Saint Dominique de Soriano


L’IMAGE DE SAINT DOMINIQUE À SORIANO (ANVERS, 1654-1663)

[Le Baptême de l’empereur du Monomotapa]
Conrad LAUWERS (vers 1632-vers 1685), graveur
D’après Erasmus II QUELLINUS (1607-1678), dessinateur
S. d. [1654-1663]
Burin
Tr. c. : 48,1 x 38,1 cm
Belgique, Bruxelles, KBR,
S.I. 40878.

© Bibliothèque royale de Belgique

 

 

Lettre
1. Dans le bas de l’image, vers la gauche
Er. Quellinus delineauit / Coenr. Lauwers sculp. Antuerpiæ.
2. Sur les pages du livre
EGO TE / BAP / TIZO / IN NO / MINE / PATRIS / ET ; FILII / ET SPI / RITVS / SANC / TE / AMEN
3. Sous le trait carré de l’image / colonne de gauche
De Keijser van het wijd’en woeste Rijck Monomotapa geleghen in’t achterste Moore[n] landt, zijnde door de Paters Predic-Heere[n] bekeert tot het / Christen geloof, ende onderwesen in alle Hooft-puncten desselfs, wiert in’t Iaer ons Heere[n] 1652 van de selue Religieuse[n] openbaerlijck gedoopt. Het welck / als geschiedde op den 4 dagh Augustj, vereijschte de Keijser benaemt te zijn DOMINICVS : Hier in vaste hoop hebbende, dat niet allee[n] sijn Houelinghen (die oock / al-ree van de selue Predic-Heeren ten naeste[n] bereijt waeren) kortlings soude[n] nae-volghen : maer dat boue[n] dien alle de Coninck-rijcke sijnder Heerschappije, beweegt / door d’exempel van hunne[n] Keijser, ende hun Keijserinne, die LVDOVICA genoemt was in het doopsel, het Christen-geloof ghewilligh souden aen-nemen. / Dogh wat raeckt den Eeldom, en de Grooten’s Landts Heeren, zijn alle, eer korte[n] tijt ghevolght, ende in Roomscher-wijse ghedoopt gheworden. Dus / gehenghede de Voor sienigheijt Godts dat als het saet van het Christen gheloof meest verwoest wordt en verdoruen in de Lande[n] gheleghen onder / den Cirkel Cancrij ; het selue alsdan meer opschiet, ende vruchtbaerder aen-groijt, in die ander-zijdsche Landen onder der Cirkel Capricornj.
4. Sous le trait carré de l’image / colonne de droite
L’Empereur du grand et Vaste Empire de Manomotapa situè en la basse Ethiopie l’an 1652 apres auoir esté deüment instruit en la foy Apostolic- / que, Catholique, Romaine par les Peres de St DOMINIQVE receut aussy de l’un de ces religieus publiquement et auec solemnitè le sacrè bapteme le 4me / iour du moijs D’Aoust : iour dediè a St DOMINIQVE et partant voulut porter ce nom de DOMINIQVE, comme la Reyne prit au sacrè bapteme le nom / de LOVISE, auec un tel zele et ferveur qu’il promit de reduire dans peu de temps non seulement ses Princes, Seigneurs et noblesse mais aussij tous / les Royaumes et peuples ressortans de la Couronne qué est d’une longue etandüe, les effects s’ensuiuent heureusement. Ses Princes et Seigneurs / estoient deja disposés des son bapteme par le Catechisme des Peres Prescheurs et l’ont suiuy de bien pres au bapteme et le peuple s’ij ache- / mine iournailement. Cet un trait coustumier a la Prouidence diuine que si la vraye foy s’ebranle en quelque quartier de la Terre, en / un autre endroit elle regerme auec plus de lueur qu’elle n’a fait de perte.
5. Sous ces deux colonnes
PERILLVSTRI AC REVERENDISSIMO DOMINO D. AMBROSIO CAPELLO ORD. FF PRÆDICAT[o]rum ANTVERPIENSIVM EPISCOPO: PROPAGATIONIS FIDEI CATHOLICÆ SINGVLARI FAVTORI AC ÆMVLATORI, SVOQ MÆCENATI Fr PETRVS VLOERS D. C. C.

Image
À l’intérieur d’une église, devant un autel dédié à saint Dominique de Soriano sont assemblées des personnes de couleur noire et trois frères dominicains. Au centre, agenouillé, un africain, ayant déposé sa couronne sur un coussin, reçoit le baptême des mains d’un dominicain. Les deux frères témoins sont sur la droite de l’image, accompagnés par deux enfants de chœur africains qui tiennent les deux cierges des nouveaux baptisés. Sur la gauche de l’image, la reine, elle aussi agenouillée, attend son propre baptême. Elle est accompagnée de deux servantes à genoux. Trois autres africains, debout, sont les témoins de la scène.

Armoiries
À gauche, sur une colonne : armoiries du dédicataire, Marie Ambroise Capello (1597-1676), dominicain évêque d’Anvers : d’or à un chapeau de sinople
Devise : OMNIA DESVPER
À droite, sur une colonne, armoiries de l’Ordre des Prêcheurs.

