Histoire des costumes religieux

COSTUMES (Amsterdam, 1688)

Dominicanus
Adrien Schoonebeek (1657/1661-1705)
, graveur
S. d. [1688]
Eau-forte
C. de pl. : 12,8 x 7,8 cm

Planche pour Adrien Schoonebeek (1658-1705), Courte & solide Histoire de la Fondation des Ordres Religieux. Avec les Figures de leurs Habits. Gravez par Adrien Schoonebeek, A Amsterdam ; chez Adrien Schoonebeek, dans la Kalverstraat, 1688, planche 44 en regard de la page 89.

France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : H 11091.

© Claire Rousseau

Lettre

1. Dans le coin inférieur droit
44

2. Sous le trait carré de l’image
Dominicanus

Image

Dans un cloître, un dominicain est présenté en grand habit avec chape, le capuchon relevé sur la tête. Il tient dans la main gauche un rosaire. Sur le tympan de la porte du fond sont figurées les armoiries de l’Ordre.

États

Premier état, celui décrit : France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : H 11091

Second état : la planche a été reprise. La chape a été davantage noircie. Des ombres ont été portées dans le bas de l’image. La lettre est devenue : « Religieux de S.Dominique. ». Planche pour Histoire du Clergé seculier et regulier. Des Congregations de Chanoines & de Clercs, & des Ordres Religieux de l’un & de l’autre sexe, qui ont été establis jusques à present. Contenant leur Origine, leurs Fondations, leurs Progrès, leur maniere de Vie, leur Decadence, leurs Reformes, & les évenements les plus considerables qui y sont arrivés, Avec des Figures qui représentent les differens habillemens de ces Ordres & Congregations. Nouvelle Edition tirée du R. P. P. Bonanni, de Mr. Herman, de Scoonbeek, du R. P. Heyliot, & d’autres qui ont écrit sur ce sujet, avec plusieurs augmentations, qui contient l’Ordre de Saint Augustin, les Nouveaux Instituts, les Ordres abolis & supposés, & les Chanoinesses. Tome troisieme, A Amsterdam, Chez Pierre Brunel, 1716.

France, Toulouse, Bibliothèque municipale – cote : Res D XVIII 88 (3).

Bibliographie

1982, Hollstein, t. 26, p. 38, n° 60

Commentaire

L’auteur, graveur et éditeur, Adrien Schoonebeek décrit son propos dans la préface de l’ouvrage :

« Amy lecteur, Une des principales raisons, qui m’ont porté à mettre ce petit Traité en lumiere, ç’a été la negligence, que j’ai si souvent remarquée dans les figures des Ordres, qui ont paru jusqu’ici, n’y trouvant point observé la moindre chose au sujet des habits, que les Religieux de ces Ordres ont coûtume de porter. Je ne parle point seulement des méchants Maitres, mais mesme des plus considerables, qui à cela prés ont reüssi parfaitement bien dans leurs ouvrages. C’est pourquoi pour obvier à une si grande negligence, j’ai trouvé à propos de faire un petit portrait de chaque Ordre, n’omettant rien de ce qui regarde les habits & leurs couleurs. Je me persuade, que les Ordres que j’ay representez, peuvent suffire, & qu’il ne sera pas besoin d’en chercher ailleurs, quoi qu’asseurement il y en ait d’autres, mais il est constant qu’il s’en trouvera tres-peu, qui ne portent le mesme nom, & qui ne gardent la mesme regle, ne differant en rien sinon en quelque nom particulier, qu’ils tiennent souvent de quelque Cloître, ou de quelque autre endroit : si bien que si nous les examinons comme il faut, nous verrons indubitablement, qu’il ne se trouve point d’habit Religieux, qui ne soit marqué dans nos Figures suivantes. Il n’y a personne, qui n’avouë, que si on vouloit representer toutes les Communautez particulieres, qui ont divers noms, ce seroit vouloir entreprendre une chose d’une étenduë presque infinie.

« Je contenterai donc sans doute, mon Lecteur, en lui donnant ces premiers & principaux Ordres, d’où en sont emanez plusieurs autres, qui presque en tout sont conformes à ceux, d’où ils ont pris naissance, étant pleinement persuadé, qu’ils pourront aisément passer pour tous les Ordres, qui sont connus sur la terre. J’ai aussi le mieux qu’il m’a été possible, observé les couleurs dans les hachures, comme on a coûtume de faire dans le Blazon, par exemple, Sable ou noir est exprimé par une hachure, qui croise les traits. Azur ou bleu par une hachure transversale. Gueules par une hachure en pal. Synople ou rouge [sic[1]] par une hachure en biais. l’Or ou jaune est marqué par des points, & l’Argent ou blanc n’en a point. Pour ce qui est des couleurs mêlées, comme la Leonine, qui doit être mêlées de Gueules & d’Or, elle se trouve marquée par une hachure toute droite entrelacée de points ; le gris est exprimé par une hachure, qui croise les traits entremeslée de gros points ; voyez la figure 73. dans laquelle sont marqueés les couleurs. J’ai trouvé à propos d’observer tout ceci, afin de satisfaire aussi aux plus curieux qui les voudroient faire en luminer, d’autant que cela rend donc l’ouvrage bien plus conforme aux couleurs. Et ceux qui ne seront point d’avius de faire faire aucune en lumineure, pouront voir à la seule veue des figures, de quelle couleur que les habits sont.

« J’ai aussi observé dans cet ouvrage toutes les Armoiries, avec tous leurs Devis, que j’ai peus recueillir.

