Se confiner en Éden ? (2)

Pour Fr. Nicolas-Jean Porret

En réaction au précédent post, le curé de la paroisse des dominicains de Toulouse m’écrit avec taquinerie :
« je comprends mieux pourquoi les jeunes filles aiment les licornes ».

Elles ont raison !
Selon Stefan Lochner (vers 1410-1451), la plus belle des jeunes filles, la Vierge Marie elle-même, portait un médaillon avec une licorne (voir ci-dessus).

Et puis, les jeunes filles dont parle le curé fréquentent les couvents dominicains. Or, les dominicains développèrent une iconographie tout à fait particulière de l’Annonciation, dans laquelle la licorne représente le Christ venant s’incarner en Marie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Martin Schongauer (vers 1445-1491), Retable des dominicains, vers 1480
Huile sur bois, 116 x 116 cm
Colmar, Musée Unterlinden.

Mais pour qu’une telle incarnation opère, il fallut l’entrée en scène de Gabriel lâchant une meute de vertus poussant la Licorne-Christ vers la Vierge toute pure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On le voit, les dominicains qui aiment capter l’attention de leurs auditeurs par une « blagounette » n’ont pas hésité à adapter les récits profanes de la chasse à la licorne venant se réfugier sur les genoux des vierges pour exprimer le plus sublime des mystères : l’Incarnation du Christ.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La scène s’est dès lors glissée partout, y compris dans les illustrations des bréviaires.

Puis le goût pour ce type d’allégorie est passé…
Mais après tout, pourquoi ne pas profiter de l’actuel engouement des jeunes filles pour les licornes pour leur proposer une version christianisée de leur fascination pour cet animal mythique.
De là à voir autour du cou des nouveaux baptisés des Vierges à la licorne… il ne faut peut-être pas exagérer.

Bonne Fête de l’Annonciation, cher Frère Nicolas-Jean !

Et en ce temps de confinement, n’hésitez pas à chasser sur Internet les clichés des retables et manuscrits dominicains ayant des « Annonciations à la licorne ». Vous serez bien surpris par l’abondance des œuvres liées à ce thème !


Bréviaire des dominicains
XVe siècle
Ms. 494,
fol. 120

 

 

 

 

Clichés du retable : Musée Unterlinden
Clichés du bréviaire : Bibliothèque municipale de Colmar

Se confiner en Éden ?

Pour Fr. Nicolas-Jean Porret
Pour Fr. Gilles Danroc

Récemment, le curé de la paroisse des dominicains de Toulouse s’est morfondu de l’inflexion prise par leur vocation : « Nous, frères dominicains, nous retrouvons dans une vie qui ressemble à celle des chartreux… sans pourtant cet appel ».

Toulouse est assez familière de cette confusion entre « dominicains » et « chartreux », comme le chaland pouvait l’observer, il y a quelques années devant une toile exposée dans une galerie de la rue Pharaon.

Pourtant, l’habit n’est pas identique dans les deux Ordres et le confinement actuel des dominicains préserve plus de temps de vie commune, liturgique et domestique, que chez les chartreux.

Mais, ce n’est pas la première fois que l’Ordre utilise une comparaison audacieuse et lorgne du côté de l’érémitisme pour dépeindre la vie de l’un des siens.

