Rosaire


ROSAIRE / PLACARD (LYON, AVANT 1677)

Sancta Maria Rosarii
GRAVEUR NON IDENTIFIÉ
Jacques POTARD (?-1677), éditeur
S. d. [vers 1650-1677]
Xylographie, ex. enluminé
Image : 31,75 x 22,2 cm
Placard : 43,5 x 33,5 cm
France, Grenoble, Bibliothèque municipale, F.18747.

© Claire Rousseau

Lettre
Dans le bas de l’image, en trois blocs
SANCTA MARIA ROSARII

Image
L’estampe présente un jardin clos par une balustrade..
Le jardin est dominé par un immense rosier dont les branches s’épanouissent de manière circulaire. Au pied de ce rosier se tiennent saint Dominique à gauche et sainte Catherine de Sienne à droite, identifiables à leurs attributs traditionnels. Au centre de la floraison du rosier la Vierge Marie est assise dans une rose, l’Enfant Jésus debout sur le genou droit. La Vierge et l’Enfant tendent chacun un chapelet. Tous deux sont auréolés de rayons mis en couleurs. La couronne du rosier qui entoure l’apparition montre les scènes des mystères, toujours au cœur de roses. La lecture se fait en partant du bas à gauche et en remontant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. En bas, au centre de cette couronne est apposée une médaille mariale.
À l’extérieur du jardin, de part et d’autre de sa clôture, les âmes du purgatoire attendent dans les flammes les bénéfices de la dévotion du Rosaire.

États
Un seul état : France, Grenoble, Bibliothèque municipale, F.18747

Texte du placard
1. En haut sur toute la largeur
CANTIQVE SPIRITVEL / à la loüange de Nôtre-Dame, sur les quinze Mysteres du S. Rosaire. / Sur un air Nouveau.
2. À gauche de l’image
Premier Mystere / Ioyeux. / L’ambassadeur de / Dieu / Saluë en ce bas / lieu / La Vierge nompareille : / Et la Diuinté / Se conjoint, ô merueille ! / A nôtre humanité. / 2. Mytere joyeux / Après vn tel bon-heur / Elle va faire honneur / A sa Cousine enceinte, / D’vn Enfant qui tressaut / Deuant la Vierge sainte, / Adorant le tres-haut. / 3. Mystere joyeux. / Neuf mois ayant enfin / Le celeste Dauphin, / Né dans vn estable, / Plus luisant que le jour ; / O naissance admirable ! / Mais o pauvre sejour. / 4. Mystere joyeux. / Vierge, bien que la Loy / N’ayt pas force sur toy / Toutefois pour l’exemple / Ton cher gage portant / Tu le vas dans le Temple / A l’Autel presentant. / 5. Mystere joyeux. / IESVS-Christ nous fait / voir / Son celeste sçavoir, / Sa parole diuine, / Qui deuant les Docteurs, / S’éclot de sa poitrine, / Rauit les Auditeurs. / Premier Mystere / douloureux. / Son corps comme vn / ruisseau / Suë le sang & l’eau / Au Iardin des Oliues, / Espraint par les douleurs / De mille sources viues, / Il arrouse les fleurs. / 2. Mystere douloureux. / Vers Pilate accusé, / On le voit exposé / Aux fureurs violentes / De maints & maints bour- / reaux, / Qui de verges sanglantes / Luy déchirent la peau.
3. À droite de l’image
3. Mystere douloureux. / Deplorable méchef / On luy perce le chef, / De pognantes épines, / On charge d’vn manteau / Ses épaules divines, / Et ses mains d’vn roseau. / 4. Mystere douloureux. / Voyez le Roy des Roys / Comme il porte sa Croix, / Le feu qu’il a dans l’ame / le fait ainsi courir, / Et l’amour qui l’enflame / Le va faire mourir. / 5. Mystere douloureux. / On entendoit les coups / Des marteaux & des cloux / sa poitrine est ouuerte / Et son corps estendu, / Et la terre couuerte / De son sang répandu. / Premier Mystere / glorieux. / Ce corps sort du tom- / beau / Plus luisant & plus beau / Que les rais de l’Aurore / Et l’éclat du Soleil, / Quand le jour fait éclor- / re / Son visage vermeil. / 2. Mystere glorieux. / Ce corps deuant nos / yeux, / S’éleue dans les Cieux. / Sa gloire l’enuironne, / Et la felicité, / Et la riche couronne / De l’immortalité. / 3. Mystere glorieux. / Le Fils de l’Eternel / Du trône paternel / Le Saint Esprit enuoye / Sur la sainte Sion, / Qui apporte la joye, / L’amour & l’vnion. / 4. Mystere glorieux. / La Vierge en montant / Vers son trosne éclatant / Sa lumiere surmonte, / L’aurore & la clarté, / Toute rouge de honte / D’auoir moins de beauté. / 5. Mystere glorieux. / O Ciel qu’à cette fois / Tes astres soient des voix, / Et tes voix des loüanges, / On couronne chez toy / La Reyne de tes Anges, / La Mere de ton Roy. / FIN.

