Hyacinthe de Cracovie


HYACINTHE (VENISE, 1595-1600)

S. Iacintvs
Johann I SADELER (1550-1600), graveur
D’après Ludovico CARRACHE (1555-1619), inventeur
S. d. [1595-1600]
Burin
C. de pl. : 20,6 x 15,2 cm
Pays-Bas, Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-OB-5891.

© Rijksmuseum

 

 

 

Lettre
1. Partant de la bouche de la Vierge
Gaude fili Iacinte quia orationes tuæ / gratæ sunt filio meo, et quidquid abeo / per me petieris impetrabis.
2. Dans le bas de l’image, à droite
I. Sadeler Sculp. Venitijs.
3. Sous le trait carré de l’image
S. IACINCTVS POLONVS, S. DO[MIN]ICI SOCIVS ET DISCIPVLVS, ET ORDINIS PRÆDICATORV[M] / PRIMVS IN SEPTENTRIONE FVNDATOR.

Image
Saint Hyacinthe est agenouillé dans la partie inférieure droite de l’estampe. Présenté de trois quarts vers la gauche, ses bras sont croisés et apposés sur la poitrine pour manifester sa soumission à la Vierge Marie qui lui apparaît dans le coin supérieur gauche. Celle-ci, assise, dans les nuées est en compagnie de l’Enfant Jésus nu et debout devant ses genoux. Il désigne de son index gauche le pieux religieux.
Il est difficile de comprendre le cadre de cette scène, sorte de terrasse-oratoire ouverte sur un paysage et jouxtant une église dont les colonnes sont visibles sur la droite.

États
Un seul état : France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rd2 Fol. (Hyacinthe), H 175644 ; France, Paris, Bibliothèque du Saulchoir, B1165 ; Lyon, Bibliothèque municipale, Fonds des estampes des jésuites de Chantilly ; Pays-Bas, Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-OB-5891

Bibliographie
1789, HEINECKEN, t. 3, p. 625 ; 1980, HOLLSTEIN, t. 21, p. 233, n° 367 ; t. 22, fig. 367, p. 142 ; 1987, SÉNÉCHAL, t. 1, p. 45, n. 75 ; t. 2, p. 61-62, n° 15 ; 1994, LOIRE, p. 45-47 ; 2001, BARTSCH, t. 70, part 2, p. 156, n° 339 ; p. 157, fig. 339

Commentaire
Le tableau de Ludovico Carrache est aujourd’hui conservé au musée du Louvre. L’œuvre fut saisie par les commissaires de la République française, au couvent des dominicains de Bologne, en 1798. Le retable avait été commandé pour 50 écus par la famille Turrini afin d’orner la chapelle dédiée à saint Hyacinthe dont elle était titulaire. Le tableau fut vraisemblablement peint rapidement, en moins de deux mois, pour être achevé le 16 août 1594, date de la première fête de Hyacinthe canonisé le 17 avril de la même année.
Il faut cependant noter de nombreuses différences entre la toile et l’estampe de Johann Sadeler : la Vierge se penche vers un religieux beaucoup plus jeune ; les grands anges du coin supérieur droit ont disparu. Surtout, le marbre tenu par un angelot dans le coin inférieur gauche, dans lequel étaient gravées les paroles adressées par la Vierge au religieux, a été supprimé et les paroles partent directement des lèvres de Marie. Néanmoins, l’index tendu de la Vierge qui guidait le regard vers ce marbre a été reproduit dans la même position.
Dès lors, faut-il penser que Johann Sadeler vit plutôt une copie du tableau de Ludovico Carrache que l’original lui-même ?
Les transformations sont-elles de sa propre initiative ou lui furent-elles commandées ?
Il faut aussi noter parmi les différences essentielles que Johann Sadeler a choisi de vêtir saint Hyacinthe d’une chape blanche et non noire.
Malgré tout, la planche de l’artiste fut sans doute l’une des premières reprises du tableau et mérite d’être comparée à d’autres [voir pages suivantes].

Œuvre en rapport

La Vierge et l’Enfant apparaissant à saint Hyacinthe
Ludovico CARRACHE (1555-1619)
1594
Huile sur toile
375 x 223 cm
France, Paris, Musée du Louvre, Inv. 186.

© Musée du Louvre

 

 

 

Le dessin préparatoire à l’œuvre peinte a été reçu en don par le Louvre en 2019.
Est reproduite ci-dessous sa présentation dans Grande Galerie, 2020, 51, p. 27.
Dès qu’un cliché sera disponible, il sera ajouté.

 » Un dessin majeur de Ludovic Carrache
par Victor Hundsbuckler

Les collections du département des Arts graphiques comptent désormais le dessin de présentation d’un tableau, œuvre majeure du plus bolonais des Carrache, entré au Louvre il y a plus de deux siècles.

Cette feuille correspond selon toute vraisemblance au dessin de présentation de la peinture exécutée en 1594 pour l’église San Domenico à Bologne. Exposé au Louvre dès 1798, le tableau prend place parmi les grands retables les mieux documentés de l’œuvre de Ludovic Carrache.
De grand format [45 x 35 cm], le dessin ne présente que quelques différences mineures avec la peinture ; les petites modifications du drapé du vêtement de saint Hyacinthe, de même que l’absence de l’inscription présentée par l’ange venant confirmer la nature préparatoire de cette feuille de technique très aboutie et soignée.
Carlo Cesare Malvasia, le Vasari bolonais, possédait ce dessin dans sa collection et faisait du tableau qu’il prépare l’oeuvre-pivot de sa biographie de Ludovic Carrache, le point de départ d’un style nouveau. En 1678, dans sa Felsina pittrice, il écrit : ‘Au contraire de la nouvelle manière choisie par Annibal, il [Ludovic] se reprit quand il laissa celle-là : il pratiqua lui aussi une manière facile, un style plus résolu, mais plus imposant, plus tranché, plus impressionnant ; et le voici très vite apparent dans le saint Hyacinthe peint pour la chapelle des Signori Turrini à San Domenico, exécuté pour la somme élevée de 50 écus. Qui n’a pas vu ce tableau ignore ce qu’est l’invention d’un grand homme.’
L’actualité immédiate n’était pas absente du choix du sujet. Le 18 juin 1594, quand les frères Turrini se voient concéder par contrat leur chapelle funéraire, la canonisation de Hyacinthe Odrowac, novice à Bologne et contemporain de saint Dominique, est tout juste prononcée. Un épisode miraculeux se retrouve dans tous les textes hagiographiques publiés alors. En 1224, le jour de l’Assomption, alors qu’il était en oraison, Hyacinthe eut la vision d’une nuée céleste au milieu de laquelle était la Vierge qui lui dit : ‘Réjouis-toi mon fils Hyacinthe, parce que tes prières sont agréables à mon Fils et que tu obtiendras par mon intercession tout ce que tu jugeras bon de lui demander.’ En un peu moins de deux mois, Ludovic tira de ce récit une de ses plus brillantes compositions. Le 16 août, jour de la saint Hyacinthe, le tableau était livré.
On doit l’entrée de ce dessin dans les collections du Louvre à la générosité de Kathleen Onorato et de Peter Silverman ; qu’ils soient ici une nouvelle fois remerciés. »