vierge à L’Enfant surmontés de la draperie, les dominicains à un niveau intermédiaire et les laïcs en bas.

États
Premier état : épreuve de l’œuvre inachevée. Le donateur manque. L’Enfant Jésus et le visage de la Vierge sont à peine esquissés. Royaume-Uni, Londres, British Museum, V,9.77
Deuxième état, celui décrit : avant toute lettre. Belgique, Anvers, Museum Plantin-Moretus, IV/V.40 ; Royaume-Uni, Londres, British Museum, V,9.76
Troisième état : lettre au-dessus du trait carré inférieur à gauche : Michel Angnólo Caraviagio pinx. ; lettre au-dessus du trait carré inférieur à droite : Vorsterman fec. Cúm priuil. ; lettre dédicatoire sous le trait inférieur : ILLVSTRISSIMO REVERENDISSIMOQ. DÑO. D ANTONIO TRIEST. GANDAVI EPISCOPO. IN EVERGHEM COMITI. CATHCE MAIESIS A CONSILIIS. ETC. D.D.L. VORSTERMAN. Belgique, Anvers, Museum Plantin Moretus, IV/V.87 ; Pays-Bas, Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-OB-33.031 ; Royaume-Uni, Londres, British Museum, V,9.75, (sans doute le même état mais amputé de la lettre dédicatoire)
Quatrième état : lettre au-dessus du trait carré inférieur à gauche : Michel Angnólo Caraviagio pinx. ; lettre au-dessus du trait carré inférieur à droite : Vorsterman fec. Cúm priuil. ; lettre au-dessus du trait carré inférieur à droite : Vorsterman fec. Cúm priuil. ; lettre sous le trait inférieur : ALDERHEYLIGHSTE MOEDER EN ALTYT MAGHET MARIA CONINGINNE VANDEN H: ROOSEN-CRANS BIDT VOOR ONS. Belgique, Anvers, Museum Plantin Moretus, V/V.41

Bibliographie
1794, [MARMOL], p. 170, n° 2075 (deuxième état), n° 2076-2077 (troisième état), n° 2078-2079 (troisième état avec un titre flamand : Alder-heylighste Moeder en aliyt Maghet) ; 1893, HYMANS, p. 91-92, n° 47 ; 1993, HOLLSTEIN, t. 43, p. 53-54, n° 47 ; 1999, DEPAUW ; LUIJTEN, p. 209-212, fig. 2

Commentaire
La lettre dédicatoire donne à penser que l’œuvre est un hommage personnel du graveur à Antonius Triest (1576-1657), évêque de Gand (1622-1657).
L’estampe est une interprétation en contrepartie de l’œuvre du Caravage qui se trouvait alors accrochée dans le transept nord de l’église Sint-Paulus des dominicains d’Anvers[1]. Le tableau était d’autant plus célèbre que, peint en 1607, il fut mis aux enchères à Naples en 1617. Un groupe d’artistes conduit par Pierre-Paul Rubens, Jan I van Brueghel et Hendrik van Balen se cotisa pour l’acheter au prix de 1 800 florins afin d’en faire don à la confrérie du Rosaire de la ville.
Le travail de Lucas Vorsterman transforme en de tellement nombreux points l’œuvre du Caravaggio qu’il est permis de s’interroger sur les motifs de ces changements. L’artiste fit-il lui-même un relevé de l’œuvre originale ou bien travailla-t-il à partir de dessins d’une autre main ? Introduisit-il de son propre chef des variantes ? Ou bien attendait-il, comme le suggère Carl Depauw, les directives d’Antonius Triest, « omnium ingenuarum artium admiratori unico et Maecenati ».

[1] L’œuvre est visible sur le tableau de l’intérieur de l’église des dominicains peint par Pieter Neefs en 1636. Huile sur bois, 68 x 105,5 cm. SK-A-288, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas.

Œuvre en rapport

Madonna del Rosario
Michelangelo Merisi (dit da Caravaggio/Le Caravage, 1571-1610)
1607
Huile sur toile
364,5 x 249,5 cm
Autriche, Vienne, Kunsthistorisches Museum, GG_147.

© Kunsthistorisches Museum Wien