Catherine de Sienne


CATHERINE DE SIENNE (PARIS, 1644)

La Seraphique vierge S. Caterine de Sienne
Jean PICART (actif à Paris vers 1620-1670), graveur
1644
Burin
C. de pl. : 20,9 x 12,3 cm

 

 

 

 

 

 

Planche pour [Jean BALLESDENS (1595-1675)], Les Epistres de la Seraphiqve Vierge Saincte Catherine de Sienne de l’Ordre de S. Dominiqve. Traduictes de l’Original Italien en François. Dediees a la Reyne regente, A Paris, Chez Sebastien Hvré, ruë Sainct Iacques, au Cœur-Bon, 1644, entre l’avertissement au lecteur et le début de la Vie non paginée.
France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : D-6853.

© Claire Rousseau

Lettre
Dans la marge inférieure
La Seraphique Vierge S. Caterine de Sienne du tiers ordre de S. Dominique
Colonne de gauche : Ces espris bien heureux n’ont pas asses de flame, / Jesus luy mesme vien pour embrazer cest ame : / Et voulant que ce feu puisse mieux s’exhaler
Colonne de droite : Il veut en Imprimant ses precieuses stigmates / Aux pies et au côté Et es mains delicates / Que ces cinc soupiraux le sassent mieux bruler.
En-dessous, à gauche : Ioan. Picart fe

Image
L’image reprend le récit de la stigmatisation de Catherine donnée par l’auteur en préambule aux épîtres. Catherine de Sienne est agenouillée sur l’emmarchement de l’autel de l’église Sainte-Christine de Pise. Deux religieuses dont l’une tient un cierge allumé mais aussi deux frères présents dans une tribune en sont les témoins. Catherine est vêtue de l’habit propre à l’Ordre des Prêcheurs et un chapelet est suspendu à sa ceinture. Elle est couronnée d’épines et une auréole atteste sa sainteté. Des angelots répandent sur Catherine une pluie de flammes de feu mais celle-ci n’a d’yeux que pour le Christ qui lui apparaît crucifié au sein d’un grand rayonnement. Des plaies du Christ partent des rayons qui viennent transpercer les mains, les pieds et le côté de Catherine.

États
Un seul état : Belgique, Gand, Bibliothèque universitaire – cote : DEPD.A5184 ; France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : D-6853

Commentaire
La planche est une copie par Jean Picart de celle illustrant les Vies des Saintes de Jean Giffre de Rechac éditées à Paris chez Sébastien Huré en 1635 [voir page précédente]. Il est vraisemblable que l’imprimeur avait conservé des tirages de l’estampe de 1635 et qu’il ait proposé d’en faire faire une copie. La lettre de 1635 a été reprise avec des erreurs de copie.
Le privilège de l’ouvrage est en date du 4 juin 1641, privilège cédé à Sébastien Huré, le 24 décembre 1643. L’approbation des dominicains Antoine Mallet et Claude Bisardon est du 9 décembre 1643.
Clerc bénéficier, Jean Ballesdens était un bibliophile collectionneur de manuscrits et de belles reliures. La nature de ses liens avec l’Ordre n’est pas établie et il est difficile de dire si cet ouvrage procède de sa seule initiative ou d’une relation particulière avec les dominicains[1].
Le récit de la stigmatisation de Catherine de Sienne est rapporté dans les pages suivantes (non paginées) : « Vne fois acheuant de communier en la Chapelle de saincte Christine de la ville de Pise, elle demeura comme suspenduë, puis apres elle s’agenoüilla, estendant les bras auec vn visage esclatant, & demeura ainsi quelque espace toute roide, iusqu’à ce qu’elle tomba par terre, comme si elle eut esté frapée de quelque coup mortel : elle declara puis apres à son Confesseur en secret, que nostre Seigneur Iesus-Christ en rauissement luy auoit imprimé les cinq playes de sacré corps, & que la douleur qu’elle en sentoit estoit si grande, principalement de celle du costé, qu’il luy sembloit estre impossible de vivre si elle demeuroit ainsi ».
L’iconographie est particulièrement intéressante dans la mesure où ce n’est pas le crucifix posé sur l’autel devant lequel Catherine est agenouillée qui s’anime, mais, pendant la prière de la sainte, le Christ crucifié apparaît juste au-dessus de ce crucifix et configure la tertiaire, en la dardant aux endroits de son corps correspondant à ses propres plaies. L’image montre ainsi qu’il n’y a pas de confusion possible entre l’image du Christ qu’est le crucifix et le crucifié avec qui Catherine dialogue en ravissement. La remarque n’exclut pas que le crucifix constitue un support visuel à la dévotion de la jeune femme.

[1] Pour une brève présentation de l’auteur, traducteur des œuvres de Jérôme Savonarole, voir Bernard MONTAGNES, « Éditions et éditeurs de Savonarole dans la France d’ancien régime », Rome, Archivum fratrum prædicatorum, 2005, 75, p. 164-165.