États
Un seul état : Allemagne, Wolfegg, Coll. Waldburg-Wolfegg, B 12.367 ; Belgique, Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, S.I. 40878

Bibliographie
2009, DIELS, p. 188, fig. 60 (sans commentaire)

Commentaire
La datation de l’estampe tient compte du fait que le frère Marie Ambroise Capello (1597-1676), le dédicataire, ne devint évêque d’Anvers qu’en 1654. D’autre part, le dominicain Pierre Vloers, du couvent d’Anvers, mourut en 1663.
Il peut paraître surprenant de classer cette estampe parmi les images de saint Dominique de Soriano et non parmi les estampes relatives aux missions. Mais la mise en scène de ce baptême dans une église bien européenne insiste sur le fait que l’empereur prit Dominique pour prénom de baptême. Or, le tableau d’autel représente bien Dominique dans la version promue par l’image de Soriano. Cette version se reconnaît non seulement à la façon dont Dominique porte ses attributs, le livre dressé dans une main et le lys dans l’autre, mais aussi aux deux zones sombres triangulaires dans le bas de la toile. Ces deux zones sont figurées dans un grand nombre d’images se voulant être des représentations de l’image de Soriano. Elles sont absentes des autres représentations du saint.
De cette représentation, on ne peut en déduire que la dévotion à l’image de Soriano ait atteint l’empire du Monomotapa. Par contre, elle atteste la vitalité de cette dévotion dans le couvent des frères d’Anvers, au point que l’Image de Soriano soit explicitement retenue comme iconographie de saint Dominique lors d’un baptême dans le sud de l’Afrique.
Le royaume, ou empire, du Monomotapa (ou Muene-motapa) est situé sur le fleuve Zambèze. Son histoire aux XVIe et XVIIe siècles est celle de relations le plus souvent conflictuelles avec les royaumes avoisinants (dont certains vassaux), d’une part, et avec les portugais, civils et religieux. Mais grâce à des accords conclus, les dominicains jouissaient d’une certaine liberté et d’une estime leur permettant d’évangéliser et de construire des églises. En 1652, à la mort du roi Mavura, son successeur, Siti Kazurukumusopa, se fit baptiser par les dominicains, le jour de la fête de saint Dominique dont il prit le prénom (4 août). Le roi mourut assassiné peu de temps après (1655[1]). L’estampe exalte donc la mission dominicaine portugaise en Afrique noire, sans se préoccuper du fait que par ces baptêmes opportunistes, les rois et nobles autochtones recherchaient des accords politiques et économiques avec les portugais, tandis que les portugais, religieux compris, renforçaient leurs implantations, comptant sur les « rois » baptisés pour fédérer leurs vassaux.
Le retentissement en Europe du baptême et du succès des dominicains portugais semble avoir été important puisque, outre la présente estampe, le baptême fut représenté dans des tableaux, tel celui conservé dans l’église des dominicains de Lublin (Pologne) [Voir œuvre en rapport]. Un autre tableau, aujourd’hui détruit, était conservé au couvent des dominicains de Dinan. AD22, 1 Q 121, cité par Maud Hamoury, p. 324, n. 51 : « des missionnaires battisant un souverain noir avec la suite de sa cour composée de neuf figures de noirs dont deux enfans de chœur portant des flambeaux et de trois religieux Jacopins européens. Le fond du tableau est un autel orné de quatre chandeliers avec leurs cierges, sur les gradins un crucifix, au milieu, un tableau de st Dominique ».
Le rêve entretenu, tant par les dominicains portugais que par les communautés européennes, est celui d’un « nouveau royaume du prêtre Jean » en d’autres terres de l’Afrique noire. De ce fait, le baptême de l’empereur du Monomotapa fut fêté, dans les couvents dominicains en Europe et par l’Église à Rome, par des messes d’action de grâce.

[1] Voir William Graham Lister RANDLES, L’empire du Monomotapa du XVe au XIXe siècle, Paris ; La Haye, École des hautes études en sciences sociales ; Mouton & Co , 1975 (Civilisations et sociétés, 46), p. 56. L’attestation du baptême, portant le sceau du roi, fut envoyée au Portugal. Elle est aujourd’hui conservée aux Archives de l’Ordre à Rome. Une transcription de cet acte et sa traduction en anglais sont données dans George MCCALL THEAL, Records of South-Eastern Africa collected in various Libraries and Archive Departments in Europe, London, William Clowes, 1898, t. 2, p. 441-448.

Œuvre en rapport

Le Baptême du Roi du Monomotapa
Tomasz MUSZYŃSKI (actif à Lublin, 1647-1680)
1683
Huile sur toile
Dimensions non renseignées
Pologne, Lublin, Cloître du couvent des dominicains, galerie Nord.

© Danuta Szewczyk-Prokurat

Commentaire
Les souverains du Monomotapa sont ici présentés comme des personnes de type caucasien. Cependant l’explication donnée en polonais sur le cartouche n’autorise aucun doute.