Rosaire


ROSAIRE / HOMMAGE AUX SOUVERAINS (ANVERS, 1634-1641)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[Le Rosaire offert au Cardinal Infant Ferdinand]
Paulus PONTIUS (1603-1658), graveur
D’après Antoine SALLAERT (vers 1580/1585-1650), dessinateur
S. d. [novembre 1634-1641]
Burin
Épreuve rognée : 52 x 70,2 cm
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, N4 (saint Dominique).

© Claire Rousseau

Lettre
1. Sur les médaillons des mystères joyeux, noms des saints associés aux mystères, en allant de la droite vers la gauche
B. Ambrosius Senensis ; B. Ludouicus Betran. ; S. Raymondus. ; S. Hyacinthus ; S. Vincentus Ferrer. ; [au-dessus du dernier religieux] B. Albertus magnus.
2. Sur les médaillons des mystères douloureux, noms des saints associés aux mystères, en allant de la gauche vers la droite
B. Henricus Suso ; B. Alanus de Rupe. ; S. Catharina Senensis ; B. Agnes de monte Politíano ; B. Iacobus Salomonius Venetus ; [au-dessus du dernier religieux] P.I. Sprenger
3. Sous les saints dominicains représentés au premier plan sur la gauche de l’image
S. Antoninus ; Pius. S. ; S. DOMINICVS ; S. THOMAS
4. Sur le phylactère sur le plateau de la balance tenue en main par saint Antonin
DEO GRATIAS.
5. Sur le parchemin sous le bonnet de docteur de saint Thomas d’Aquin
AVE MARIA
6. Au-dessus du trait carré inférieur de l’image
Conuentus F.F. Predicatorum Bruxellensium.
7. Sous le trait carré inférieur de l’image
Ant. Sallarts jnuent. Serenissimo Principi Ferdinando Infanti Hispaniarum, S.R.E. Cardinali, Belgii Gubernatorii, su propagationem cōmendat cum Filio Virgo Deipara, in hoc Signo victorias dare solita. P. Pontius sculpsit. Cum Priuilegio

Image
L’image est organisée selon les diagonales qui délimitent trois espaces et dont le point de croisement est occupé par la Vierge Marie assise sur des nuées et tenant l’Enfant Jésus assis sur son genou gauche. Tandis que la Vierge tend un rosaire à saint Dominique, debout sous sa main droite, l’Enfant remet des chapelets à un ange qui sert d’intermédiaire avec le purgatoire.
Le quart supérieur de l’X est rempli par la représentation de Dieu le Père, de l’Esprit Saint, des quinze mystères et d’une série de saints dominicains. Entre Dieu le Père et la tête de la Vierge Marie figure le médaillon du Couronnement de la Vierge de sorte que la Vierge représentée non couronnée dans sa figuration centrale l’est par cette mise en abyme. De part et d’autre de ce médaillon central, les médaillons des autres mystères glorieux sont tenus par des anges dont certains tiennent aussi des rosaires prêts à être distribués sur terre. Aux extrémités de cette rangée de mystères sont figurés, à gauche, Albert le Grand, à droite, Jacques Sprenger.
La branche supérieure gauche de l’X est consacrée aux mystères joyeux dont les médaillons sont tenus en main par cinq dominicains dotés de leurs attributs et aux noms inscrits sur le cadre. La branche supérieure droite de l’X est construite de manière analogue tout en étant dédiée aux mystères douloureux. Deux femmes y figurent : sainte Catherine de Sienne et la bienheureuse Agnès de Montepulciano.
La représentation de l’Ordre des Prêcheurs dans sa dévotion au Rosaire occupe la branche inférieure gauche de l’X avec saint Dominique, saint Thomas d’Aquin, saint Pierre martyr, Pie V et saint Antonin de Florence. Derrière eux, sur la gauche de l’image, sont figurés les saints les plus représentatifs des autres Ordres religieux, tels saint François d’Assise, saint Ignace de Loyola, saint Bernard, etc.
La branche inférieure droite de l’X et l’espace délimité avec la branche supérieure droite sont offertes aux représentants du pouvoir espagnol dans les Pays-Bas méridionaux. Se reconnaissent le roi d’Espagne Philippe IV et le cardinal Infant Ferdinand, son frère, à qui l’estampe est dédiée.
L’espace entre la cour et les principaux dominicains laisse apparaître les âmes du purgatoire désignées par le doigt de l’ange qui reçoit les chapelets de l’Enfant Jésus. Deux anges psychopompes enlèvent des âmes.

