Campanella, Tommaso


TOMMASO CAMPANELLA (PARIS, AVANT 1672)

Thomas Campanella
Nicolas I (1632-1694) ou/et Nicolas II de LARMESSIN (vers 1645-1725), graveurs
S. d. [avant 1672]
Burin
C. de pl. : 18,9 x 13,9 cm

Planche pour Isaac Bullart (1599-1672), Académie des sciences et des arts, Contenant les Vies, & les Eloges Historiques des Hommes Illustres, Qui ont excellé en ces Professions depuis environ quatre Siécles parmy diverses Nations de l’Europe: Avec leurs Pourtraits tirez sur des Originaux au Naturel, & plusieurs Inscriptions funebres, exactement recueïllies de leurs Tombeaux, par Isaac Bullart, Chevalier de l’Ordre de Saint Michel. Tome Second, A Paris, Se vendent chez Loüis Bilaine, Marchand Libraire à la ruë S. Jaques, & au Palais [A Bruxelles, Se vendent chez François Foppens, au Saint Esprit ; A Amsterdam, Se vendent chez les Heritiers de Daniel Elzevier], 1682, p. 125.
France, Toulouse, Bibliothèque municipale d’étude et du patrimoine – cote : Fa B 3045 (2).

© Claire Rousseau

Lettre
En marge inférieure
THOMAS, CAMPANELLA / De Larmessin. Sculp.

Image
Tommaso Campanella est présenté à mi-corps, légèrement tourné vers la gauche. Imberbe, le visage présenté de ¾ est massif. La joue gauche du personnage porte sous l’œil une verrue. L’habit blanc apparaît sous la chape noire à hauteur du cou et de la poitrine. Le fond est en tailles horizontales ; sur la gauche, à hauteur des cheveux, dans un cercle à fond blanc, armes parlantes du religieux (un index dirigé vers le bas pointe une cloche surmontée d’une étoile à cinq branches) entourées de la citation d’Is 62, 1 : PROPTER SION NON TACEBO.

États
Un seul état : France, Toulouse, Bibliothèque municipale d’étude et du patrimoine – cote : Fa B 3045 (2)

Bibliographie
1964, FIRPO, , p. 43-52 ; 1973, IFF, tome 6, p. 520-525, ici, p. 523 ; 2007, CANONE, p. 241-251

Commentaire
Si Jacques-Ignace Bullart (né à Arras entre 1628 et 1645 ; actif vers 1665-1699) est l’éditeur scientifique de l’ouvrage Académie des sciences et des arts, l’initiative du projet revient à son père, Isaac Bullart (1599-1672), amateur des belles lettres, qui souhaita présenter les portraits artistiques et les éloges des hommes illustres par leurs talents depuis environ quatre siècles. L’infirmité et la mort empêchant Isaac Bullart de mener à bien son projet, son fils eut à cœur, selon le souhait paternel, de poursuivre l’entreprise quitte à la modifier par un raccourcissement des notices et par l’ajout de quelques personnages supplémentaires. Jacques-Ignace Bullart expose lui-même les faits et sa méthodologie dans l’épître dédicatoire adressée à Jacques Théodore de Brias, archevêque de Cambrai, et dans les préfaces (non paginées) des deux tomes.
Isaac Bullart rassembla le matériau nécessaire, notamment les modèles puis les portraits gravés, dès 1647. Pendant plusieurs années, il entretint deux graveurs à son service : Nicolas de Larmessin (vers 1645-1725) et Esme de Boulonnois (actif vers 1645-1681[1]). Aucune information ne nous est parvenue sur les critères de répartition entre les deux artistes des deux cent soixante-dix-neuf portraits in-4° qui illustrent l’Académie des sciences et des arts et sur le choix de Nicolas de Larmessin pour représenter Tommaso Campanella.
Le nom « de Larmessin » pourrait évoquer celui de Nicolas I (1632-1694, Paris) mais la présence d’un monogramme NDL sur d’autres planches du livre (par exemple sur celle figurant Albert le Grand [Cat. 9]) peut aussi permettre de penser qu’il s’agit de Nicolas II[2]. Dans l’Inventaire du Fonds Français, l’option retenue est celle d’une attribution à Nicolas I. Cependant les auteurs ont pris soin d’ajouter la note suivante : « Quelques portraits anonymes pouvant être aussi bien de Boulonnois, de Larmessin ou d’un troisième graveur n’ont pas été inventoriés. On peut éventuellement poser la question de savoir s’il s’agit d’un travail de Nicolas I ou de Nicolas II L’Armessin[3] ».

