Se confiner en Éden (5)

Pour Frère Edouard Divry
Pour Frère Jean-Michel Potin

Le confinement a du bon.
Il invite à redécouvrir les trésors entassés et oubliés, notamment les fonds de livres.
Or, régulièrement, les chercheurs rêvent de reconstituer ce que furent les bibliothèques conventuelles d’Ancien Régime, soit juste avant la Révolution, soit à la période médiévale.

Quand ils ont subsisté, les catalogues des religieux bibliothécaires sont bien pratiques.
Pour la bibliothèque des Jacobins de Toulouse, il est possible de consulter le catalogue de 1683 établi par le Père Laqueille. Le registre donne ainsi un aperçu de la composition de la bibliothèque au XVIIe siècle. Cependant, les informations y sont parfois assez vagues. Par exemple, pour un ouvrage qui a connu de nombreuses éditions, il est impossible de savoir laquelle figurait sur les étagères.

 

 

Néanmoins, la première étape va consister à rechercher dans le fonds de la bibliothèque les ouvrages susceptibles de correspondre à cette liste et de voir s’ils portent une trace d’appartenance.

© Émilie Nadal

 

Ainsi, Émilie Nadal a recensé tous les ouvrages de la Bibliothèque municipale de Toulouse portant le même type d’étiquette utilisé par le couvent des Jacobins.

La marque d’appartenance peut également être une mention manuscrite portée en tête d’ouvrage, en latin ou en français.

© BM Lyon

Parfois, la marque est personnelle indiquant qu’un livre n’était pas en bibliothèque mais à l’usage de tel ou tel religieux. Ainsi en fut-il de l’Année dominicaine de Bernard de Vienne attribuée au Frère Antoine au  XVIIIe siècle.

© Émilie Nadal

Il en était déjà de même au XVIe siècle comme en témoigne cette inscription du Frère Alexandre Sarrazin du couvent de Lyon, mort en 1571 à Villefranche en Beaujolais (aujourd’hui Villefranche-sur-Saône), sur un ouvrage imprimé en 1508.

© BM Lyon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ex-libris gravés deviennent plus fréquents, qu’ils soient ceux des communautés ou ceux des religieux, notamment des bibliothécaires qui contribuèrent à l’enrichissement du fonds commun sans s’oublier.

Ex-libris du couvent des dominicains d’Augsbourg, XVIIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ex-libris du couvent des dominicains de Grenoble, XVIIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ex-libris du couvent des dominicains de Lyon, XVIIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ex-libris du couvent des dominicains de Eichstätt, 1742.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ex-libris du couvent des dominicains de Bozen, XVIIIe siècle.
Cette fois-ci, la communauté a décidé de faire représenter la titulature du couvent : le Très Saint Nom de Jésus, qui est aussi la première dévotion développée officiellement dans l’Ordre.

© BM Chalon-sur-Saône

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ex-libris du couvent des dominicains de Chambéry, XVIIIe siècle.
L’avertissement emprunté à la première lettre aux Corinthiens est sévère : les Frères auront beau avoir toute la science, s’il leur manque l’Amour, ils ne sont rien.
Néanmoins le confinement en bibliothèque a l’air, sur cette vignette, d’être fort agréable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ex-libris de Frère Jean Odon de Thesut (1694-1771) du couvent de Dijon, XVIIIe siècle. Ses livres vinrent enrichirent un fonds de plus de 7 000 volumes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ex-libris de Frère Jacques Renaud (?-1758) du couvent de Lyon , XVIIIe siècle.
Frère Jacques fut procureur du couvent de Lyon. C’est à sa mort que le couvent récupéra ses ouvrages personnels.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces ex-libris (qui portent rarement le nom de leur créateur) sont prisés des collectionneurs, il n’est pas rare de les retrouver en vente, extraits de leurs livres d’origine, hélas !
De même, il est fréquent de voir passer des ouvrages portant encore la marque de propriété des couvents.

Preuve, s’il en était besoin, que reconstituer virtuellement une bibliothèque perdue n’est pas une mince affaire et qu’il y faudrait des années de recherches avec la certitude de ne jamais aboutir à un résultat pleinement satisfaisant.

Si durant votre confinement, vous voyez passer des ouvrages dominicains avec leurs marques anciennes, merci de nous les signaler.

À suivre…