Rosaire


ROSAIRE / HOMMAGE AUX SOUVERAINS (PARIS, À PARTIR DE 1643)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[Le Rosaire offert au jeune Louis XIV]
Iaspar ISAAC (vers 1585-1654), graveur
S. d. [à partir de 1643]
Burin
Épreuve rognée : 49,8 x 70 cm
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, N4 (saint Dominique).

© Claire Rousseau

Lettre
1. Sur les médaillons des mystères joyeux, noms des saints associés aux mystères, en allant de la droite vers la gauche
B. AMBROSIVS SENENSIS ; B. LVDOUICVS BELTRAN. ; S. RAYMONDVS. ; S. HYACINTHVS ; S. VINCENTIVS FERRER. ; B. ALBERTVS [MAGNVS.]
2. Sur les médaillons des mystères douloureux, noms des saints associés aux mystères, en allant de la gauche vers la droite
B. HENRICVS SVSO ; B. ALANVS DE RVPE. ; S. CATHARINA SENENSIS ; B. AGNES DE MONTE POLITÍANO ; B. IACOBVS SALOMONIVS VENETVS ; P.I. SPRENGER
3. Sous les saints dominicains représentés au premier plan sur la gauche de l’image
S. ANTONINVS. ; PIVS. S. ; S. DOMINICVS ; S. THOMAS
4. Sur le phylactère sur le plateau de la balance tenue en main par saint Antonin
DEO GRATIAS.
5. Sur le parchemin sous le bonnet de docteur de saint Thomas d’Aquin
AVE MARIA
6. Au-dessus du trait carré inférieur de l’image
A PARIS . RVE’ ST IACQVES IASPAR ISAAC FECIT ET EXCVDIT

Image
L’image est organisée selon les diagonales qui délimitent trois espaces et dont le point de croisement est occupée par la Vierge Marie assise sur des nuées et tenant l’Enfant Jésus assis sur son genou gauche. Tandis que la Vierge tend un rosaire à saint Dominique, debout sous sa main droite, l’Enfant remet des chapelets à un ange qui sert d’intermédiaire avec le purgatoire.
Le quart supérieur de l’X est rempli par la représentation de Dieu le Père, de l’Esprit Saint, des quinze mystères et d’une série de saints dominicains. Entre Dieu le Père et la tête de la Vierge Marie figure le médaillon du Couronnement de la Vierge de sorte que la Vierge représentée non couronnée dans sa figuration centrale l’est par cette mise en abyme. De part et d’autre de ce médaillon central, les médaillons des autres mystères glorieux sont tenus par des anges dont certains tiennent aussi des rosaires prêts à être distribués sur terre. Aux extrémités de cette rangée de mystères sont figurés, à gauche, Albert le Grand, à droite, Jacques Sprenger.
La branche supérieure gauche de l’X est consacrée aux mystères joyeux dont les médaillons sont tenus en main par cinq dominicains dotés de leurs attributs et aux noms inscrits sur le cadre. La branche supérieure droite de l’X est construite de manière analogue tout en étant dédiée aux mystères douloureux. Deux femmes y figurent : sainte Catherine de Sienne et la bienheureuse Agnès de Montepulciano.
La représentation de l’Ordre des Prêcheurs dans sa dévotion au Rosaire occupe la branche inférieure gauche de l’X avec saint Dominique, saint Thomas d’Aquin, saint Pierre martyr, Pie V et saint Antonin de Florence. Derrière eux, sur la gauche de l’image, sont figurés les saints les plus représentatifs des autres Ordres religieux, tels saint François d’Assise, saint Augustin, saint Ignace de Loyola, saint Bernard, etc.
La branche inférieure droite de l’X et l’espace délimité avec la branche supérieure droite sont offertes aux représentants du pouvoir royal de France. Au premier-plan, agenouillée, Anne d’Autriche (1601-1666) reçoit son rosaire de saint Thomas. Elle est entourée de ses deux fils. Elle tient par la main le « petit Monsieur », Philippe de France (1640-1701), tandis que debout sur un coussin, se reconnaît Louis XIV (1638-1715), vêtu d’hermine, couronné et tenant le sceptre à la main. Derrière le jeune roi, se tient debout Gaston d’Orléans (1608-1660), son oncle, lieutenant-général du Royaume et chef des conseils. Derrière Anne d’Autriche le Cardinal Jules Mazarin (1602-1661), parrain de Louis XIV et Principal Ministre de l’État, est lui aussi agenouillé, le regard tourné vers l’apparition mariale. Derrière Gaston d’Orléans peut-être faut-il reconnaître Henri II de Bourbon-Condé (1588-1646) mais aussi Louis de Lorraine, duc de Joyeuse (1622-1654).
L’espace entre la cour et les principaux dominicains laisse apparaître les âmes du purgatoire désignées par le doigt de l’ange qui reçoit les chapelets de l’Enfant Jésus. Deux anges psychopompes enlèvent des âmes.

États
Un seul état :
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, N4 (saint Dominique)

Bibliographie
1968
, IFF, t. 5, p. 397-398, n° 10.

Commentaire
Dans l’état actuel de la recherche, il est impossible de dire qui des dominicains ou du graveur eut l’initiative de copier l’estampe flamande de Paulus Pontius [page précédente] pour l’adapter à l’avènement de Louis XIV sur le trône de France sous la régence de sa mère. L’épreuve étant rognée, il manque peut-être une phrase dédicatoire.
La création des estampes suivant de peu les évènements, il est vraisemblable que celle-ci fut réalisée dès 1643.
Quoi qu’il en soit, il convient de lever le doute du commentaire de l’IFF. Il ne s’agit pas ici d’une simple reprise du cuivre flamand avec modification du groupe royal mais bien d’une copie sur un nouveau cuivre. L’ensemble des physionomies, comme le choix de petites capitales pour les inscriptions des noms des saints, constituent un ensemble de différences trop important pour résulter d’une simple reprise de gravure.