A quel saint se vouer ? (4)

Pour Frère Bruno Cadoré
Pour Frère Thomas de Gabory
Pour Sœur Élisabeth
Pour Sœur Anne Lécu

[Saint Thomas d’Aquin et Claude Galien]
Jacobus BRUYNEL (?-1690/1691), graveur
D’après Abraham VAN DIEPENBEECK (1596-1675), dessinateur
1666
Burin
Tr. c. : 18,5 x 14,3 cm

 

 

 

 

Titre illustré pour Michaël BOUDEWYNS (?-1681), Ventilabrvm medico-theologicvm qvo omnes casvs, tvm medicos, cvm ægros, aliosqve concernentes eventilantvr, Et quod SS. PP. conformius, Scholasticis probabilius, & in conscientia tutius est, secernitur : Opus cum Theologis & Confessarijs, tum maximè Medicis perquam necessarium. Avcthore Michaële Bovdewyns Medic. & Phylosoph. Doctore Antverp. Pensionario, Anatomi. & Chirurg. Prælectore, Collegij Medic. Præside, Antverpiæ, Apud Cornelium Woons, sub signo Stellæ Aureæ, 1666.
France, Lyon, Bibliothèque municipale – cote : 341156.

© Claire Rousseau

« La pensée scolastique dans sa volonté d’explorer tous les possibles et d’en proposer une explication rationnelle exprime une forme de confiance dans la puissance de la raison à rendre compte de tout le donné créé. La médecine scolastique – c’est-à-dire la médecine savante – se construit à partir du XIIe siècle sur une autonomie structurelle affirmée et une rationalité assez rigoureuse. Il n’y a plus guère de place pour les charmes qui étaient courants dans la médecine de recettes du haut Moyen Âge, et encore moins pour la magie savante ou demi-savante véhiculée par des textes traduits de l’arabe, et peut-être aussi du grec, à partir du XIIe siècle[1]. »

Et pourtant…
Ni Albert le Grand dans son étude des minéraux, ni Thomas d’Aquin dans l’examen du pouvoir potentiel des amulettes n’ont eu une pensée strictement rationnelle dans le domaine médical.
Si la médecine a fait des progrès, elle n’est toujours pas une science exacte et tâtonne en ces jours pour trouver les remèdes qui sauveront les malades et les vaccins qui protègeront les personnes encore saines.
Et resurgissent de partout les recettes et les croyances les plus folles… alimentées parfois par des profiteurs sans scrupule ou imbus d’eux-mêmes.

Au XVIIe siècle, Michaël Boudewyns, philosophe, théologien et médecin renommé d’Anvers, président de l’hôpital Sainte-Élisabeth, ressentit la nécessité de consigner non un véritable traité de médecine comme il y en avait alors de nombreux mais une sorte d’Histoire des remèdes en les passant au crible de la raison. Il s’agissait pour lui que les personnes soignant les malades ne leur portent préjudice par leur ignorance et le recours à des superstitions et que s’organise la pharmacopée de sa ville. Galien, médecin de l’Antiquité, et Thomas d’Aquin en tant que théologien moral furent ses inspirateurs car Michaël Boudewyns en était convaincu, soins du corps et moralité, soins de l’âme et respect du corps vont de pair. Pour donner de la solidité à son travail, il poursuivit son étude de la théologie, se rendant fréquemment, voire assidûment aux disputes théologiques du séminaire. Il y portait les questions morales liées à l’exercice de la médecine. Selon l’adage, il parlait en praticien et exerçait avec raisonnement.

L’heure est à l’urgence des soins…
Pourtant, la progression foudroyante de l’épidémie ne nous convoque-t-elle pas aussi à repenser notre façon d’envisager ce qui constitue l’essentiel de nos vies ?
La pensée de Thomas d’Aquin par sa rigoureuse logique peut encore nous apprendre à nous poser les bonnes questions.
Et Thomas d’Aquin par son ancrage dans le Christ nous invite à lever le regard vers plus grand.

[1] Nicolas Weill-Parot, « La rationalité médicale à l’épreuve de la peste : médecine, astrologie et magie (1348-1500) », Médiévales [En ligne], 46 | printemps 2004, mis en ligne le 02 mars 2006.

Sur Michaël Boudewyns et son ouvrage
C. Broeckx, Éloge de Michel Boudewyns, Anvers, Impr. J.-E. Buschmann, 1845.