En 1670-1679, Bernard de Vienne, prêtre du Tiers Ordre fit représenter le « défenseur des Indiens », Bartolomé de Las Casas (1484-1566), d’une bien étrange manière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le religieux apparaît dans un décor presque édénique dans lequel deux indigènes se promènent en harmonie avec les bêtes sauvages, pendant que deux licornes traversent d’un pas tranquille l’arrière-plan. Par sa naïveté, l’image prête à sourire mais elle révèle que dans l’imaginaire européen du dernier quart du XVIIe siècle, ici parisien, le Nouveau Monde reste encore terra incognita ou tout au moins un univers méconnu et intriguant. Les relations de la découverte du nouveau continent n’ont pourtant pas manqué. Elles sont néanmoins demeurées insuffisantes pour ancrer dans les esprits une juste appréciation géographique et ethnographique. Le texte de l’Année dominicaine qui accompagne l’image ne la décrit pas. Il résume la vie et l’apostolat de Bartolomé de Las Casas auprès des « Indiens ». L’image qui pouvait être achetée indépendamment du livre est donc à envisager pour elle-même. Au premier plan, Bartolomé de Las Casas est assis, dans la paisible attitude de repos de celui qui, ayant bien œuvré, peut s’octroyer un sabbat, se réjouir de son œuvre qu’il bénit encore des deux doigts levés de la main droite. L’association des deux plans, le religieux bénissant et le duo en harmonie avec le monde animal en arrière-plan, renvoie immédiatement à d’autres images : celles du sixième jour de la Création quand Dieu tire Ève du côté d’Adam après avoir confié au premier homme la mission hautement symbolique de la nomination des animaux, de donner un nom à ce qui n’en a pas. « Et le nom qu’Adam donna à chacun des animaux est son nom véritable ». Or, les images de la Création ont très souvent rendu la licorne présente aux deux exercices de la création et de la nomination ; elle est acteur et témoin privilégié des origines. La conjonction de ces éléments dans l’image figurant Bartolomé de Las Casas expose tout autant un postulat qu’une question : les êtres humains rencontrés par le religieux étaient-ils beaux et bons ? Appartenaient-ils, eux qui ne descendaient d’aucun des fils de Noé, à un Éden préservé ? La lutte menée par Bartolomé de Las Casas et le message véhiculé par ses écrits semblent, dans cette image populaire produite au sein de son Ordre, se rétrécir à la question primordiale, celle des origines des Sauvages. L’image situe les « sauvages » dans « un commencement » judéo-chrétien que l’on croyait bien cerné mais qui, telle la licorne, échappe à celui qui veut s’en saisir.

En dépit de ces analyses cohérentes et reposant sur la culture du XVIIe siècle telle qu’elle se lit dans les récits des missionnaires dominicains, l’image de Las Casas m’est longtemps demeurée comme inadaptée, résultat d’un emprunt qui m’échappait.

Mais un tweet du 12 mars 2020 de mon amie Evelyne Verheggen, chercheuse néerlandaise, me mit sous les yeux une image de l’ermite saint Macaire d’Alexandrie, éditée par Claes Jansz. Visscher (1587-1652).

 

 

 

 

 

Il devenait évident que le dominicain Bernard de Vienne s’était tourné vers les anachorètes pour faire graver par l’atelier parisien Landry une représentation de Las Casas !
Voulait-il rappeler les liens de Las Casas avec les ermites de Saint-Jérôme ou se laissait-il guider par un autre imaginaire, celui de ces terres lointaines du continent américain, à lui inaccessibles ?

Aux dominicains toulousains, je souhaite une nouvelle fécondité apostolique en ce confinement qui n’est ni celui de saint Macaire, ni celui des chartreux.
Et s’ils voient passer dans leur jardin édénique une licorne (celle que leurs ancêtres disent avoir cherché au Nouveau Monde[1]), qu’ils me le fassent discrètement savoir…

[1] Jean-Baptiste Du Tertre (1610-1687), Histoire generale des Isles des Christophe, de la Gvadelovpe, de la Martiniqve, et avtres dans l’Ameriqve. Où l’on verra l’establissement des Colonies Françoises, dans ces Isles ; leurs guerres Ciuiles & Estrangeres, & tout ce qui se passe dans les voyages & retours des Indes. Comme aussi plusieurs belles particularitez des Antilles de l’Amerique : Vne description generale de l’Isle de la Guadeloupe : de tous ses Mineraux, de ses Pierreries, de ses Riuieres, Fontaines & Estangs : & de toutes ses Plantes. De plus, la description de tous les Animaux de la Mer, de l’Air, & de la Terre : & un Traité fort ample des Mœurs Sauvages du pays, de l’Estat de la Colonie Françoise, & des Esclaues, tant Mores, que Sauuages. Par le R.P. Iean Baptiste du Tertre, Religieux de l’Ordre des FF. Prescheurs, du Nouiciat du Faux-bourg Sainct Germain de Paris, Missionnaire Apostolique dans l’Amerique, A Paris, Chez Iacques Langlois, Imprimeur Ordinaire du Roy, Au Mont de sainte Geneuiefve, vis-à-vis la Fontaine. Et Emmanvel Langlois, dans la grand’Salle du Palais, à la Reyne de Paix, 1654, fol. 363 et 364.

