A quel saint se vouer ?

Pour Fr. Gerard Francisco P. Timoner III 

C’est une question qui se pose en ces heures : quel saint prier pour être protégé du virus ?
En premier, se confier au Christ Sauveur, lui qui a traversé pour nous la mort et qui est ressuscité pour que nous ayons la Vie, maintenant et à jamais.
S’en remettre à sa mère, Marie, que nous invoquons pour lui demander de prier pour nous « maintenant et à l’heure de notre mort ». Et c’est maintenant que meurent des centaines de personnes, victimes du même mal.

 

 

On peut quérir l’intercession des saints convoqués depuis des siècles face à la peste. Et, de manière plus générale, tous les saints peuvent être conviés.

L’Ordre des Prêcheurs ne pensera peut-être pas que saint Dominique fut invoqué comme protecteur de ces trois fléaux qui décimèrent le monde : la guerre, la famine, les épidémies.
Pourtant, cette très modeste image gravée en France au XVIIe siècle par L. P. et conservée à la Bibliothèque municipale de Grenoble (F.25482), nous rappelle que le regain de dévotion à saint Dominique à partir du sanctuaire de Soriano (Italie), trouva une place privilégiée lors des vagues de peste.
Le texte de la colonne de droite sous l’image nous l’assure :
Chretien tourne vers luy et ton cœur et tes yeux, / si tu ueux trionfer icy et dans les cieux.

Ce n’est pas l’image en elle-même qui a une valeur apotropaïque mais la miséricorde de Dieu que nous quémandons par Dominique.

L’image mêle les bienfaits physiques et spirituels obtenus par l’intercession de saint Dominique :
Dans la bordure du haut de l’image
IL GVERIT LES INCVRABLES. DEFEND DES HERESIES ET SORTILEGES. CONVERTIT LES PECHEVRS
Dans une bordure le long du segment oblique inférieur gauche du cadre octogonal, de haut en bas
IL IMPETRE DE BIEN MOVRIR
Dans une bordure le long du segment oblique inférieur droit du cadre octogonal, de bas en haut
IL FAICT CESSER LA MORTALITÉ
Dans la bordure du bas de l’image
IL DELIVRE DV PVRGATOIRE. COMMANDE AVX ELEMENTS. APPAISE LES TROIS FLEAUX

Ajoutons que par son exemple, saint Dominique invite à déployer un surcroît de générosité et de charité que chacun manifestera selon ses moyens et dans les circonstances qui sont les siennes.

1652 : la peste à Toulouse


En 1648-1650, Balthasar-Thomas Moncornet (Paris, 1630-1716, Toulouse), fils du graveur parisien Balthasar Moncornet (1630-1668), peignit à Toulouse le plafond de la chapelle des dominicains installés sur l’ancien lieu de l’Inquisition. Du bout de son pinceau, il témoigna de la compassion de saint Dominique et de son efficace intercession quand la mort ravissait trop tôt des êtres chers.

Deux ans plus tard, lors de l’épidémie de peste, il fut atteint… et guéri ! Mieux : sa guérison semble avoir marqué la fin de la contagion parmi les dominicains de la ville. Pourtant la peste sévit encore quelques mois durant, avant de quitter définitivement la cité.

Qu’il en soit de même et, plus rapidement encore, pour le Covid-19 !

Ci-dessous le récit de la maladie et de la guérison de Balthasar-Thomas Moncornet qui vécut encore 64 ans comme Frère convers de l’Ordre des Prêcheurs et graveur.
Sans oublier ceux qui furent victimes. Hélas !

N. B. : graphie et orthographe ont été respectées. Seul gras et couleur ont été ajoutés.

5. Anno 1652. Pestis gravissima Tolosam infecit. Primus percussus apparuit F. noster Petrus Metgé qui è domo Inquisitionis ubi die Dominico Missam dixerat confessionesque exeperat, in Conventum eadem die reversus statim decubuit, & feriâ quinta sequenti 18. Die Julii mortuus est. Illi charitative inservierunt F. Guillelmus Bartholomeau, novus Professus Clericus & F. Franciscus Mauran Conversus nondum Professus. Re à Dominis Capitolinis cognita Januæ Conventus eorum jussu obseratæ sunt tanquam infectæ dômus, cum tamen per Dei elementiam nullus alius è nostris se malè habuerit ; unde januæ apertæ sunt eorundem dominorum Urbanitate die Sacratissimæ Assumptionis B. Virginis 15. Augusti ejusdem anni. Verûm manus Domini iterûmitetigit nos ; Frater enim Thomas Balthazar moncornet uni è domesticis nostris servitoribus ægrotanti, nescio quo casu, in aliquo inserviens ab ipso jam peste laborante morbum suscepit ; & (quod sanè Divinæ erga nos Providentiæ memoriale æternum erit) licet ægrotans panem Pro communitate fregerit Fratibusque in Refectorio distribuerit, solus tamen venenum retinuit nec ulli nostrûm infeliciter communicavit. Paucis tamen post diebus F. Dominicus Dardene, conversus & Pharmacopola Peste Pariter Gravissimè percussus est. Et F. Moncornet junctus in eadem Camera : qui sibi invicem officium charitatis reddentes, nullo alio servitore indiguerunt, & ambo remedio Pharmacopolæ nostri Fratris d’Ardene sanati sunt in fine mensis Octobris. Et ita cessavit plaga Couventûs nostri.

Jean-Jacques PERCIN (1633-1711), Monumenta Conventus Tolosani ordinis FF. Praedicatorum primi, ex vetustissimis manuscriptis originalibus transcripta, et SS. Ecclesiæ Patrum placitis illustrata. In quibvs. Historia almi hujus Conventûs per annos distribuitur, Refertur Totius Albigensium facti narratio ; Agiturque de Capitibus hæreseos, de LXI. Conciliis contra eos habitis : De justa eorum pœna, & de bello quo profligati sunt. De Sanctæ Inquisitionis Officii Institutione, & perpetuo exercitio, De Rosario, de Academia Tolosana De primis Sanctæ Inquisitionis martyribus F.F. Prædicatoribus & Minoribus, nec-non Ecclesiæ Metropolitanæ Tolosæ Canonicis, De Translatione Corporis sancti Thomae. V. Ecclesiæ Doctoris, Et tandem de nobilioribus Tolosæ familiis, Aliisque plurimis, in ejus ecclesia sepultis, Quarum Genealogia, Gentilitiaque scuta referuntur, &. Scriptore F. Joanne Jacobo Percin Tolosate, tolosanique conventus alumno, Tolosæ, Apud Joannem et Guillelmum Pech, Illustrissimi ac Reverendissimi Archiepiscopi Albiensis Typographos, sub signo Nominis Jesu, juxta Conventum FF. Prædicatorum, 1693, p. 159-160.