Catherine de Sienne


CATHERINE DE SIENNE (ANVERS, AVANT 1633)

[Sainte Catherine de Sienne et les stigmatisés de l’Ordre des Prêcheurs]
Theodoor GALLE (1571-1633), éditeur
S. d. [avant 1633]
Burin
C. de pl. : 24,4 x 18,9 cm
Belgique, Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, S.I. 16365.

© Claire Rousseau

 

 

 

Lettre
1. Sous les pieds de Catherine de Sienne
Theod. Galle excud.
2. Dans le cartel sous Catherine de Sienne
S. CATHARINA SENENSIS / VIRGO ORD. PRÆDICATORVM.
3. Dans le cartel sous ce titre
Stigmatibus Iesv B.V. Catharinam Senen. Deco: / ratam calebrat Pont. Max. Pius II. Vulberum / formam miserata Christi, exprimis ipsa. / Secus opinaris ? Ne faciunt grauissimi testes, S. An: / thoninus, B. Raymundus Capua. Alphonsus Villeg. / Nicolaus Manerb. Seraph. Rasius, Didacus à Rosario, / Thomas à Vesach, laur. Surius, Io[ann]es Pinus, Bosius de / signis Eccl[esiast]iæ lib. 15. c. 3. Alios apud Vincentius Iusti: / nianum in disp. de imaginibus B. catharinæ habes. / Neq[ue] vnicam lectissimam Christi sponsam sacer Prædicatoru[m] / ordo ostentat hoc ornamento illustrem ; sed alias SS. / Virgines hoc typo exhibitas, visu perceptibilibus / stigmatibus insignitas : præterit B. Stephanam Son: / cinatem, B. Ioannam Vercell, aliamq[ue] B. Gertrudem, de quibus ne dubites faciunt Ludouicus Blosius, / Francis. Ribera, Chronica et Stemma ord. Prædic. / Vidit et approbauit D. Egbertus Spitholdius S.T.L.C. et P. Antwerp.
4. Dans le cartouche en-dessous
R.P.P. MICHAELI OPHOVIO S.T.L. / PP. PRÆD. ANTVERP. PRIORI MERITISSIMO, / F. Vicentivs Hensberch eiusdem ord. / et conuentus alumnus DD.
5. Sous le médaillon en haut, à gauche
B. GVALTERVS Teuto ord. / Præd. miraculis clarus, 5. stig: / mata Christi D[omi]ni, gladiu[s] doloris / B. Mariæ Virginis passus est.
6. Sous le médaillon au milieu, à gauche
B. LVCIA virgo Narniensis / ord. Præd. Sacris Iesu Christi / stigmatibus visibilibus fuit / insignita.
7. Sous le médaillon en bas, à gauche
B. GERTRVDIS virgo Oestensis, / 5. plagas Christi in corpore suo re: / cepit, qu[a]e palam sanguinem nullo pra: / uo humore permistum profuderunt.
8. Sous le médaillon en haut, à droite
B. HELENA virgo Hungarica, / ord. præd. in vita et morte mira: / culis clara, 5. Saluatoris n[ost]ri stigma: / ta in corpore sensibiliter passa est.
9. Sous le médaillon au milieu, à droite
B. BRIGIDA virgo Hollanda, / ord. Præd. quinque stigmata sibi / a Christo crucifixo impressa / in corpore suo pertulit.
10. Sous le médaillon en bas, à droite
B. OSANNA virgo Mantuana / ord. Præd. pr[a]eter sertum spi: / neum quo diuinitus redimita fuit / stigmata quoque perulit.

Image
Au centre de l’estampe, Catherine de Sienne est représentée en pied dans une image rectangulaire. Couronnée d’épines, les bras croisés sur la poitrine, elle tient de la main droite un cœur et de la gauche un crucifix. Derrière elle se déploie un paysage. Au-dessus de l’image, un médaillon contient un crucifix rayonnant, des traits de lumière partant des plaies du Christ. Trois médaillons circulaires encadrent, à gauche et à droite, l’image principale. Y sont figurés des membres de l’Ordre ayant été stigmatisés. Les femmes sont au nombre de cinq pour un seul homme.
Les différents éléments de la composition sont reliés par des rubans et cordons, manifestant ainsi le rapport étroit qui unit ces mystiques.

