Hyacinthe de Cracovie


HYACINTHE (PARIS, VERS LE MILIEU DU XVIIe siècle)

S. Hyacinthvs
Pierre DARET (vers 1604-1678), graveur
D’après Jacques de LÉTIN (1597-1661) ?
S. d. [vers le miieu du XVIIe siècle]
Burin
Feuille : 59 x 41,3 cm
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rd2 Fol. (Hyacinthe, saint), H 175653.

© Claire Rousseau

 

 

 

Lettre
1. Sur la balustrade, entre Hyacinthe et la Vierge
Daret ex
2. Sur le montant de labalustrade sous la statue de la Vierge
S[signe abréviatif]. Hyacinthvs / Ordinis Prædicat- / Miraculroum gloria / insignis.
3. Sous le trait carré de l’image, de part et d’autre des armoiries
À gauche : Illustrissimo ac Nobilissimo D[omi]no D. Comiti de Nogen &.c.
À droite : Con[ven]tus. Ord. FFm PPm Stæ Mariæ Anuntæ Parisiensis D.D.D.
4. De part et d’autre des armoiries en quatre colonnes, de gauche à droite
Première colonne : Iacinthe sans rame et sans voile / Courageux marchoit dessus l’eau, / Iesus fut son Pilote et la Foy son Vaisseau / Comme la Vierge son Estoille. / Qu’il est doux de voir en ce lieu / Le pouvoir des amis de Dieu !
Deuxième colonne : Lors que d’vne vertu puissante / Le flot se trouua surmonté / A ce point merueilleux que le fleuue dompté / affermit son Onde coulante, / Son bord vit de pareils efforts / Sur les malades et les morts.
Troisième colonne : Peuple devot à ce spectacle / Adresse tes yeux et tes pas, / Pour voir heureuse mt que les loix du trespas / Cedent a celles du miracle, / Et que ce St a son ressort / Dessus les terres de la mort.
Quatrième colonne : Si quelqu’un parmy sa souffrance / Luy fait deuottement des vœux, / Il l’adresse à Marie et le conduit heureux / A ce cap de bonne Esperance. / Tristes obiects de la pitié / Recherchez donc son amitié.

Image
À l’intérieur d’une église, en haut de marches, saint Hyacinthe est debout à l’extrémité d’une balustrade. De la main droite, il tient un ostensoir ouvragé et de la gauche une statue de la Vierge à l’Enfant. Déjà auréolé, il est en train de recevoir d’un ange une couronne végétale. Dans l’église, derrière lui, deux autres dominicains le regardent, saisis par l’apparition, en haut à droite, de la Vierge et de l’Enfant Jésus. La Vierge vient répondre aux prières de son dévot pour les malades, possédés et défunts groupés avec leurs proches en contrebas des marches. Tous les visages sont sévères, suspendus à l’exaucement des demandes pour le soulagement des soufrances.

Armoiries
Armoiries du comte de Nogent : d’azur à deux roses en chef, et une tête de loup arrachée en pointe, et un chevron d’argent

États
Un seul état : France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rd2 Fol. (Hyacinthe, saint), H 175653 ; Reserve Da-31Boîte Fol. (Testelin, Louis) [épreuve rognée]

Bibliographie
1976, SAINTE-MARIE, p. 60-61 ; 1999, SIMONNEAU, p. 74

Commentaire
Ninon Maillard mentionne la présence du comte de Nogent au couvent de l’Annonciation (Paris), le 23 août 1649. La réunion visait à régler la question de l’affiliation des religieux au noviciat général et l’union de l’établissement à la Congrégation Saint-Louis[1]. La demande fut rejetée. Il est difficile d’en dire plus sur l’implication du comte de Nogent dans les affaires des dominicains de Paris mais elle dut être suffisante pour que le couvent choisisse d’offrir cette grande taille-douce au comte.
L’estampe semble transcrire le tableau, aujourd’hui perdu, que Jacques de Létin (1597-1661), peintre de Troyes, réalisa vers 1626-1630 pour la chapelle dédiée à saint Hyacinthe chez les dominicains du Faubourg Saint-Honoré Paris.
Sur l’origine de ce tableau, il convient de citer les lignes de Jean-Pierre Sainte-Marie :