Jacques-Ignace Bullart laisse le lecteur libre dans l’appréciation de la valeur artistique des portraits. Il est parfaitement conscient que tous ne se valent pas :

« Peut-estre aussi que tous les Portraits ne plairont pas également, n’ayant pas tous une égale perfection ; quoy que faits par deux Maistres assez industrieux : mais j’espere qu’on excusera la rudesse qui se rencontre en quelques-uns, si l’on considere qu’ils ont esté tirez après des Estampes de bois, comme sont celles de Vasari, & qu’il est difficile de faire une bonne copie d’un méchant original. Il y en a beaucoup d’autres (je peux dire la plupart) pris sur des Estampes de cuivre, où le burin a mieux reüssi ; & il n’y en a point dont je ne puisse produire les originaux, la plus grande partie desquels je conserve avec le Manuscrit de mon Pere[4]. »

La version manuscrite de l’ouvrage conservée à la Bibliothèque municipale de Lille (Ms. 460-462) est pour une part d’Isaac Bullart et de l’autre de son fils Jacques-Ignace. La biographie de Tommaso Campanella (Ms. 461, p. 369-386) est précédée d’une épreuve du portrait gravé par Nicolas de Larmessin. Le manuscrit renferme également, à la page 385, une épreuve du portrait édité en 1658 par Balthazar Moncornet[5]. Il est vraisemblable que Nicolas de Larmessin y a trouvé le modèle des armoiries. Quant au manuscrit 463, il comporte au folio 349, un dessin au fusain non signé, ayant visiblement servi de modèle au graveur (voir ci-après). La page 365 présente une autre épreuve du portrait gravé par Nicolas de Larmessin.
Le dessin au fusain conservé à la Bibliothèque municipale de Lille est à dater entre 1650 environ, début de la collecte d’Isaac Bullart, et sa mort en 1672. Le buste de Tommaso Campanella n’est pas sans rappeler la peinture de Francesco Cozza, peintre né dans la même ville de Calabre que son modèle, sans que l’on puisse affirmer que le dessin copie l’œuvre italienne tant la forme de la bouche diffère et se trouve encore plus déformée dans la reprise en gravure par Nicolas de Larmessin[6].

Tommaso Campanella est classé, dans le second tome, au « Livre second. Illustres philosophes, médecins, mathématiciens et astrologues », p. 125-128 (portrait, p. 125). Il y est présenté comme « le Prince des philosophes de son temps ». Le résumé de sa tumultueuse vie de rhéteur s’achève sur quatre vers du poète Guillaume Colletet (1598-1659), épigramme, sans doute écrite en 1639, et publiée en 1653 dans un volume d’épigrammes[7].
Des ouvrages doxographiques publiés dans la seconde moitié du XVIIe siècle, seul celui d’Isaac et de Jacques-Ignace Bullart semble avoir fait paraître un portrait gravé de Tommaso Campanella[8].

S’il est impossible de dresser ici la très longue liste des épreuves et celle des reproductions de l’estampe, il convient de signaler qu’à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de Tommaso Campanella, les postes italiennes éditèrent un timbre copiant la gravure de Nicolas de Larmessin[9].

Il est en revanche très difficile d’établir une filiation entre le dessin conservé à la Bibliothèque municipale de Lille, le portrait gravé par Nicolas de Larmessin et un dessin conservé à la Bibliothèque nationale de France, sous la cote N-3 (Campanella, Tommaso) [voir ci-après]. Ce dessin est beaucoup plus proche de l’huile sur toile (62 x 48 cm), exécutée sans doute dans l’entourage de Philippe de Champaigne entre 1635 et 1639. L’œuvre, conservée à Beauvais, au musée départemental de l’Oise (Inv. 81-38), est d’auteur incertain[10]. Elle semble être le prototype d’autres toiles d’inégales qualités, toutes du XVIIe siècle. Parmi elles doit être signalée l’œuvre acquise sur le marché français en 1999 par la bibliothèque (via Senato) de Milan ; elle serait à dater de 1639, année de décès de Tommaso Campanella. Une deuxième (600 x 510 mm) fait partie d’une collection privée à Pommersfelden en Bavière, une autre (635 x 505 mm) est indiquée comme élément d’une collection anglaise.
Le dessin de la Bibliothèque nationale de France est assez grossier mais il est intéressant de constater que sous la représentation de Tommaso Campanella, l’auteur a ajouté à droite ses armes parlantes dans un ovale, et, à gauche quelques lignes biographiques. Il pourrait s’agir d’une étude préparatoire à la réalisation d’une gravure dont aucune épreuve n’a été recensée dans le cadre de cette étude.

