Barrelier, Jacques


JACQUES BARRELIER (PARIS/ROME, AVANT 1714)

[Jacques Barrelier]
François I de POILLY (1623-1693), graveur
ou/et Nicolas de POILLY (1627-1696), graveur
ou Jean-Baptiste de POILLY (1669-1728), graveur
S. d. [1650-1673 ; avant 1714]
Burin
C. de pl. : 27,8 x 17,2 cm ; Portrait : 7 x 5,3 cm (bordure intérieure)

 

 

 

 

Titre illustré pour Plantæ per Galliam, Hispaniam et Italiam observatæ, iconibus æneis exhibitæ a R.P. Jacobo Barreliero, opus posthumum, editum cura et studio Antonii de Jussieu, Medici, Parisiis, apud Stephanum Ganeau, Via Jacobæe, ad Insignia Dombarum, è regione Fontis Sancti Severini, 1714.
France, Toulouse, Bibliothèque municipale d’étude et du patrimoine – cote : Fa A 260.

© Claire Rousseau

Lettre
1. Sur la face du corps de la stèle : lettre typographiée
PLANTÆ / PER / GALLIAM, HISPANIAM ET ITALIAM / OBSERVATÆ, ICONIBUS ÆNEIS EXHIBITÆ / A R.P. JACOBO BARRELIERO, / OPUS POSTHUMUM, / Editum / cura et studio ANTONII DE JUSSIEU / Medici
2. Sur la base : lettre typographiée
PARISIIS / apud STEPHANUM / GANEAU / Via Jacobæe
3. Sur la plinthe de la base : lettre gravée
M. DCCXIV.
4. Sur le pot de gauche
1
5. Sur le pot de droite
2
6. Sous le pot de droite, à gauche de la plinthe de la base
Poilly. s.

Image
Jacques Barrelier est présenté à mi-corps, de face, la tête légèrement tournée vers la gauche. Sa couronne de cheveux laisse apparaître un début de calvitie et il est imberbe. Le religieux est vêtu de l’habit des frères Prêcheurs (habit blanc, chape noire). Le fond est en tailles concentriques.
Bordure : ovale, baguette moulurée de perles ; le haut de la bordure est surmonté d’une guirlande de feuillage avec, en son centre, une fleur crucifère
Hors bordures : le portrait orne une stèle de pierre commémorative portant la lettre abrégée de la page de titre. De part et d’autre du monument, une vasque contenant chacune un pied de passiflore. La vasque de gauche permet d’observer le revers des feuilles et des fleurs ; la vasque de droite contient la plante vue de face, portant des fleurs en différents états d’épanouissement et des fruits.
Les plantes figurées en frontispice reçoivent une description et une explication dans une admonition placée après l’épître dédicatoire, le rappel de la vie du Père Jacques Barrelier, la préface et les approbations, pages sans numérotation. Il s’agit de pieds de Granadilla à fruits rouges et à feuilles bicornes pour le pied de gauche et de Granadilla à feuilles de lierre, à fleurs blanches, à fruits globuleux et poilus pour le pied de droite.

États
État avant la lettre avec inscription manuscrite : Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, Inv. PORT_00083115_01
Sur le corps de la stèle : A. R. P. / Jacobus Barrelierus. / Ord. Praed. / Botanofiloõ ; sur la base : Obivit / A. D. / MDCLXXIII.
Second état, celui décrit : Toulouse, Bibliothèque municipale – cote : Fa A 260
Idem : au sein du même ouvrage, avant la série des planches gravées des plantes
Modification de la lettre typographiée à l’emplacement principal : ICONES PLANTARUM / PER / GALLIAM, HISPANIAM ET ITALIAM / OBSERVATAR / AD VIVUM EXHIBITARUM / A R.P. JACOBO BARRELIERO, / OPUS POSTHUMUM, / Editum / cura et studio ANTONII DE JUSSIEU / Medici