« Outre les habits, j’ai aussi jugé à propos de faire une veritable description de tout ce qui se trouve de plus remarquable dans la fondation de ces Ordres ; aussi bien que de plusieurs particularitez fort curieuses. d’Ailleurs j’ai suivi en tout le proverbe Latin qui dit, Laconismus optimus, dans la seule veuë de ne point ennuyer mon Lecteur, que je supplie de vouloir passer genereusement les fautes, qui malheureusement s’y pourroient être glissées. »

L’habit des frères est ainsi décrit à la page 89 : « Ceux de cet ordre portent une tunique & par dessus une Patience & sur cette Patience un Capuchon tout blanc. Lorsqu’ils sortent ils portent encore un manteau avec un Capuchon noir ». Le terme « patience » pour désigner le scapulaire est très spécifique. Il n’a été rencontré qu’en cet ouvrage[2] et dans la version italienne de l’ouvrage d’Odoardo Fialetti (patienza) [Cat. 726]. En revanche, le terme est en usage dans l’Ordre du Carmel[3].

La figure 73 mentionnée par l’auteur pour illustrer la manière de conduire les tailles afin de signifier les couleurs est donnée ci-après.

L’auteur encourageait l’enluminure des planches. Cependant, dans le cadre de cette recherche, un seul exemplaire entièrement enluminé à l’exception de la planche 73 a été repéré. Il est conservé à l’université d’Amsterdam[4].

La planche de l’Ordre dominicain est donnée ci-après à titre d’exemple.

Au total, l’ouvrage comporte un titre illustré, 72 planches de costumes et une planche de code des couleurs.

L’ouvrage fut copié à Augsbourg en 1692[5]. Les planches sont en contrepartie. Seule celle de l’Ordre des dominicains est donnée dans les œuvres en rapport.


[1] Dans l’exemplaire ici utilisé, un papier portant le mot imprimé « verd » a été collé sur le mot « rouge ».

[2] Ce qui n’exclut pas que le scapulaire ait été perçu comme symbole de la « patience à supporter, pour bien nous conserver dans cette candeur, les mortifications & les rigueurs de nos observances » (Thomas Souèges (1633-1698), L’Année dominicaine ou les vies des saints, des bienheureux, des martyrs, et des autres personnes Illustres, ou recommandables par leur Pieté, de l’un & de l’autre Sexe. De l’Ordre des Freres Précheurs, pour tous les jours de l’Année. Avec un martyrologe, Recueillies Par le Pere Thomas Soueges, Religieux du même Ordre, au Convent du Faubourg Saint Germain à Paris. Aoust. Premiere Partie, A Amiens, chez G. Le Bel, Imprimeur du Roy & du College, dans la grande ruë de Saint Denis, au Pilon d’or, 1693, p. 353).

[3] Mathias de Saint-Jean (1600-1681), La veritable Devotion dv Sacré Scapvlaire de Notre Dame dv Mont-Carmel. Par le R.P. Mathias de S. Iean, Prouincial des Carmes de la Prouince de Touraine, A Paris, Chez Denis Thierry, Libraire Iuré, ruë S. Iacques, pres S. Yues, à l’Image Saint Denis, 1656, p. 186. Le dictionnaire de Pierre Richelet donne différentes acceptions du terme selon les Ordres religieux. Les pièces de tissu ne sont pas toujours les mêmes et sont parfois réservées à certaines catégories de religieux : novices, frères malades, etc. (César-Pierre Richelet [1626-1698], Dictionnaire François, contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la Langue Françoise : Ses Expressions propres, Figurées & Burlesques, la Prononciation des Mots les plus difficiles, le Genre des Noms, le Regime des Verbes : Avec les Termes les plus connus des Arts & des Sciences. Le tout tiré de l’usage et des bons auteurs de la Langue Françoise. Par P. Richelet, A Geneve, Chez Jean Herman Widerhold, 1680, p. 135). Il est difficile de dire d’où provient l’emprunt d’Adrien Schoonebeek, peut-être de l’ouvrage d’Odoardo Fialetti qui applique déjà le terme au scapulaire dominicain [Cat. 726].

[4] Cote : OTM : 061-7882.

[5] Kurtze und gründliche Histori Vom Ursprung Der Geistlichen Orden Aus Dem Französischen ins Teutsche übersetzet. Sampt Beygefügten eigentlichen Vorstellungen ihrer Ordens-Kleider, Augsburg, Zu finden ben Daniel Steüdner, Kupfferstechern und Kunsthändlern. Druckts Antonius Nepperschmidt, 1692 (Allemagne, Münich, Bayerische Staatsbibliothek – cote : 929730).

Planche 73 (placée en fin d’ouvrage) 

C. de pl. : 12,6 x 7,8 cm.

© Université d’Amsterdam

Planche 44 (exemplaire enluminé) 

© Université d’Amsterdam

Œuvre en rapport 

Dominicanus
Graveur non identifié

S. d. [1692]
Burin
Dimensions non renseignées
Kurtze und gründliche Histori Vom Ursprung Der Geistlichen Orden Aus Dem Französischen ins Teutsche übersetzet. Sampt Beygefügten eigentlichen Vorstellungen ihrer Ordens-Kleider, Augsburg, Zu finden ben Daniel Steüdner, Kupfferstechern und Kunsthändlern. Druckts Antonius Nepperschmidt, 1692.
Allemagne, Münich, Bayerische Staatsbibliothek – cote : 929730.

© Bayerische Staatsbibliothek