A quel saint se vouer ? (2)

Pour Fr. Paul-Bernard Hodel

Vita et Miracula S. Vincentii Ferrerii
Jean IV LECLERC (1560-1621/1622), éditeur
1612
Burin
C. de pl. : 19,3 x 12,5 cm
France, Paris, Bibliothèque du Saulchoir – cote : Rés. Mod. D111 (pièce 4).

© Claire Rousseau

 

 

 

 

La peste, dite la grande mourine, est sans aucun doute l’épidémie la plus redoutable en raison de son taux de mortalité particulièrement élevé.
La Bretagne n’en fut pas épargnée… mais à partir de 1419 et durant tout le XVe siècle, la population trouva un intercesseur de choix en la personne de saint Vincent Ferrier, enterré dans la cathédrale de Vannes. A son tombeau furent portés les malades, les offrandes et les actes de reconnaissance d’une population bouleversée et décimée.

Les biographies de saint Vincent en rendent compte, telle celle du dominicain Bernard Guyard qui égrène les témoignages : La Vie de S. Vincent Ferrier Religievx de l’Ordre des Freres Preschevrs diuisée en deux parties. La premiere fait voir ce qv’il a fait en sa vie deuant son entrée en Bretagne et la seconde les merveilles qu’il a opéré en sa vie & apres sa mort en cette Prouince. Par le R.P. Bernard Gvyard de Iesus Marie Religieux du mesme Ordre, A Paris, Chez Denis Moreav, ruë S. Iacques à l’enseigne de la Salamandre d’argent, 1634.

Ces récits restent pour l’historien d’aujourd’hui des sources complémentaires d’information à défaut d’en avoir de plus médicales :
 » La « grande mourine » n’est pas toujours décrite, si bien que l’historien est incapable de déterminer ses manifestations habituelles, buboniques, pulmonaires et septicémiques, ou même de la distinguer d’autres maladies infectieuses. Les seuls détails proviennent des témoignages de gens simples, qui ont échappé miraculeusement au fléau ou… aux médecins, et qui viennent prier sur le tombeau de Maître Vincent à Vannes. »
Jean-Pierre LEGUAY, Vivre dans les villes bretonnes au Moyen Âge, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009 (Histoire), p. 404.

Les Vies en image de Vincent Ferrier gravées au XVIIe siècle confirment l’intercession thaumaturgique du saint et redonnent au lecteur assurance et confiance aux temps des nouvelles épidémies comme au temps de grâce :
Hic sua post mortem petÿt qui numina supplex / Sanavit dira languida membra lue / Dopò la morte sua risana un’ appestato.

A l’autre bout du pays, Marseille fut frappée une dernière fois par la peste en 1720. L’évêque, monseigneur de Belsunce, et les religieux, en particulier les jésuites et les dominicains y déployèrent une charité exemplaire.
Déjà, en 1475, les religieux de saint Dominique avaient exhorté en prêche – pour des raisons de moralité – à une mise en confinement partiel de la cité. Leurs préconisations furent suivies avec sagesse par le conseil de ville. En 1720, ils appliquèrent pour eux-mêmes des principes de précaution tout en servant la population. La vigilance élémentaire était déjà au service de la charité. La leçon est toujours valable aujourd’hui et l’histoire future en attestera les bienfaits.

Un dominicain du couvent de Marseille ayant lu ce message me précise que, durant la peste de 1720, les Frères récitèrent les litanies du Sacré Coeur composées par Anne-Madeleine Rémuzat :
« Ces Litanies, autorisées pour l’Eglise universelle et enrichies d’une indulgence de 300 jours, viennent primitivement de la Vénérable Anne-Madeleine Rémuzat qui les a composées vers 1718. Propagées par la Vénérable pendant la terrible peste de Marseille en 1720, ces Litanies ont été d’un puissant secours pour obtenir la cessation du fléau dans cette ville. »
En ce temps d’épidémie, la communauté de Marseille récite de nouveau ces litanies, chaque jour, avant le repas de midi [selon la version remaniée à la fin du XIXe siècle].

Seigneur, ayez pitié de nous!
Ô Christ, ayez pitié de nous!
Seigneur, ayez pitié de nous!

