Mahyeuc, Yves


YVES MAHYEUC (PARIS, 1638)

Portraict du B. Yves Mayevc
Jean MATHIEU (dit Matheus, vers 1590-vers 1672), graveur
1638
Burin
Feuille : 19,8 x 14,5 cm
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, N2 Fol. (Mayeux, Yves), D 210099.

© Claire Rousseau

 

 

 

 

Lettre
Sous le portrait
Portraict du B. YVES MAYEVX Euesque de Rennes, Religieux de l’Ordre / S. Dominique, Confesseur des Roys Charles VIII, Louis XII et de la Reyne Anne / Duchesse de Bretagne. Apres son decés arriué le 20 septembre 1541. parut sur / son corps vne croix miraculeuse, et aujourdhuy ce sont plusieurs miracles / a son sepulcre, dans l’Eglise Cathedrale de Rennes / Matheus fecit. 1638. Ao.

Image
Yves Mahyeuc (Plouvorn 1462-1541 Bruz) est présenté à mi-corps, de trois quarts, légèrement vers la droite. Il est vraisemblablement assis d’où l’ombre des mains jointes sur son vêtement. Yves Mahyeuc est revêtu de tous les insignes de l’évêque prenant possession de sa charge : mitre ornée de pierres, gants brodés, amict, aube, camail aux bords garnis d’un galon sont blancs, couleur qui prévaut pour les entrées épiscopales. Sur la poitrine du prélat est dessinée une croix blanche à quatre branches inégales, telle qu’elle parut sur son corps après son décès. Le fond est en tailles croisées.

États
Un seul état : France, Paris, Bibliothèque nationale de France, N2 Fol. (Mayeux, Yves), D 210099

Bibliographie
2010, PIC ; PROVOST, p. 85 ; Fig. 3. hors texte

Commentaire
Yves Mahyeuc est ici présenté en habits blancs : amict, aube, camail blanc, gants blancs, mitre richement ornée. Si un camail a été préféré au pluvial, sans doute pour mieux montrer la croix blanche apparue sur sa poitrine après son décès, il est légitime de se demander si cette représentation n’est pas inspirée du rituel d’entrée des évêques au XVIIe siècle, au cours duquel le prélat changeait de vêtements à l’entrée de la ville épiscopale pour se parer de blanc de manière codifiée[1]. Par l’image, Yves Mahyeuc serait de nouveau solennellement introduit parmi ses fidèles, au moment même où une enquête diocésaine cherche à alimenter sa cause de béatification.
Le choix vestimentaire n’est en tout cas pas neutre si on le compare au portrait de Jean Ganière qui le revêt de l’habit dominicain et à celui de Michel Van Lochon où étole et chasuble sont de couleurs et brodés.

Augustin Pic et Georges Provost proposent une piste dans la recherche d’un modèle possible : « La proximité des traits du visage avec ceux du vitrail de la collégiale de la Guerche, réalisé du vivant d’Yves Mahyeuc (1536) suggère un lien dont la nature demeure impossible à préciser : sans doute une source commune aujourd’hui disparue. Nous savons en effet qu’un portrait ‘au naturel’ d’Yves Mahyeuc était conservé chez les Dominicaines de Rennes ; Dubuisson-Aubenay rapporte également en 1636 que son tombeau à la cathédrale était accompagné de ‘son portrait en huyle, priant en evesque’ » (p. 85).

La lettre met en valeur cinq données particulières au sujet d’Yves Mahyeuc :
– sa charge épiscopale à Rennes ;
– son appartenance à l’Ordre des Prêcheurs ;
– le fait qu’il fut confesseur des rois et de la reine (ce qui est vraisemblablement inexact mais résulte de la confusion entre Yves Mahyeuc et un oncle du même patronyme) ;
– le miracle de la croix apparaissant sur sa poitrine lors de son décès ;
– les miracles qui, à la date de l’exécution de la gravure, ont lieu sur son tombeau.

[1] Sur l’entrée des évêques selon le cérémonial épiscopal promulgué pour la première fois en 1600 par le pape Clément VIII, voir José Pedro PAIVA, « Les entrées des évêques dans leur diocèse dans l’Europe moderne : une vision comparée », Dompnier (Bernard), dir., Les cérémonies extraordinaires du catholicisme baroque, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2009, p. 495-508.