États
Un seul état : Espagne, Madrid, Biblioteca Nacional de España, 37913 ; France, Paris, Bibliothèque nationale de France, N4 (Dominique, saint) ; Pays-Bas, Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-OB-70.065

Conditions d’exécution de la gravure
Le Cardinal Infant d’Espagne, Ferdinand, Archiduc d’Autriche (1609-1641) fut nommé gouverneur des Pays-Bas après la mort de l’Infante Isabelle Claire-Eugénie. Il prit part à la bataille de Nördlingen en septembre 1634 et fit son entrée à Bruxelles le 6 novembre 1634.
L’estampe est de ce fait à dater entre novembre 1634 et le 9 novembre 1641, date du décès du Cardinal Infant Ferdinand.
Se présentant comme une sorte d’hommage de la part du couvent des Prêcheurs de Bruxelles, sans doute faut-il rapprocher la date de création plutôt du début de la gouvernance.
L’estampe doit être incontestablement rapprochée d’une œuvre d’Antoon Van den Heuvel non datée. L’huile sur toile propose également une remise du Rosaire à saint Dominique en présence du Cardinal Infant Ferdinand et du roi Philippe IV [Voir Œuvres en rapport ci-après].

Bibliographie
1976, HOLLSTEIN, t. 17, p. 159, n° 37 ; 2009, ANSELMI, p. 494 ; p. 498, Fig. 17

Commentaire
Un tableau conservé à l’église Saint-Wilibrord de Berchem (Anvers) semble dériver de l’estampe (plutôt que l’inverse). D’une main inconnue, il est à dater du XVIIe siècle [Voir Oeuvres en rapport ci-après].
La planche constitue-t-elle la source d’inspiration de l’oeuvre placée dans l’arche au-dessus de l’entrée de l’église conventuelle des dominicains de Vienne (Autriche) ? L’œuvre, d’une main non identifiée, est datée par les spécialistes de 1642 . Elle reprend la composition de la planche gravée mais substitue sur la droite la figuration de la famille impériale à celle du roi d’Espagne et du Cardinal Infant. Se reconnaîtraient dès lors l’empereur Ferdinand III, l’archiduc Léopold Guillaume et devant eux les enfants de l’empereur, Ferdinand-François (âgé de neuf ans) et son frère Léopold (âgé de trois ans), accompagnés par leur mère, Marie-Anne d’Autriche et par Éléonore de Mantoue, veuve de l’empereur Ferdinand II [Voir Œuvres en rapport ci-après]. Le fait que la peinture soit située dans l’église des dominicains et qu’elle puisse avoir pour modèle une planche offerte en hommage par les dominicains de Bruxelles, laisse penser que la commande émana de la communauté et devint à son tour une forme d’honneur rendu, cette fois-ci, à la famille impériale d’Autriche, Ferdinand II (1578-1637) ayant posé la première pierre de l’édifice le 29 mai 1631.

Œuvres en rapport

[Le don du Rosaire en présence du roi d’Espagne Philippe IV et du Cardinal Infant Ferdinand d’Autriche]
ARTISTE NON IDENTIFIÉ
S. d.
Huile sur toile
140 x 156 cm
Belgique, Berchem (Anvers), Église Saint-Wilibrord.

© IRPA-KIK, Brussel

 

[La Vierge du Rosaire en présence de saint Dominique, du pape Grégoire XIII, du roi d’Espagne Philippe IV et du Cardinal Infant Ferdinand d’Autriche]
Antoon VAN DEN HEUVEL (1600-1677), peintre
S. d.
Huile sur toile
291,5 x 210,5 cm
Belgique, Gand, Musée des Beaux-Arts, 1881-E.

© IRPA-KIK, Brussel

 

 

Autriche, Vienne, Église des dominicains Sankt Maria Rotunda

© Frères Prêcheurs de Vienne