[1] Dans sa préface non paginée du premier tome (Bruxelles, 1682), Jacques-Ignace Bullart écrit : « Il appella pour ce sujet chez luy deux Graveurs, qu’il tint plusieurs années à ses gages, leur faisant graver les portraits qu’il avoit recueïllis de divers endroits ».
[2] Voir Jean-Pierre BAVEREL ; François MALPÉ, Notices sur les graveurs qui nous ont laissé des estampes marquées de monogrammes, chiffres, rébus, lettres, initiales, etc. avec une description de leurs plus beaux ouvrages, Besançon, imp. Taulin-Dessirier, 1808, tome 2, p. 12-13.
[3] IFF, op. cit., p. 524-525.
[4] Préface non paginée du premier tome (Bruxelles, 1682).
[5] Balthazar MONCORNET, éditeur, Thomas Campanella, 1658. Burin, c. De pl. : 16 x 12 cm. Lille, Bibliothèque municipale, Ms. 461, fol. 385.
[6] Francesco COZZA (1605-1682), Thomas Campanella, 1630-1631. Huile sur toile, 630 x 480 mm. Rome, Palazzo Caetani di Sermoneta, collection particulière. Pour une discussion sur cette œuvre et sur le dessin, voir Luigi FIRPO, L’iconografia di Tommaso Campanella, Firenze, Sansoni, 1964, (Biblioteca degli eruditi e dei bibliofili, 90), p. 15-19 et p. 43-45.
[7] Guillaume COLLETET (1596-1659), Epigrammes du Sieur Colletet avec un discours de l’epigramme. Où il est traitté de sa premiere origine ; de son usage ancien et moderne ; de son veritable caractere ; de ses vetus, et de ses vices ; et des qualitez requises à ceux qui s’appliquent à ce genre d’escrire, A Paris, chez Iean Baptiste Loyson, au Palais, dans la Salle Dauphine, à la Croix d’Or, 1653, p. 215. Guillaume Colletet avait déjà rédigé en 1644 un sonnet en remerciement à Gabriel Naudé pour son Panegyricus consacré à Thomas Campanella. Le sonnet est intégré à l’ouvrage. Gabriel Naudé (1600-1653), Panegyricus dictus Urbano VIII. Pont. Max. ob benificia ab ipso in M. Thomam Campanellam, collata. Auth. Gabr. Naudæo Parisino, Parisiis, Apud Sebastianum Cramoisy, Architypographum Regium, et Gabrielem Cramoisy, viâ Iacobæâ, sub Ciconis, 1644.
[8] Voir par exemple la notice consacrée à Tommaso Campanella dans l’œuvre de Louis Moreri, notice augmentée dans la deuxième édition mais demeurant sans illustration. Louis MORERI (1643-1680), Le grand Dictionnaire historiqve, ou le Mélange cvrievx de l’histoire sainte et profane […], A Lyon, Chés Iean Girin, & Barthelemy Riviere, ruë Merciere à la Prudence, 1674, p. 239. Voir également la notice non illustrée d’Adrien BAILLET (1649-1706), Des enfans devenus celebres par leurs etudes ou par leurs ecrits. Traité historique, A Paris, chez Antoine Dezallier, ruë S. Jacque, à la Couronne d’or, 1688, p. 227-231.
[9] Vittorio NICASTRO (1916- ?), dessinateur et graveur, Tommaso Campanella (1568-1639), 1968. Chalcographie, 30 x 25 mm. Valeur faciale : 50 lires. Rome, Postes italiennes, éd., 18 000 000 millions d’exemplaires. Yvert et Tellier, 1019. Le timbre fait partie d’une série de philosophes.
[10] Voir les discussions d’Eugenio Canone, op. cit., p. 241-251. Voir également Arnauld BREJON DE LAVERGNÉE ; Odile MÉNÉGAUX ; Nathalie VOLLE, Répertoire des peintures italiennes du XVIIe siècle. Musées de France, Paris, Réunion des musées nationaux, 1988, p. 49.

Œuvres en rapport

Thomas Campanella
DESSINATEUR NON IDENTIFIÉ
S. d. [1650-1672]
Dessin au fusain sur papier
14,3 x 13,5 cm
France, Lille, Bibliothèque municipale, Ms. 463, fol. 349.

© Lille, Bibliothèque municipale

 

 

 

Tommaso Campanella
ARTISTE NON IDENTIFIÉ
S. d. [vers 1635-1639]
Huile sur toile
62 x 48 cm
France, Beauvais, Musée départemental de l’Oise, Inv. 81-38.

© Rmn-Grand Palais, Hervé Lewandowski

 

 

Tommaso Campanella
DESSINATEUR NON IDENTIFIÉ
S. d. [XVIIe s.]
Dessin au fusain sur papier
14,3 x 13,5 cm.
France, Paris, Bibliothèque nationale de France, N3 (Campanella, Tommaso).

© BnF, RC-A-04917