Jésus, écoutez-nous.
Jésus, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Cœur de Jésus, Fils du Père éternel, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, formé par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Mère, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, uni substantiellement au Verbe de Dieu, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, d’une infinie majesté, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, temple saint de Dieu, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, tabernacle du Très-Haut, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, maison de Dieu et porte du ciel, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, fournaise ardente de charité, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, sanctuaire de la justice et de l’amour, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, plein d’amour et de bonté, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, abîme de toutes les vertus, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, très digne de toutes louanges, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, roi et centre de tous les cœurs, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, en qui se trouvent tous les trésors de la sagesse et de la science, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, en qui réside toute la plénitude de la Divinité, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, objet des complaisances du Père, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, dont la plénitude se répand sur nous tous, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, le désiré des collines éternelles, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, patient et très miséricordieux, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, libéral pour tous ceux qui vous invoquent, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, source de vie et de sainteté, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, propitiation pour nos péchés, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, rassasié d’opprobres, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, broyé à cause de nos crimes, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, obéissant jusqu’à la mort, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, percé par la lance, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, source de toute consolation, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, notre vie et notre résurrection, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, notre paix et notre réconciliation, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, victime des pécheurs, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, salut de ceux qui espèrent en vous, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, espérance de ceux qui meurent en vous, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, délices de tous les saints, ayez pitié de nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur. Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.
Jésus, doux et humble de cœur, rendez notre cœur semblable au vôtre.

Prions. Dieu tout-puissant et éternel, considérez le Cœur de votre Fils bien-aimé ainsi que les louanges et les satisfactions qu’il vous a offertes au nom des pécheurs: à ceux qui implorent votre miséricorde, accordez avec bienveillance le pardon au nom de ce même Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui règne avec vous, dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Ainsi-soit-il.

A quel saint se vouer ?

Pour Fr. Gerard Francisco P. Timoner III 

C’est une question qui se pose en ces heures : quel saint prier pour être protégé du virus ?
En premier, se confier au Christ Sauveur, lui qui a traversé pour nous la mort et qui est ressuscité pour que nous ayons la Vie, maintenant et à jamais.
S’en remettre à sa mère, Marie, que nous invoquons pour lui demander de prier pour nous « maintenant et à l’heure de notre mort ». Et c’est maintenant que meurent des centaines de personnes, victimes du même mal.

 

 

On peut quérir l’intercession des saints convoqués depuis des siècles face à la peste. Et, de manière plus générale, tous les saints peuvent être conviés.

L’Ordre des Prêcheurs ne pensera peut-être pas que saint Dominique fut invoqué comme protecteur de ces trois fléaux qui décimèrent le monde : la guerre, la famine, les épidémies.
Pourtant, cette très modeste image gravée en France au XVIIe siècle par L. P. et conservée à la Bibliothèque municipale de Grenoble (F.25482), nous rappelle que le regain de dévotion à saint Dominique à partir du sanctuaire de Soriano (Italie), trouva une place privilégiée lors des vagues de peste.
Le texte de la colonne de droite sous l’image nous l’assure :
Chretien tourne vers luy et ton cœur et tes yeux, / si tu ueux trionfer icy et dans les cieux.

Ce n’est pas l’image en elle-même qui a une valeur apotropaïque mais la miséricorde de Dieu que nous quémandons par Dominique.

L’image mêle les bienfaits physiques et spirituels obtenus par l’intercession de saint Dominique :
Dans la bordure du haut de l’image
IL GVERIT LES INCVRABLES. DEFEND DES HERESIES ET SORTILEGES. CONVERTIT LES PECHEVRS
Dans une bordure le long du segment oblique inférieur gauche du cadre octogonal, de haut en bas
IL IMPETRE DE BIEN MOVRIR
Dans une bordure le long du segment oblique inférieur droit du cadre octogonal, de bas en haut
IL FAICT CESSER LA MORTALITÉ
Dans la bordure du bas de l’image
IL DELIVRE DV PVRGATOIRE. COMMANDE AVX ELEMENTS. APPAISE LES TROIS FLEAUX

Ajoutons que par son exemple, saint Dominique invite à déployer un surcroît de générosité et de charité que chacun manifestera selon ses moyens et dans les circonstances qui sont les siennes.