Commentaire
En juin 1646, Thomas Turco, maître général, en visite à Paris, prit Jacques Barrelier (1606-1673) pour assistant. Jacques Barrelier accompagna dès lors le maître général dans ses visites en Languedoc, en Guyenne, en Espagne et en Italie, profitant de ses loisirs pour herboriser et rencontrer des botanistes. Selon Nicolas-François-Joseph Eloy, « Quelques-uns de ces voyages se firent par ordre de Gaston Duc d’Orléans [1608-1660] », pour lequel il avait composé un herbier principalement des plantes du Dauphiné . En 1650, le nouveau maître général, Jean-Baptiste de Marini, maintint Jacques Barrelier dans ses fonctions. À Rome, le religieux fit graver bon nombre de cuivres dans l’intention d’éditer un herbier général sous le nom d’Hortus Mundi ou d’Orbis Botanicus[1].
Jean-Baptiste de Marini décéda en 1670 et son successeur, Jean-Thomas de Rocabert, accepta que Jacques Barrelier revienne en France en 1672. Il fut assigné au couvent de Saint-Honoré (avec un bref passage au couvent de Gonesse pour soigner son hydropisie et son asthme). Il y poursuivit la composition de son ouvrage mais il fut emporté prématurément par une crise d’asthme le 17 septembre 1673[2].

Dans des circonstances non renseignées, une partie de ses papiers brûla peu de temps après sa mort lors d’un incendie dans la cellule d’un frère qui avait emprunté ses notes de voyage[3]. Le reste fut plus tard confié par le libraire Étienne Ganeau à Antoine de Jussieu (1686-1758) qui entreprit de le classer, de le corriger et de le compléter[4]. En 1714, au plus tard avant la fin du mois d’août, parut à Paris, chez Étienne Ganeau (1667?-1734?), l’ouvrage posthume de Jacques Barrelier, sous le titre Plantæ per Galliam, Hispaniam et Italiam observatæ, iconibus æneis exhibtæ a R.P. Jacobo Barreliero, opus posthumum, editum cura et studio Antonii de Jussieu, Medici [5]. Outre, le titre illustré, l’ouvrage comportait 282 planches de plantes sur 138 pages pour le premier tome et 276 planches d’éléments naturels sur 201 pages pour le second. Certains exemplaires ont été dotés d’un portrait du dédicataire, Guy-Crescent Fagon (1638-1718), gravé en 1695 par Gérard Edelinck pour illustrer une thèse.
En 1857, la bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle de Paris racheta les écrits et les dessins de Jacques Barrelier qui faisaient partie de la bibliothèque d’Antoine de Jussieu[6].

La réputation de Jacques Barrelier fut telle que de son vivant, Charles Plumier (1646-1704), botaniste de l’Ordre des minimes, donna son nom à un genre de plantes.

Qui fut le graveur du titre illustré ici présenté ? Les frères François et Nicolas de Poilly meurent respectivement vingt et un et dix-huit ans avant l’édition de l’ouvrage. D’autre part, Antoine de Jussieu (1686-1758) n’a que dix ans lorsque meurt Nicolas de Poilly. Il ne peut donc avoir été le commanditaire du titre illustré. En revanche, Étienne Ganeau, l’éditeur, hérita des cuivres que Jacques Barrelier avait fait graver en Italie. Parmi ceux-ci faut-il compter le cuivre de la présente planche ? Autrement dit, Jacques Barrelier avait-il lui-même fait graver la planche pour l’édition qu’il projetait de son travail de collecte ? D’après Joseph-Marie Quérard, Jacques Barrelier meurt par surprise alors qu’« il était occupé à [la] retoucher [l’édition] et à la perfectionner[7] ». Si Jacques Barrelier est bien le commanditaire, le portrait pourrait être ad vivum (à moins qu’un portrait peint ou dessiné antérieur ait existé) et représenter fidèlement les traits du religieux.
Fait à Paris, il serait alors à dater à partir de 1672-1673, entre la date du retour de Jacques Barrelier à Paris, et son décès. La planche pourrait être l’œuvre de l’un ou l’autre des frères de Poilly.
Cependant, François de Poilly séjourna à Rome de 1648 à 1655. Il y grava douze planches pour le bréviaire de l’Ordre publié sous l’autorité du maître Jean-Baptiste Marini, général à partir de 1650[8]. Aurait-il, parallèlement, répondu à une commande en faveur des travaux du frère Jacques Barrelier, assistant du maître de l’Ordre ? La physionomie est-elle celle d’un homme entre quarante-quatre et quarante-neuf ans ou celle d’un homme de soixante-sept ans ?
Nicolas de Poilly ne séjourna pas en Italie.
Pour l’une ou l’autre période (1650-1655 et 1672-1673) était-il d’usage qu’un religieux fasse graver son portrait sur le titre illustré de ses ouvrages ? Un titre, sans date et sans nom de graveur, avec le portrait du jésuite René Rapin (1621-1687) est attribué par Robert Hecquet à François de Poilly[9].
L’hypothèse d’une réalisation postérieure au décès de Jacques Barrelier pose trois questions. Qui aurait engagé les frères de Poilly pour un titre illustré sans qu’il y ait eu en parallèle un projet d’édition ? Qui aurait eu les compétences botaniques pour choisir les deux variétés des fleurs de la Passion (Granadilla) en guise d’ornementation ? Enfin, disposait-on à Paris d’un portrait dessiné ou peint de Jacques Barrelier ?
En dépit de ces questions, il faut mentionner que le catalogue de la Bibliothèque nationale de Florence attribue l’œuvre à Jean-Baptiste de Poilly (1669-1728), sans qu’une justification soit apportée[10].