« Dès les tout débuts du couvent, alors que les moines ne possédaient que quelques bâtisses provisoires, des guérisons miraculeuses eurent lieu grâce à l’intercession d’un des grands saints de l’ordre Dominicain : saint Hyacinthe. Aussi, lors de la construction véritable du monastère, à partir de 1617, il était tout naturel que les Jacobins désirent avoir dans leur église une chapelle qui lui soit consacrée. Or, en 1648, un des Dominicains du Faubourg Saint-Honoré, le Père Jean de Rechac, déclare que c’est « Feu la reine mère, Marie de Médicis, qui fit bâtir somptueusement la chapelle ». D’autre part, Germain Brice, en 1684, mentionne que ce fut Noël Quillerier [1594-1669] qui décora la voûte. Marie de Médicis tomba en disgrâce à la fin de l’année 1630 et dut partir en exil peu de temps après ; on peut donc penser que c’est entre 1626, année du retour de Jacques de Létin en France, et 1630, que ce tableau fut exécuté.
« Le tableau resta dans la chapelle Saint-Hyacinthe jusqu’à la Révolution. En 1790, il fut inventorié ainsi que toutes les autres peintures que renfermait le monastère, par le peintre G.F. Doyen. En février 1795, puis en octobre de la même année, quelques notes et un catalogue d’Alexandre Lenoir le mentionnent au dépôt des Petits-Augustins. Puis c’est le néant.
« L’iconographie de ce tableau est à mettre directement en rapport avec les guérisons miraculeuses que fit le saint Dominicain au monastère du faubourg Saint-Honoré. Il s’agissait de glorifier, en reproduisant un des célèbres miracles de saint Hyacinthe, les bienveillantes intercessions qu’il avait daigné réaliser au couvent. Là encore, le père Jean de Rechac apporte un témoignage sur ces « miracles » : « Dieu soulagea extraordinairement les malades par l’intercession de saint Hyacinthe et le peuple venait dans notre église remercier ce grand saint, chacun portant qui un tableau, qui autre chose, portant témoignage de faveurs reçues… ». Il ne faut pas oublier que le culte de saint Hyacinthe, grand missionnaire Dominicain en Pologne au XIIIe siècle, s’est surtout développé avec la Contre-Réforme catholique. Il n’est pas étonnant qu’il soit l’objet d’une grande dévotion dans un monastère de dominicains réformés issus de cette Contre-Réforme[2]. »

Dans son mémoire de maîtrise en Histoire de l’art que David Simonneau consacra en 1999 au peintre Louis Testelin, l’attribution de l’œuvre peinte à cet artiste est rejetée. L’étudiant suit en cela Jean-Pierre Sainte-Marie.

Des copies peintes au XVIIe siècle, peut-être à partir de cette estampe, ont été localisées en l’église Notre-Dame-de-l’Annonciation à Allonne (voir Œuvres en rapport), à l’église Saint-Maurice d’Annecy (ancienne église Saint-Dominique du couvent des dominicains), et au prieuré Saint-André de Montreuil-Bonnin (tableau provenant sans doute du couvent des dominicains de Poitiers).

L’ostensoir en forme de soleil que porte en main le saint correspond, peut-être, à celui que décrit Jean de Rechac, don de la Reine Anne d’Autriche pour orner la statue de saint Hyacinthe dans la même chapelle[3].

[1] Ninon Maillard, Droit, réforme et organisation nationale d’un ordre religieux en France. Le cas de l’Ordre des Frères Prêcheurs (1629-1660). Thèse dactylographiée de doctorat de Droit, sous la direction de Jacques Poumarède, Université des Sciences Sociales (Toulouse I), 2005, p. 615.
[2] Jean-Pierre Sainte-Marie, Jacques de Létin (Troyes, 1597-1661), Troyes, Musée des Beaux-Arts de Troyes, 1976, p. 60.
[3] Jean Giffre de Rechac (dit de Sainte-Marie, 1604-1660), La vie du Glorievx Patriarche S. Dominiqve fondatevr et institvtevr de l’Ordre des Freres Prêcheurs, Et de ses premiers seize Compagnons : avec la fondation de tovs les Couuens & Monasteres de l’vn & l’autre sexe, Dans toutes les Prouinces du Royaume de France, & dans les dix-sept du pays-Bas. […], A Paris, Chez Sébastien Huré, ruë Saint Iacques, au Cœur-bon, 1647, p. 622-623.

Œuvres en rapport
Saint Hyacinthe guérissant les malades par l’intercession de la Vierge
ARTISTE NON IDENTIFIÉ
D’après Jacques de LÉTIN (1597-1661), peintre
S. d. [1626-1630]
Huile sur toile
173 x 205 cm
France, Allonne, Église Notre-Dame-de-l’Annonciation.

© Chatsam

Saint Hyacinthe guérissant les malades par l’intercession de la Vierge
ARTISTE NON IDENTIFIÉ
D’après Jacques de LÉTIN (1597-1661), peintre
S. d. [XVIIe siècle]
Huile sur toile
284,5 x 224,5 cm
France, Annecy, Église Saint-Maurice.

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