1652 : la peste à Toulouse


En 1648-1650, Balthasar-Thomas Moncornet (Paris, 1630-1716, Toulouse), fils du graveur parisien Balthasar Moncornet (1630-1668), peignit à Toulouse le plafond de la chapelle des dominicains installés sur l’ancien lieu de l’Inquisition. Du bout de son pinceau, il témoigna de la compassion de saint Dominique et de son efficace intercession quand la mort ravissait trop tôt des êtres chers.

Deux ans plus tard, lors de l’épidémie de peste, il fut atteint… et guéri ! Mieux : sa guérison semble avoir marqué la fin de la contagion parmi les dominicains de la ville. Pourtant la peste sévit encore quelques mois durant, avant de quitter définitivement la cité.

Qu’il en soit de même et, plus rapidement encore, pour le Covid-19 !

Ci-dessous le récit de la maladie et de la guérison de Balthasar-Thomas Moncornet qui vécut encore 64 ans comme Frère convers de l’Ordre des Prêcheurs et graveur.
Sans oublier ceux qui furent victimes. Hélas !

N. B. : graphie et orthographe ont été respectées. Seul gras et couleur ont été ajoutés.

5. Anno 1652. Pestis gravissima Tolosam infecit. Primus percussus apparuit F. noster Petrus Metgé qui è domo Inquisitionis ubi die Dominico Missam dixerat confessionesque exeperat, in Conventum eadem die reversus statim decubuit, & feriâ quinta sequenti 18. Die Julii mortuus est. Illi charitative inservierunt F. Guillelmus Bartholomeau, novus Professus Clericus & F. Franciscus Mauran Conversus nondum Professus. Re à Dominis Capitolinis cognita Januæ Conventus eorum jussu obseratæ sunt tanquam infectæ dômus, cum tamen per Dei elementiam nullus alius è nostris se malè habuerit ; unde januæ apertæ sunt eorundem dominorum Urbanitate die Sacratissimæ Assumptionis B. Virginis 15. Augusti ejusdem anni. Verûm manus Domini iterûmitetigit nos ; Frater enim Thomas Balthazar moncornet uni è domesticis nostris servitoribus ægrotanti, nescio quo casu, in aliquo inserviens ab ipso jam peste laborante morbum suscepit ; & (quod sanè Divinæ erga nos Providentiæ memoriale æternum erit) licet ægrotans panem Pro communitate fregerit Fratibusque in Refectorio distribuerit, solus tamen venenum retinuit nec ulli nostrûm infeliciter communicavit. Paucis tamen post diebus F. Dominicus Dardene, conversus & Pharmacopola Peste Pariter Gravissimè percussus est. Et F. Moncornet junctus in eadem Camera : qui sibi invicem officium charitatis reddentes, nullo alio servitore indiguerunt, & ambo remedio Pharmacopolæ nostri Fratris d’Ardene sanati sunt in fine mensis Octobris. Et ita cessavit plaga Couventûs nostri.

Jean-Jacques PERCIN (1633-1711), Monumenta Conventus Tolosani ordinis FF. Praedicatorum primi, ex vetustissimis manuscriptis originalibus transcripta, et SS. Ecclesiæ Patrum placitis illustrata. In quibvs. Historia almi hujus Conventûs per annos distribuitur, Refertur Totius Albigensium facti narratio ; Agiturque de Capitibus hæreseos, de LXI. Conciliis contra eos habitis : De justa eorum pœna, & de bello quo profligati sunt. De Sanctæ Inquisitionis Officii Institutione, & perpetuo exercitio, De Rosario, de Academia Tolosana De primis Sanctæ Inquisitionis martyribus F.F. Prædicatoribus & Minoribus, nec-non Ecclesiæ Metropolitanæ Tolosæ Canonicis, De Translatione Corporis sancti Thomae. V. Ecclesiæ Doctoris, Et tandem de nobilioribus Tolosæ familiis, Aliisque plurimis, in ejus ecclesia sepultis, Quarum Genealogia, Gentilitiaque scuta referuntur, &. Scriptore F. Joanne Jacobo Percin Tolosate, tolosanique conventus alumno, Tolosæ, Apud Joannem et Guillelmum Pech, Illustrissimi ac Reverendissimi Archiepiscopi Albiensis Typographos, sub signo Nominis Jesu, juxta Conventum FF. Prædicatorum, 1693, p. 159-160.