[1] France, Paris, collection du Muséum national d’histoire naturelle, Ms 123.
[2] Sur le bref séjour à Gonesse, voir Michel GASNIER, op. cit., p. 40.
[3] Michel GASNIER, op. cit., p. 42.
[4] René Joseph de TOURNEMINE, dir., Mémoires pour l’histoire des Sciences et des beaux Arts. Recueïllis par l’Ordre de son Altesse Serenissime Monseigneur Prince Souverain de Dombes, Juillet 1714, De l’Imprimerie de S. A. S. A Trevoux, et se vendent à Paris, chez Etienne Ganeau, Libraire, Ruë Saint Jacques, vis-à-vis la Fontaine St. Severin, aux Armes de Dombes, p. 1452, [Août 1714].
[5] Parisiis, apud Stephanum Ganeau, Via Jacobæe, 1714 (Toulouse, Bibliothèque municipale d’étude et du patrimoine – cote : Fa A 260).
[6] Voir les mss 123, 446, 455, 571 à 574, 1047, 1086, 1103, 1764. Voir aussi le ms 2671 contenant le portrait dessiné par Antoine Chazal.
[7] Joseph-Marie QUÉRARD, La France littéraire ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres de la France, ainsi que des littérateurs étrangers qui ont écrit en Français, plus particulièrement pendant les XVIIIe et XIXe siècles, Paris, Firmin Didot, 1827, tome 1, p. 192.
[8] José LOTHE, L’œuvre gravé de François et Nicolas de Poilly d’Abbeville, graveurs parisiens du xviie siècle, Paris, Paris-musées ; Commission des travaux historiques de la ville de Paris, 1994, p. 78-85. L’auteur ne parle pas d’aucun portrait de Jacques Barrelier.
[9] Robert HECQUET, Catalogue de l’œuvre de F. Poilly, graveur ordinaire du roi, avec un extrait de sa vie [], A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, Au-dessous de la Fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1752, p. 78, n° 39. La notice est reprise par José Lothe, op. cit., p. 92, n° 97.
[10] Cote : CF005635706 et CF005635707. En France, les catalogues de la bibliothèque du Museum d’histoire naturelle de Paris, de la bibliothèque universitaire de Sciences de Montpellier attribuent le portrait à François de Poilly. D’autres catalogues de bibliothèques (BIUM de Paris, BIUS Pharmacie de Paris, BU Santé de Toulouse 3) indiquent très clairement l’attribution par d’autres catalogues à François de Poilly ainsi que la proposition du catalogue italien.

Bibliographie
1775, LELONG, p. 142 : « BARRELIER (Jacques) né à Paris en 1606, Dominicain en 1634, mort le 17 Septembre 1673. Poilly, 1714, cartouche, in-fol. dans le Frontispice des Plantes de Barrelier, publiées par Antoine de Jussieu[1] » ; 1999, DE SLOOVER ; IOGAERT-DAMIN, p. 53 [les dimensions de la gravure sont données au trait carré ; aucune description et aucun commentaire sur l’œuvre].