Sous l’image, sur toute la largeur du placard
ORAISON DE SAINT DOMINIQVE, ET DE SAINTE CATHERINE DE SIENNE, / Et la maniere de s’offrir tous les matins à la Vierge Marie, Mere du saint Rosaire. / O Tres sainte Vierge ! encore que je sois tres-digne d’étre receu au nombre de vos Seruiteurs, toutesfois, me confiant en vôtre admirable bonté, & poussé de desir / que j’ay de vous seruir toute ma vie : Aujourd’uy en presence de mon Ange Gardien & de toute la Cour Celeste, je vous prens & vous choisis pour mon vnique / Maitresse, pour ma patronne, pour ma Mere, & pour mon Aduocate, me proposant fermement de vous suivre desormais, & de vous seruir, & mesme d’étre soig- / neux que vous soyez servie et honnorée de tous ceux qui me sont soûmis, & sur qui j’ay quelque sorte de pouvoir. Ie vous supplie donc que, Mere tres-debonnaire, par le pre- / cieux Sang de mon Seigneur Iesus-Christ vôtre Fils, de me vouloir recevoir au nombre de ceux qui se sont voüez à vôtre service : & m’obtenir cette grace de mon Dieu, que / je puisse tellement regler mes pensées, mes paroles, & mes actions ; que je ne fasse rien qui luy déplaise, ny à vous aussi. Mais sur tout, tres-sainte Vierge, assitez-moi / à l’heure de ma mort, afin qu’apres avoir affranchy ce passage, sous la faveur d’vne si puissante protection que la vôtre, je puisse vn iour avoir la grace d’étre dans le Paradis / l’vn des admirateurs de vôtre gloire. Ainsi soit-il. / A LYON, Chez IACQUES POTARD, ruë Ferrandiere, vis-à-vis le May. Avec Permission, & deffenses à tous autres.

Commentaire
En 2002, la notice du Dictionnaire des graveurs-éditeurs et marchands d’estampes à Lyon aux XVIIe et XVIIIe siècles consacrée à Jacques Poutard ou Potard s’achevait par le constat suivant : « Aucune pièce portant son adresse ne nous est actuellement connue[1] ». Depuis les auteurs ont pu collecter de nouveaux documents. Quoi qu’il en soit, la présente pièce atteste la production de Jacques Potard, ruë Ferrandiere.
Le thème de l’Hortus conclusus est ici simplifié et seuls saint Dominique et sainte Catherine sont représentés.

[1] Marie-Félicie PÉREZ, dir., Sylvie Martin-de Vesvrotte ; Henriette Pommier, Dictionnaire des graveurs-éditeurs et marchands d’estampes à Lyon aux XVIIe et XVIIIe siècles, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2002, p. 134.