États
Un seul état : Belgique, Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, S.I. 16365

Commentaire
La datation est difficile à établir. Elle est vraisemblablement antérieure à 1630, année au cours de laquelle Urbain VIII reconnut officiellement la stigmatisation de Catherine de Sienne. Or, le cartel n’en dit rien.
D’autre part, le dédicataire Michael Ophovius (1570-1637) n’est qualifié ni comme prieur provincial (élection en 1611), ni comme évêque (1626).
Dès lors, il faut sans doute envisager que le commanditaire, le frère Vincent Hensberch (ou Hensbergh, ?-1634) fit réaliser cette estampe entre 1608, date de l’élection de Michael Ophovius comme prieur d’Anvers, et 1611.
L’absence de noircissement des chapes est en faveur de cette datation haute.
Ni le choix des religieux accompagnant Catherine de Sienne, ni les raisons de la mise en image de cette thématique de la stigmatisation ne sont connus. Ont été élus : Gaultier de Strasbourg (?-1264), Lucie de Narni (1476-1544), Gertrude, Hélène de Hongrie (?-1270), Brigitte de Hollande (?-1390) et Hosanna de Mantoue (1449-1505).
Cependant il est possible d’émettre des hypothèses, à partir du travail de Denise Zaru sur un panneau peint, attribué à Andrea di Bartolo (vers 1360/1370-1428[1]). Exécuté à la toute fin du XIVe siècle ou au début du siècle suivant, l’œuvre montre cinq beate dominicaines en pied. Sainte Catherine est au centre, entourée à gauche par Giovanna de Florence et Vanna d’Orvieto (1264-1306), et, à droite, par Marguerite du Château (1287-1320) et Daniela d’Orvieto. Sous chaque dominicaine, une seconde peinture la montre en prière. La scène retenue pour Catherine de Sienne est celle de sa stigmatisation. Marguerite du Château est, quant à elle, agenouillée devant un crucifix, tenant son cœur en main, cœur dans lequel furent retrouvées, après sa mort, trois pierres gravées à l’effigie de saint Joseph, de Jésus et d’une scène de la Nativité. Denise Zaru fait très justement remarquer que ce choix n’est pas innocent. La stigmatisation de Catherine choquant les esprits, mais les pierres du cœur de Marguerite étant admises, il s’agissait de montrer qu’il s’agissait de deux variantes de stigmatisation et qu’il n’était donc pas inconcevable que Catherine fut stigmatisée à l’instar de François d’Assise[2].
Par analogie, la présente estampe, gravée après la reconaissance, en 1630, par Urbain VIII de la stigmatisation de Catherine manifeste que son cas n’est pas unique dans l’Ordre des Prêcheurs. De son temps, elle ne fut pas même la seule à vivre cette expérience mystique. Mais il est clair que les autres cas proposés sont un faire-valoir destiné à asseoir et à promouvoir de manière exceptionnelle le don accordé à Catherine.

[1] Denise ZARU, Art and Observance in Renaissance Venice. The Dominicans and their Artists (1391-ca. 1545), Roma, Viella, 2014, p. 110-142.
[2] En ce sens, la prédelle est l’équivalent en peinture du procédé littéraire de Tommaso Caffarini, l’hagiographe de Catherine de Sienne. En effet, pour promouvoir le culte de Catherine Tommaso Caffarini rédige les Vies de plusieurs mantellate, dont celles de Vanna d’Orvieto et Marguerite du Château. Sur ce sujet, voir Fernanda SORELLI, « La production hagiographique du dominicain Tommaso Caffarini : exemple de sainteté, sens et visée d’une propagande », in Faire croire. Modalités de la diffusion et de la réception des messages religieux du XIIe au XVe siècle, Rome, École française de Rome, 1981 (Collection de l’École française de Rome, 51), p. 189-200