Saint Dominique de Soriano


L’IMAGE DE SAINT DOMINIQUE À SORIANO (ANVERS, 1657)

[De Dynsdaeghsche Devotie]
Richard COLLIN (1626-vers 1697), graveur
D’après Erasmus II QUELLINUS (1607-1678), dessinateur
S. d. [1657]
Burin
Tr. c. : 14,6 x 8,2 cm

 

 

 

 

 

 

Frontispice pour François DEURWERDERS (1611-1666), De dynsdaeghsche devotie, tot den H. Dominicvs: om van Godt te verkrijghen al’t ghene wy begheeren, T’Antwerpen, By de Weduwe van Jan Cnobbaert, 1657.
Belgique, Gand, Bibliothèque universitaire – cote : BIB.TH.004135.
Ici, Royaume-Uni, Londres, British Museum, 1858,0417.1340.

© British Museum

Lettre
1. Dans un cartouche en bas de l’image
De / Dynsdaeghsche Devotie / Tot den / Heylighen DOMINICVS.
2. Sous le trait carré
[à gauche :] E. Quellinus del.
[à droite :] Richard Collin sc.

Image
Au centre de l’image se dresse un autel dont le retable est orné d’une représentation de saint Dominique de Soriano. Deux chandeliers sont posés de part et d’autre de l’effigie. En arrière-plan, de chaque côté de l’autel un dominicain confesse une pénitente. À gauche le dominicain est de dos et la pénitente de face, à droite, l’inverse. Devant l’autel, un dominicain ayant passé une étole sur son habit distribue la communion à des fidèles laïcs, hommes et femmes, agenouillés devant lui.
Dans les airs, deux angelots, un de chaque côté de l’autel, tendent des rosaires aux fidèles.

États
Un seul état : Royaume-Uni, Londres, British Museum, 1858,0417.1340

Commentaire
La gravure, d’une grande finesse d’exécution, tranche des représentations traditionnelles du don de l’image de Soriano ou des reproductions maladroites de l’effigie de saint Dominique.
Surtout, comme le titre du livre l’indique lui-même et l’ouvrage le développe, elle met en rapport la dévotion à saint Dominique avec une dévotion christique liée au Rosaire, et une pratique sacramentelle intense, centrée sur les deux sacrements de la pénitence et de l’eucharistie. L’auteur rappelle les bénéfices de la dévotion à saint Dominique et justifie que le mardi lui soit particulièrement dévolu à travers des prières, la confession, la communion et la récitation du Rosaire. Le frontispice est donc une image programmatique, véritable sommaire figuratif du propos ensuite développé.
Le livre est dédié aux moniales dominicaines du monastère d’Auderghem près de Bruxelles, dont la sous-prieure Elisabeth Deurwerders porte le même nom que l’auteur ; peut-être étaient-ils membres de la même famille. Dans ses premières pages l’ouvrage rappelle les miracles obtenus par la dévotion à l’image de Soriano dans les Flandres, notamment la guérison de la jeune Catherine Praet à Anvers en 1632 et celle de Catherine van der Vaert en 1635 après des onctions de l’huile brûlant devant l’image[1].
Bernard de Jonghe dans la description qu’il donne en 1719 de l’histoire du couvent retranscrit les actes du miracle, juste après avoir mentionné l’existence de confréries du Rosaire et du Saint-Nom-de-Jésus, d’une sodalité en l’honneur du Saint-Sacrement, regroupant des nobles aussi bien que de simples habitants de la ville[2].
Le même auteur indique l’existence d’une chapelle dédiée à saint Dominique de Soriano dans l’église conventuelle de Gand et la présence d’un retable dans l’église de Bruges[3]. Il est cependant impossible de dire si la gravure reproduit une chapelle du couvent d’Anvers.
Le livre cherche à valoriser la dévotion à saint Dominique, le mardi, jour qui lui est traditionnellement dévolu dans l’Ordre depuis le XIIIe siècle (Chapitre général de 1239 et chapitre général de Ferrare en 1362[4]). Cette dévotion fut renforcée au XVIIe siècle sous l’influence de l’image de Soriano et naquit, sans doute à Florence en 1631, la pratique des Quinze mardis. Chaque mardi, pendant les quinze semaines précédant la fête de saint Dominique le 4 août, les fidèles étaient invités à venir se confesser et à communier au couvent des Prêcheurs de leur ville, dans la chapelle dédiée à saint Dominique. Le septième chapitre (p. 63-73) démontre la valeur de cette pratique, la dissociant de toute superstition.

Le livre ici présenté comporte une autre gravure, vignette au titre figurant saint Dominique en pied devant une ville [voir ci-après]. Il ne s’agit pas d’une copie de l’image de Soriano puisque Dominique tient dans la main gauche un crucifix avec la branche de lys et que le livre de la main droite est contre sa poitrine et non présenté en avant.

[1] p. 9-11.
[2] Bernard de JONGHE, Belgium dominicanum, sive Historia provinciae Germaniae inferioris Sacri Ordinis FF. Praedicatorum, Bruxellis, typis Francisci Foppens, sub signo Sancti Spiritu, 1719, p. 205-206 (Paris, Bibliothèque du Saulchoir – cote : 432 D 5).
[3] Op. cit., p. 50 et 163.
[4] Le cinquième chapitre de l’ouvrage expose cette consécration du mardi à saint Dominique dans l’Ordre. Voir Het V. Capittel. Dat den Dijnsdagh principalijck is toeghe-eyghent aen den H. Dominicus, p. 38-63.

 

SAINT DOMINIQUE, VIGNETTE DE TITRE (XYLOGRAPHIE)