Saint Dominique de Soriano


L’IMAGE DE SAINT DOMINIQUE À SORIANO (PARIS, VERS 1649)

S. Dominicvs de Svriane
GRAVEUR NON IDENTIFIÉ
D’après Claude VIGNON (1593-1670)
S. d. [vers 1649]
Burin
C. de pl. : 37,5 x 27,7 cm
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Da-11-Fol.

© Claire Rousseau

 

 

 

 

Lettre
Sous le trait carré de l’image
S. DOMINICVS.DE SVRIANE /
Colonne de gauche : TAM magni memorare sequi vestigia Sancti, / Effigiem cuius picta Tabella refert.
Colonne du centre : Specchio di Fede, e fonte di Dottrina / Hebbe Domenico l’Alma Divina.
Colonne de droite : Es gran DOMINGO ampara los Mortales / Contra el Error, el Peccado, y los Males.
En dessous des colonnes, à gauche : Vignon
Au centre : le Blond excud. Cum priuil. Regis

Image
Le cadrage de la scène autour des personnages est très serré et ceux-ci n’apparaissent pas dans leur entier. Dans l’angle supérieur droit, saint Dominique, auréolé d’un cercle et d’une étoile à six branches tient une branche de lys dans la main droite posée sur un livre serré contre lui. De l’index gauche il désigne en contrebas une ville esquissée dans l’angle inférieur droit. Dans l’angle inférieur gauche, un ange, figuré de trois quarts, suit du regard son geste. Il tient en main un cadre carré contenant le portrait de saint Dominique (tête). Le portrait du saint est donc doublé sur l’estampe, en une mise en abyme.

États
Premier état : le titre de l’image est simplement : S. DOMINICVS. ; le nom de Vignon n’apparaît pas. France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Rd2 Fol., vol. 2, H 173541
Second état, celui décrit : France, Paris, Bibliothèque nationale de France, Da-11-Fol., p. 72

Bibliographie
1992, PACHT-BASSANI, p. 456-457, n° 472 ; 2007, COUSINIÉ, p. 41, Fig. 10 ; 2017, COUSINIÉ, p. 143-145 ; Fig. 37, p. 144

Commentaire
Paola Pacht-Bassani rapproche l’estampe d’une œuvre gravée par Jérôme David en 1649, reproduisant l’huile sur toile de Claude Vignon figurant saint Guillaume d’Aquitaine[1].
Deux autres estampes d’auteurs non identifiés, réalisées d’après les toiles de Claude Vignon et datées par l’auteur de la même année, pourraient peut-être constituer une série. Il s’agit des portraits de saint Antoine de Padoue et de saint Philippe Néri.
La légende du portrait est trilingue (latin, italien, espagnol) et diffère selon la langue. Cette particularité ne permet pas de définir les destinataires de l’estampe mais de la classer parmi les images de dévotion circulant en Europe.
L’œuvre tranche singulièrement par rapport aux autres représentations de l’Image de Soriano. D’une part, le portrait se réduit à la tête du saint, auréolé de surcroît d’une étoile. Or, sur l’Image de Soriano, saint Dominique apparaît en pied et sans auréole. D’autre part, c’est Dominique lui-même qui semble ordonner le don de son portrait à un ange tandis que le récit du miracle de Soriano met en scène une donatrice, la Vierge Marie, et deux acolytes, sainte Marie-Madeleine et sainte Catherine d’Alexandrie.
Dès lors, comment interpréter le titre de la pièce qui semble avoir été complété dans un second temps ?
Et faut-il, à l’instar de Frédéric Cousinié, voir dans l’œuvre la volonté de prouver la fidélité des portraits de saint Dominique à son original désormais céleste[2] ? En ce cas, pourquoi ne pas avoir suivi la physionomie présentée dans les images traditionnelles de saint Dominique à Soriano ?

[1] Paola PACHT-BASSANI, Claude Vignon (1593-1679), Paris, Arthena, 1992, p. 455-459.
[2] « Une gravure établie d’après un dessin de Claude Vignon montre par exemple saint Dominique de Suriane, quittant la terre encore visible pour les cieux, assisté d’un ange tenant un portrait du saint destiné aux fidèles (fig. 10). Dans cette image, l’origine céleste de ce portrait témoigne aux yeux de tous de sa fidélité à l’original ». Frédéric COUSINIÉ, Le peintre chrétien. Théories de l’image religieuse dans la France du XVIIe siècle, Paris, L’Harmattan, 2007 (Esthétiques), p. 41.