[1] Jacques LELONG (1665-1721), Bibliothèque historique de la France contenant le catalogue des ouvrages, imprimés et manuscrits, qui traitent de l’histoire de ce royaume ou qui y ont rapport, avec des notes critiques et historiques par feu Jacques Lelong… par feu M. Fevret de Fontette, A Paris, de l’Imprimerie de la Veuve Herissant, Imprimeur ordinaire du Roi, Maison & Cabinet de Sa Majesté, Tome 4, 1775 [première édition : 1719], p. 142 (France, Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : 944.002 LELO b4).

Œuvres en rapport

Jacques Barrelier
Joseph LANGLUMÉ (actif 1821-1840), graveur
D’après Alexis [Nicolas] NOËL (1792-1871), dessinateur
S. d. [1822]
Lithographie
Ovale : 14,5 x 11,4 cm

© Claire Rousseau

 

 

 

 

Commentaire
Le portrait gravé par de Poilly a servi de modèle au peintre et graveur Alexis [Nicolas] Noël (1792-1871) qui réalisa un portrait dessiné de Jacques Barrelier, dessin lithographié vers 1819-1820 par Joseph Langlumé (actif 1821-1840). L’œuvre [14,5 x 11,4 cm (ovale) ; 26,5 x 20 cm environ (feuille)] fait partie d’une série de dix portraits de botanistes dessinés par Alexis Noël, gravés par Joseph Langlumé et publiés par Jean-Henri Jaume Saint-Hilaire (1772-1845) dans Plantes de la France, décrites et peintes d’après nature par M. Jaume Saint-Hilaire, À Paris, Chez l’auteur, rue Furstemberg, N° 3 [tomes 1, 2, 6, 9 et 10 : imp. Didot le Jeune ; tome 3 : imp. le Normant ; tome 5 : imp. Didot l’Aîné ; tome 6 : imp. F. Didot l’Aîné ; tome 7 : imp. Firmin Didot, père et fils ; tome 8 : imp. Firmin Didot], 1819-1832, 10 vol[1]. Le portrait de Jacques Barrelier constitue le frontispice du tome 3, publié en 1822.

Parallèlement, Antoine Chazal (1793-1854) composa une peinture à la sépia sur vélin, datée de 1825 (ovale : 10,3 x 7,7 cm[2]). Ambroise Tardieu (1788-1841) produisit une version gravée en eau-forte et aquatinte (18 x 7,7 cm[3]) de ce dessin, sans mentionner le nom d’Antoine Chazal mais indiquant Poilly comme auteur du portrait original. Le portrait gravé appartient à une série de cent et un portraits de naturalistes exécutés pour le Dictionnaire des sciences naturelles…, par plusieurs professeurs du Jardin du Roi, et des principales écoles de Paris [4]. La gravure, comme la peinture, a raccourci dans le bas le portrait originel : Jacques Barrelier est présenté en buste et non plus à mi-corps.

 

[1] France, Toulouse, Bibliothèque universitaire des Allées – cote : Res Sc C 103358.
[2] Paris, Bibliothèque du muséum d’histoire naturelle – ms 2671 (18ème livraison, fol. 1).
[3] France, Versailles, musée du château de Versailles et de Trianon, série des grands albums reliés, collection de Louis-Philippe, duc d’Orléans, puis roi des français (marque personnelle sur l’épreuve), INV.GRAV.LP 32.91.4.
[4] Strasbourg ; Paris, Levrault ; Le Normant, 1816-1830, 73 vol. dont 12 vol. de planches et 1 vol. de table. Portraits au vol. 6 des planches, volume non paginé et sans page de titre. Les portraits ne sont pas classés par ordre alphabétique. Le dictionnaire est conservé à Paris, Bibliothèque nationale de France – cote : S-11295 ; mais n’ayant pu y repérer le volume des portraits, celui-ci a été visionné sur le site Internet de la Biodiversity Heritage Library (http://www.biodiversitylibrary.org [consulté le 4 décembre 2012]). Les mesures du portrait ont été prises sur l’épreuve conservée à la bibliothèque municipale de Dole (cote : 19-M-4177).